Steve Kretzmann
24 Juin 2009
Une production inefficace, une mauvaise infrastructure, un faible accès aux marchés, un manque d'investissement de capitaux: les défis auxquels sont confrontés les petits agriculteurs à travers l'Afrique sont nombreux. Une 'révolution verte' qui semble être en train de gagner du terrain en Afrique cherche à changer tout ceci.
Des critiques ont exprimé des réserves sur des propositions poussant en faveur de nouvelles variétés de semences et d'engrais - et ont simplifié la régulation pour accélérer leur adoption par des agriculteurs - citant les nombreux effets négatifs que la révolution verte des années 1960 et 1970 avait sur les paysans en Asie. Le président de l'Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA), Namanga Ngongi, déclare qu'un recul permettra à l'Afrique d'évider les mêmes erreurs.
Etant donné le statut de haut niveau des 400 délégués environ de profil international et du secteur privé ayant assisté au Forum de l'agro-alimentaire en 2009, tenu à Somerset West, à quelque 70 kilomètres du Cap, du 14 au 17 juin - sans noter leur empressement à débourser les frais de participation de près de 2.000 dollars - il existe un niveau d'intérêt élevé à participer à ce qui été appelé une 'deuxième révolution verte'.
Répondre aux critiques
La plus grande des inquiétudes des sceptiques de l'AGRA est que les intérêts des industries agro-alimentaires, souvent représentées par des firmes multinationales, bafoueront les droits des agriculteurs indigènes et introduiront une monoculture mécanisée, dégradante au plan environnemental, sur de vastes étendues de terre afin d'exporter des cultures de base, avec un impact négatif sur la sécurité alimentaire dans le continent. La question sensible de l'introduction des cultures génétiquement modifiées constitue également une préoccupation.
Mais à écouter ce qui a été dit au Forum sur l'agro-alimentaire, il apparaît que pendant que les gouvernements africains sont désespérés pour accroître la productivité et les recettes agricoles, et sont en train d'ouvrir le secteur aux investisseurs privés - les suppliant même de venir en effet - ils sont également conscients des dangers inhérents à cette approche.
Le ministre ougandais de l'Agriculture, Bagire A. Henry, a littéralement imploré les délégués de l'agro-alimentaire de profiter des négociations extrêmement avantageuses de l'Ouganda pour des investisseurs privés dans le secteur agricole. Une priorité de l'Ouganda, a-t-il affirmé, était de créer des usines de transformation à valeur ajoutée pour le café, leur principale culture d'exportation.
Des milliers de petits agriculteurs produisent plus d'un million de sacs de graines de café organique, de qualité supérieure, pour l'exportation chaque année, a-t-il indiqué. Mais il a insisté qu'il y a un besoin que des usines de transformation soient implantées pour accroître les recettes des exportations et créer plus d'emplois pour la population locale.
Il a dit que les investisseurs sont même invités à venir produire le café eux-mêmes. Toutefois, il a indiqué que l'Ouganda ne permettrait pas les achats en gros des terres par des Etats ou des investisseurs étrangers et que les agriculteurs locaux ne seraient pas forcés à vendre. "Nous ne forçons pas les gens à quitter leurs terres".
L'investissement devrait profiter aux agriculteurs locaux, a-t-il déclaré, que ce soit dans la culture de café, des fruits et légumes, du riz, du maïs ou tout autre produit agricole émergent.
"Nous disons que les gens sont invités à venir installer des fermes - nous les appelons des fermes centrales et nous les utilisons pour la recherche et le développement, comme des fermes de démonstration. Nous ne parlons pas de grands hectares de terre; nous voulons créer un système que nous faisons évoluer dans les meilleurs intérêts des paysans locaux".
Il apparaîtrait que plusieurs Etats africains sont réticents à autoriser la possession en gros des terres par des étrangers. Ils cherchent des voies pour sauvegarder les intérêts des agriculteurs indigènes tout en les guidant dans la production pour l'exportation et la vente interne, au lieu de transmettre simplement la tâche à de grandes industries agro-alimentaires.
"Ce dernier budget [introduit il y a environ deux semaines à Kampala] était centré sur la conduite des fermiers dans la production commerciale. Même ceux cultivant de petites portions de terre, ils doivent les labourer de manière intense", a souligné Henry.
Il a indiqué que les agriculteurs sont en train d'être fusionnés dans des coopératives pour créer des économies d'échelle et que son ministère est aussi en train d'identifier des paysans qui s'engagent dans de meilleures pratiques dans la production des cultures d'exportation, de fournir un apport technique et subventionner leurs pratiques agricoles.
Au cours du dernier exercice budgétaire, a-t-il souligné, 30.000 agriculteurs ont reçu des subventions du gouvernement et 30.000 autres en bénéficieraient cette année.
"Les Etats-Unis et l'Europe disent 'ne subventionnez pas' et [pourtant], ils [continuent] de subventionner [leurs agriculteurs]: pourquoi? La Banque mondiale est en train de dire 'ne subventionnez pas'; nous leur disons 'Allez-vous en, c'est notre pays'".
Obtenir des groupes de petits agriculteurs, qui cultivent chacun entre un et cinq hectares de terre, qu'ils coopèrent ensemble dans la production des cultures de base, au lieu de fusionner de grandes étendues de terre sous une seule propriété, est un modèle qui semble être en train de marcher dans le contexte africain.
C'est une approche que 'African Connections' (Connexions africaines), une société à responsabilité limitée basée au Ghana, a adopté avec un certain succès. 'African Connections' est sous-traitée par de grandes firmes qui veulent investir dans la responsabilité sociale des entreprises dans le secteur agricole. Ils fournissent des formations et des services d'appui afin de développer la capacité des petits fermiers à satisfaire les demandes des marchés d'exportation, et à s'engager avec eux.
Un tel projet est l'Initiative pour la croissance de l'agro-alimentaire de Ahafo, dirigée au nom de la compagnie d'exploitation de l'or de Newmont, impliquant environ 4.000 fermiers.
Au Ghana, déclare la directrice générale de 'African Connections', Ayesha Hakeem, la production n'est pas le problème, le problème ce sont les pertes après les récoltes.
Hakeem a affirmé que les agriculteurs n'utilisent même pas toute la terre à leur disposition, pourtant, leurs pertes après les récoltes s'élevaient à entre 40 et 60 pour cent. C'est parce que les fermiers s'en sont tenus à la production de leurs cultures traditionnelles, au lieu de produire pour satisfaire les demandes lucratives du marché.
Alors, a-t-elle dit, ils cultiveront des ignames, par exemple, mais tout le monde a d'ignames et personne ne les achète, et elles sont simplement perdues.
L'approche de 'African Connections' était d'exploiter les connaissances que les paysans ont et les aider à les utiliser pour produire des cultures nécessitant une technologie similaire, mais pour lesquelles il existe une demande pour l'exportation.
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