Jawhar Chatty
24 Juin 2009
interview
La croissance économique n'a de sens que si elle génère de l'emploi et une plus-value sociale. En tant que moteur de la croissance, l'investissement recherché devra s'inscrire dans cette logique. D'où la priorité donnée aux investissements dans les activités à grande valeur ajoutée et à forte employabilité.
Induire une mutation quantitative globale de l'économie nationale, renforcer sa capacité technologique et son intégration dans l'économie mondiale sont les axes majeurs de la stratégie de développement de la période à venir.
Au coeur de cette stratégie, un investissement massif dans le capital humain et un nouvel élan donné à l'initiative privée. Autant d'idées forces développées par M.Mohamed Nouri Jouini, ministre du Développement et de la Coopération internationale. Entretien.
Quel est le positionnement de la XIe édition du Forum de Carthage sur l'investissement, alors qu'elle intervient dans un contexte de morosité et de crise économique mondiale?
Dans son discours à l'occasion du 21e anniversaire du Changement, le Président Ben Ali a de nouveau réaffirmé la détermination de la Tunisie à poursuivre l'oeuvre de réforme, de libéralisation et d'ouverture économiques en dépit et par-delà la crise.
C'est un message fort adressé à la fois aux investisseurs tunisiens et étrangers. La pertinence de ce message a été fort remarquée par les institutions financières et monétaires internationales.
Nous sommes engagés dans une politique d'ouverture sur l'extérieur, le Forum de Carthage est un rendez-vous important pour confirmer cette orientation stratégique.
Précisément, dans cette période de crise où beaucoup de pays développés cherchent à se protéger en fermant, pour ainsi dire leurs frontières, la Tunisie continue sur la même lancée et sur la même voie de l'ouverture économique pour trouver les sources et les ressources nécessaires à son développement. Le Forum de Carthage est à cet égard également une occasion de dire au monde que la Tunisie est un site de choix pour l'investissement.
Dans un contexte de récession économique mondiale et de forces concurrentielles accrues, quelles sont justement les raisons objectives qui militent en faveur du site tunisien?
Dans ce contexte, et plus que jamais, le capital humain est le facteur déterminant et décisif dans l'intention d'investissement sur un site. Si aujourd'hui, en dépit de la crise mondiale, il y a un flux important d'IDE à destination de la Tunisie, c'est fondamentalement en raison de la disponibilité en nombre et surtout en qualité des ressources humaines. La compétitivité prix n'est pas notre choix.
Celle-ci serait d'ailleurs incompatible avec notre modèle de développement au nom duquel la croissance ne vaut que par ce qu'elle génère comme plus-value sociale, création de richesses durables et de revenus.
Forts de notre capital humain, nous cherchons à attirer plus d'activités à forte valeur ajoutée pour permettre une amélioration des revenus de l'ensemble des Tunisiens.
Le deuxième élément déterminant est la qualité de l'environnement général de l'investissement. L'infrastructure, bien sûr, mais surtout la visibilité et la transparence et un cadre réglementaire relativement stable et flexible.
Cependant, par infrastructure, on entend également et surtout le développement de l'infrastructure technologique. L'orientation est à la spécialisation dans les activités à forte valeur ajoutée, à fort contenu en technologie qui se basent et qui utilisent en premier lieu le capital humain.
Le renforcement de la capacité technologique de la Tunisie est une priorité nationale. Les objectifs de notre pays s'inscrivent dans une logique de développement et d'investissement durable. Il s'agit d'augmenter le volume des investissements aussi bien nationaux qu'étrangers. Il s'agit de posséder et de maîtriser la technologie.
La présence, la semaine dernière, de la Tunisie au Salon du Bourget à Paris, 1er Salon mondial de l'industrie aéronautique, a été fort remarquée. Faut-il y voir un effet de mode ou une tendance de fond augurant de belles perspectives à l'industrie aéronautique tunisienne?
La Tunisie a toujours figuré dans la liste très courte des pays qui se développent et qui sont de véritables sites d'investissement. Le grand intérêt que manifestent aujourd'hui les grands opérateurs mondiaux du secteur de l'aéronautique pour le site tunisien n'est guère surprenant.
Comme naguère pour le secteur du textile et pour le secteur des industries mécanique, électrique et électronique, il s'agit de soutenir ce mouvement, d'autant plus qu'au niveau de tous les segments, des sociétés de premier ordre ont manifesté de l'intérêt pour le site tunisien.
Le défi est de réussir cette amorce. C'est comme un test qu'il faudra impérativement réussir car il va conditionner le développement de l'industrie aéronautique en Tunisie.
Il s'agit dès lors de renforcer et de développer une nouvelle génération d'infrastructure technologique, de rendre les coûts plus compétitifs et d'offrir les qualifications nécessaires en ressources humaines, surtout qu'il s'agit de produits sophistiqués qui vont souvent directement vers leur destination finale.
L'un des principaux objectifs au cours de la période à venir consiste à réaliser un rythme de croissance plus rapide de manière à élargir les perspectives de l'emploi, surtout au profit des diplômés du supérieur. Ce qui nécessite de mobiliser de nouvelles sources de croissance
Il s'agit, en effet, non seulement de mobiliser de nouvelles sources de croissance, mais aussi d'optimiser l'utilisation des ressources. Il s'agit d'induire une mutation globale de notre économie en développant les activités à fort contenu en savoir et en technologie, afin de faire de la Tunisie une plateforme pour différents secteurs d'activités.
Au niveau du secteur des industries manufacturières bien sûr où, il faut le dire, notre pays fait des performances remarquables et où l'écart de productivité avec les pays développés n'est relativement pas grand. A ce niveau, il y a lieu de veiller à une montée en gamme de l'activité.
Il y a également le secteur du transport et de la logistique qui, à la faveur de l'extension du réseau autoroutes et des zones logistiques programmée, est amené à contribuer significativement aux efforts de croissance en tant que secteur à la fois productif et structurant.
De même, la Tunisie peut être une destination de choix pour les activités de services liés à la santé. Nous lançons d'ailleurs une étude de positionnement opérationnelle pour ce secteur
Bref, il s'agit de faire de la Tunisie une plateforme de compétences, un hub industriel à haute valeur ajoutée et une destination prévilégiée de l'offshoring.
La détermination de la Tunisie à aller encore de l'avant sur la voie de la libéralisation et de l'ouverture économique est un message fort adressé aux investisseurs aussi bien tunisiens qu'étrangers. Or, le rapport entre investissement public et investissement privé demeure faible en Tunisie
Les investissements directs étrangers en Tunisie représentent aujourd'hui le quart de l'investissement global. Ils contribuent à 25% aux créations d'emplois, ce qui prouve que l'économie nationale est une économie assez intégrée.
Il faudrait sans doute stabiliser cette tendance en soutenant davantage le secteur privé tunisien et l'amener à s'impliquer encore plus aux efforts de croissance. Cela passe par une nouvelle impulsion de l'esprit d'initiative.
Il s'agit de donner encore plus de profondeur à l'acte d'investir et à la liberté d'investir, de favoriser la présence du secteur privé national dans les grands projets et de l'amener à sceller de nouvelles formes de partenariat.
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2009 La Presse. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.