Maguette Ndong
24 Juin 2009
La fête de la San Jon a encore drainé du monde mardi dernier au collège Sacré Coeur de Dakar. La communauté cap-verdienne et les Sénégalais originaires de cet archipel ont perpétué la tradition en implorant Dieu pour une bonne saison des pluies. Et comme par miracle, le ciel a ouvert ses vannes.
Tambours, sifflets et chants annoncent l'arrivée imminente d'une procession rythmée dans l'enceinte du Collège Sacré-Coeur. L'écho se fait de plus en plus précis, les chants de plus en plus perceptibles. Dans l'arrière cour, on s'affaire autour des derniers réglages avant le démarrage de la veillée folklorique de la San Jon 2009 ou fête de la Saint-Jean Baptiste.
La communauté cap-verdienne et les Sénégalais originaires de cet archipel au large de Dakar en profitent, chaque année, pour implorer Dieu pour des pluies abondantes et de bonnes récoltes. Sur le grand podium aménagé, on procède au réglage du son.
Le ciel est radieux, l'ambiance est à la fête. L'arrivée des premiers invités coïncide avec l'entrée en fanfare des batteurs de tambours, précédés de jeunes gens portant des tenues d'été. Chemise blanche et pantalon noir pour les garçons, jupe paysanne aux couleurs vives et décolleté aux manches retroussées pour les filles.
Ces dernières, de véritables beautés, arborent fièrement des sombreros, donnant à la fête son cachet populaire. Des tiges de canne à sucre et des épis de maïs, symboles d'une bonne saison, sont brandis. Deux vieilles personnes agitent les drapeaux sénégalais et cap-verdien.
Dans cette fête communautaire, les personnes du troisième âge occupent une place de choix. La tête couverte d'un châle blanc, sifflet à la main, l'une d'entre elles fait face au spectacle.
A 92 ans, elle se considère comme la marraine de la fête. « Je suis la maman de la San Jon. J'ai même participé à la première édition en 1989 », confie-t-elle d'une voix enrouée. D'autres vieilles personnes sont là, assises sur leurs chaises, regardant défiler les jeunes qui s'activent dans tous les sens. Bras-dessus bras-dessous, les couples exécutent un batuka endiablé. Ils sont venus des Sicap et des quartiers environnants.
C'est pour eux une occasion pour montrer la richesse de la culture cap-verdienne. Une trentaine de stands sont disposés dans la vaste cour et on y propose différents mets de la gastronomie de l'archipel : katchoupa (à base de maïs, haricots blancs et viande), polvo (poulpe à la sauce tomate), crudités, poisson, porc braisé.
Béatrice, une Sénégalaise mariée à un Cap-verdien : « Avant, je venais juste pour regarder, mais cette année, je suis dans les stands avec les enfants », nous confie-t-elle au milieu de son étal de frites et de confitures. Différents groupes se succèdent sur le podium.
Les Batucadeira, de vieux musiciens venus spécialement du Cap-Vert, sont les premiers à gratifier le public d'une belle prestation. Ils sont suivis du Tchoupa Dance de Pikine et de la Soupa Dance des Sicap. La San Jon, qui auparavant se faisait en famille, est devenue la fête la plus populaire du Cap-Vert.
« Chaque année, nous essayons de mettre en avant l'aspect laïc de la manifestation pour la rendre universelle », explique Antonio Lima, président de l'association culturelle de la San Jon au Sénégal.
Cette année, d'autres manifestations, tel que le saut du feu, n'ont pas été au programme à cause la pluie qui s'est brusquement invitée à la fête en déversant des trombes d'eau dans l'enceinte du collège Sacré-Coeur. Coïncidence ou pas, ce 23 juin de la San Jon marque les premières précipitations dans la capitale sénégalaise. Comme si le voeu a été exaucé par le Bon Dieu.
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