24 Juin 2009
- C'est l'heure de la prière à Nur madrassa (l'école coranique) de Pemba, la capitale de la province de Cabo Delgado, sur la côte nord du Mozambique. Dans cette école, l'éducation ne s'arrête pas aux études religieuses : les samedis, le malimo (l'enseignant), Mitilage Rashid, parle du VIH/SIDA aux 120 élèves.
En 2008, Mitilage Rashid a suivi un cours sur le VIH/SIDA offert par le Conseil islamique du Mozambique, en partenariat avec d'autres organismes. A cette occasion, lui et une trentaine d'autres enseignants ont approfondi leurs connaissances sur l'épidémie et ont appris la manière de mener des campagnes de sensibilisation dans leurs établissements.
Le Mozambique affiche un taux de prévalence national de 16 pour cent. Dans la province majoritairement musulmane de Cabo Delgado, à la frontière de la Tanzanie, le taux s'élève à 8,6 pour cent, soit le taux le plus faible du pays. L'introduction des cours de sensibilisation au VIH/SIDA dans les programmes scolaires est une innovation bienvenue.
Bien que certains enseignants se montrent encore sceptiques face à la matière, d'autres en saisissent l'importance. Toutefois, les messages diffusés dans les madrassas sont très différents de ceux que l'on retrouve dans les établissements généraux.
Une punition divine
Selon Sheikh Mohammed Abdulai Cheba, directeur de 54 madrassas de la province de Cabo Delgado, le message se décompose en deux parties : dans un premier temps, le message indique explicitement que le VIH est une punition divine, puis il insiste sur l'idée selon laquelle seules l'abstinence et la fidélité permettent de lutter contre la transmission du virus.
« ...La souris ne doit pas voir le morceau de fromage, ou sinon elle voudra le manger. Si vous avez un préservatif dans votre poche, vous allez commencer à envisager des choses... »
« Les individus ont des rapports sexuels illégaux et ils commettent une grave erreur, car cela se produit sans l'autorisation de la famille. Si les personnes veulent commettre de tels actes, elles doivent remplir toutes les conditions préalables : se marier, rapprocher leurs familles et légaliser la vie qu'elles mèneront », a-t-il souligné.
La plupart des élèves des madrassas ne remettent pas en question ce message. Par exemple, Kadafi Joaquim, un élève de 18 ans, prend le message au pied de la lettre : il dit qu'il ne songera à fréquenter une fille que s'il a l'intention de l'épouser.
« Nous devons nous tenir éloignés des filles, avant le mariage, sinon c'est un péché », a-t-il dit à IRIN/PlusNews.
Le thème de l'utilisation des préservatifs n'est pas abordé, car les enseignants pensent que cela pourrait inciter les jeunes à avoir des relations sexuelles, ce qui est « haram » (interdit, en arabe).
« La souris ne doit pas voir le morceau de fromage, ou sinon elle voudra le manger. Si vous avez un préservatif dans votre poche, vous allez commencer à envisager des choses », a dit Kadafi Joaquim.
Bien que les enseignants associent le VIH à des comportements défendus, ils n'incitent pas au préjudice ou à la discrimination.
« Si une personne tombe malade, qu'elle soit musulmane ou non, elle doit recevoir des conseils, nous la soutenons moralement et matériellement », a martelé Sheikh Mohammed Abdulai Cheba.
Toutefois, ce sentiment n'est pas partagé par tous les élèves. « Je ne connais aucune personne séropositive, mais si j'en connaissais une, je resterais éloigné [d'elle] », a confié Ausse Said, élève de 17 ans, en 4e année à Nur madrassa.
Des enseignants irréalistes
Selon Ajira Abdul Razak, une jeune femme de 20 ans, il est « irréaliste » de demander aux jeunes d'être fidèles et de pratiquer l'abstinence. D'après elle, ce dont les jeunes ont besoin est de l'information pratique, même s'ils décident de ne pas en faire usage.
« ...La religion et la science ne font pas bon ménage - elles se contredisent... »
Et elle parle en connaissance de cause. En effet, mère d'un bébé de 18 mois, Ajira étudiait dans une madrassa où elle ne recevait aucune information sur le VIH/SIDA. Bien que des cours d'éducation sexuelle étaient proposés à l'école, ses connaissances limitées ne lui ont pas permis d'éviter une grossesse et de se protéger contre le virus. Lorsque son père a appris qu'elle était enceinte, il l'a presque jetée de la maison.
« La religion et la science ne font pas bon ménage - elles se contredisent. Mais en tant qu'enseignant, je conseille toujours à mes élèves d'utiliser des préservatifs », a dit Adamo Selemani Daaƒado, qui enseigne l'histoire à l'école secondaire Fraternidade, un établissement qui reçoit le soutien de la communauté islamique et se situe près de l'une des mosquées les plus conservatrices de Pemba.
« Dans les madrassas, ils interdisent l'utilisation des préservatifs afin d'inciter à la fidélité. Mais la fidélité n'existe pas de nos jours au Mozambique », a-t-il poursuivi. Musulman et père de deux enfants, Adamo Selemani Daúdo explique utiliser des préservatifs lorsqu'il a des relations extraconjugales, car « aujourd'hui, la confiance n'existe pas, même les femmes musulmanes ne sont pas fidèles. J'utilise [des préservatifs] pour ma propre sécurité. »
Il enseigne également à Geraçaƒao Biz, une ONG qui travaille dans le domaine de la santé sexuelle et de la reproduction pour les jeunes.
« J'indique à mes élèves que l'usage des préservatifs est une question personnelle... On ne doit pas les considérer comme un péché, mais comme une question de sécurité, de protection », a-t-il déclaré à IRIN/PlusNews. « Nous n'incitons pas les jeunes à avoir des rapports sexuels, mais nous les aidons plutôt en leur transmettant des messages de prévention ».
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