Fadhila Bergaoui
24 Juin 2009
En début d'année 2008, une décision d'une importance majeure venait d'être prise : il s'agissait de la démédicalisation du préservatif ; cela veut dire que toute personne a la possibilité d'accéder, depuis, au préservatif tant dans l'espace public que privé; les pharmacies, les hôpitaux et les dispensaires n'ont plus, désormais, le monopole de leur vente ou de leur distribution; cela veut dire encore que l'utilisateur n'aura plus à affronter le regard souvent accusateur de l'autre.
Beaucoup plus important encore, il est donné une chance supplémentaire à tout un chacun d'échapper au virus du sida. A cet effet, quelque neuf millions de préservatifs ont été prévus, rien qu'au titre de l'an un du programme d'appui du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme à la Tunisie.
La sensibilisation à la protection a accompagné la mise à disposition des préservatifs, puisque selon les professionnels du secteur, quelque 130.000 jeunes ont pu être informés du dispositif de protection, grâce notamment au travail considérable effectué à ce titre par les associations concernées. Le message a-t-il pour autant été capté? Pour en avoir le coeur net, une enquête devrait bientôt s'y intéresser de près.
En même temps, onze centres de dépistages anonymes se préparaient à ouvrir leurs portes le 1er décembre de la même année. On ne sait pas depuis, si les centres ont eu le succès escompté, mais si c'est le cas, ils ne devront pas tarder à être étendus à toute la République. En tous les cas, la décision reste capitale car, toute personne ayant des doutes peut, dans l'anonymat le plus absolu, subir le test du sida.
Dans le cas où le test est positif, le séropositif peut entamer les soins sans que son identité soit divulguée. La procédure n'est pas gratuite: elle permet aux pouvoirs publics d'avoir le maximum d'informations sur d'éventuels malades d'une part, et d'autre part, de protéger le patient de la solitude, de l'oubli et du rejet. Les personnes vivant avec le VIH (Pvvih), n'ont de cesse, en effet, de dire toute la solitude dans laquelle elles sont cantonnées à cause du rejet des autres.
En plus de ces problèmes, les Pvvihont à affronter d'autres problèmes tels que les médicaments dont les stocks peuvent être rompus, tels que l'insertion dans la vie professionnelle ou la difficulté, pour elles, de préparer les dossiers en vue d'être assistées ou prises en charge.
Pourtant, l'année 2008 a été riche en actes de sensibilisation à leur égard. Pour la première fois depuis les premières années d'indépendance où on a dû recourir aux religieux pour faire accepter le programme du planning familial, le même corps est sollicité, mais cette foi-ci pour affronter en commun le redoutable ennemi qu'est le sida.
A plusieurs reprises, et partout en Tunisie, imams et prédicateurs, réunis conjointement par le ministère des Affaires religieuses et celui de la Santé, ont participé à des ateliers d'informations relatives à la question du sida. Leurs prêches, par la suite, devront appeler les jeunes à se protéger d'une part, et, d'autre part, à comprendre et à aider ceux qui n'ont pas eu la chance d'être avertis à temps.
C'est cette même préoccupation qui a été à l'origine du rassemblement au cours de la même année, par la présidente de l'Office national de la famille et de la population, d'un nombre important d'artistes tunisiens.
Par cet acte, Mme Gueddana entendait associer un secteur phare à la lutte contre le sida. Et même si la contribution des artistes tarde encore et jusque-là à se manifester, il est au moins sûr qu'ils sont un peu plus au fait de la situation, aussi bien de la pandémie, que des malades eux-mêmes.
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