Moustapha Barry
24 Juin 2009
Le Sang du baobab de Richard Binet, c'est l'histoire d'un amour impossible entre Evan, journaliste français en poste à Dakar et une fille peule, Maïmouna. Le roman raconte également les difficultés des couples mixtes qui s'aiment dans leurs contradictions. Richard Binet, grand reporter à France 2, ancien correspondant à Dakar, vient de publier un roman dont la scène se passe au Sénégal et à Paris.
Le Sang du baobab raconte l'amour entre un correspondant de presse française à Dakar, Evan, et une fille peule venue du Fouta, Maïmouna, rencontrée dans un bar de la capitale sénégalaise.
Deux personnages, appartenant à des cultures différentes qui, à la fois, s'aiment et se repoussent. A vrai dire, c'est un amour impossible. Impossible parce qu'ils ne vont pas en profiter véritablement.
Pour deux raisons simples : au moment où la machine amoureuse se déclenche, la mission d'Evan prend fin et le correspondant de presse doit retourner en France, laissant sa compagne derrière lui.
Cette séparation brutale affecte le couple. Maïmouna sentant qu'elle ne peut vivre sans son amoureux toubab, décide de sauter dans le premier avion pour Paris. Là encore, et c'est la deuxième raison, le couple est obligé de séparer. Car la guerre du Golfe de 1991 vient d'éclater et Evan est envoyé en reportage au Koweït.
Maïmouna se retrouve encore seule dans une ville où elle ne connaît personne. Dans cet amour dramatique, les différences culturelles viennent aggraver les choses. Ce sont deux êtres que tout oppose.
Evan est 'le reporter pétri d'occidentalité qui navigue à vu et dont l'existence n'est qu'un empilement maladroit de situations improvisées sans le moindre dessein, un bateau ivre où il embarque à son gré ceux qui s'aventurent à s'attacher à lui'.
Quant à Maïmouna, c'est 'la femme africaine qui cherche à échapper à sa condition, à ce grand tout qui l'oppresse. Qui pense que Dieu s'est trompé, l'a trompée, qu'elle aurait dû naître blanche, qui n'hésite pas à rompre avec les siens pour se retrouver seule au monde', écrit Richard Binet.
Mais certains détails montrent également un amour contre nature. Le Toubab s'oblige à prendre des préservatifs, mais la Sénégalaise considère que son amant la traite comme une pute.
De contradictions en contradictions, le couple s'effrite pour finalement se briser sur les rives de la Seine. Maïmouna reprend l'avion pour Dakar, laissant derrière elle Evan, qui vient fraîchement de captivité dans les geôles de Saddam Hussein.
A travers ce récit, Richard Binet montre que le boulot d'un correspondant ne se résume pas seulement à gribouiller des articles. Il doit s'intégrer dans la société du pays d'accueil. Et partout où Evan est passé, il a laissé ses marques. 'Plusieurs fois, il était allé très loin.
Des soirs imprudents où, autour des bidons de vin de palme, il a trinqué jusqu'au vertige avec les rebelles casamançais. Des nuits trop chaudes pour retrouver le sommeil où il avait frotté sa peau contre celle d'Apolinia, la Rwandaise, Fanta, l'Ivoirienne ou Dior, la Malienne dont il n'était pas certain que ce fût le véritable nom'. Mais le héros du roman connaît tous les coins et recoins de Dakar et sa banlieue proche, où se rencontrent les belles de nuit, où se boit à flot le vin non industriel.
Le Sang du baobab est truffé de mots wolof, bien rendus du reste. Heureusement qu'Evan n'a jamais oublié ce qui l'a amené au Sénégal. Dans un papier, après avoir couvert le Magal de Touba et observer l'évolution de la société sénégalaise, Evan écrit : 'Une nouvelle délégation gouvernementale se rendra à Touba.
Certains ministres auront sans doute perdu leur portefeuille, mais le khalife, lui, sera toujours là. Le Sénégal, l'un des pays les plus islamisés mais aussi parmi les plus occidentalisés d'Afrique, sera toujours une république laïque. Un jour peut-être, les marabouts afficheront d'autres ambitions. Et la république des citoyens se substituera une autre : celle des talibés.'
Le Sang du baobab est un récit emballant et captivant. L'histoire d'amour entre Evan et Maïmouna ne laisse pas indifférent, tant ses contradictions sont nombreuses. Sans compter la description de Dakar by night et sa banlieue proche avec ses belles de nuit et ses bons coins
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