Laurent Abah
25 Juin 2009
Les télécommunications et les TIC évoluent au rythme trépidant des innovations technologiques objets de rudes batailles stratégiques.
La part importante des télécommunications et des TIC dans le développement économique n'est plus à démontrer. Dans ce domaine, les nouvelles applications sont sans cesse en développement. Malheureusement, de nombreux opérateurs au Cameroun rêvent surtout de les introduire sur un marché où l'infrastructure de base de qualité ne suit pas toujours. Pourtant, seules, les innovations technologiques ne seraient rien sans les réseaux de télécommunications fiables. Ces réseaux sont des infrastructures cruciales préalables à l'instar des conduites d'eau et des lignes électriques, pour assurer la pérennité du secteur. De nombreux experts du domaine affirment que faire décoller un business dans les télécoms, surtout dans les réseaux d'infrastructure fixe, prend deux à trois fois plus de temps et d'argent qu'un projet Internet. Ce constat pose donc le problème des choix stratégiques à opérer en vue d'un développement maîtrisé du duo télécoms-Tic.
L'explosion du nombre de terminaux mobiles au Cameroun est sans doute sur le point de dépasser celui des ordinateurs et des postes de télévision, et c'est un fait économique important. Malgré cette explosion, on remarque qu'en dehors de quelques faits marketing, « les opérateurs du mobile sont lents à déployer les vraies innovations qu'on voit fleurir ailleurs » (visiophone-GPS etc.), confie un expert. Pourtant, avec l'introduction de la fibre optique, il y a eu un accroissement sensible des capacités de traitement des signaux. De nouvelles possibilités d'interagir et de communiquer avec les clients. L'Internet apporte des opportunités d'élargissement de la palette des services proposés. Le secteur des services, caractérisé par sa forte sensibilité aux innovations dans les technologies de l'information, se trouve au centre de ces changements qui ne seront pas sans impact sur la stratégie des acteurs.
Les freins à l'innovation ?
La qualité du réseau fixe, la faiblesse des investissements publics et les opérateurs du mobile principalement préoccupés par les gains semblent expliquer le retard accusé au Cameroun. Contrairement au Web, qui est une plate-forme ouverte, le mobile est un monde fermé où les opérateurs veillent au grain pour être partie prenante de toutes les transactions et tous les nouveaux services. En outre, la bande passante de l'Internet mobile est médiocre et encore très chère, ce qui n'encourage pas les usages et le décollage de l'audience. Aujourd'hui, au Cameroun il y a une confusion entre l'Internet mobile et l'Internet sur le mobile. La vérité est souvent que pour l’essentiel, le terminal est utilisé comme modem. La véritable innovation c'est bien sûr l'Internet sur le mobile, c'est-à-dire tous les services du Web accessibles indifféremment sur ordinateur ou sur un terminal mobile. Mais les opérateurs mobiles, attachés à leur modèle de portail fermé, ne semblent pas encore accepter cette perspective.
L'innovation viendra sans doute au Cameroun indirectement par l'interpénétration avec le secteur de l'Internet. Ce qui semble alimenter les peurs des grands opérateurs, c’est de voir le monde de l’Internet envahir celui des télécoms, réduisant les opérateurs au rôle de tuyau. Or c'est ce mouvement qui déclencherait l'innovation tant attendue dans le secteur des télécoms. La nouvelle loi sur les télécommunications en gestation qui gagnerait à promouvoir une meilleure imbrication entre télécoms et Tic, dans le sens de la convergence – permettra sans doute de combler ce vide.
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