L'Autre Quotidien (Cotonou)
Franck Raoul Pedro
25 Juin 2009
«Hydraulique de mes paupières». C'est le nom du tout premier recueil de poésie du jeune béninois, Constantin Amoussou, passionné de littérature et surtout des ouvrages du chantre de la négritude, Aimé Césaire. Ce nouveau recueil de poésie sera disponible dans quelques jours dans les rayons des libraires du Bénin.
Paru aux éditions «Fous sans frontières», le recueil de poésie, «Hydraulique de mes paupières» est une invite à un voyage à travers les plaies de l'Afrique. Tessons de paroles névralgiques, la couverture de cet ouvrage en dit long sur son contenu et son caractère à la limite choquant et agressif. Illustrée par une oeuvre du plasticien, Laudamus Segbo, le dessin de la couverture de l'ouvrage est très évocateur et met en garde le lecteur sur le contenu du livre. La toile illustrative du recueil présente l'Afrique de profil, dans un décor claire sombre.
Présentée tel un visage humain en plein agonie et saignant de la tempe où est d'ailleurs enfoncé un pieu en métal, l'image est évocatrice d'un supplice immense. Sur cette même page, on aperçoit plus loin, une calebasse posée en dessous du visage ensanglanté recueillant le sang dont le trop plein coule à même le sol. Une plume plantée dans le sang ruisselant grave sur le sol, des lettres en caractère de sang, exprimant la vive douleur de l'Afrique en détresse. Cette illustration n'est rien d'autre que la schématisation de la trame de l'ouvrage. Composé de 96 pages, ce recueil contient un seul poème.
Parti du constat que l'Afrique est mal gouvernée, l'auteur ébauche des exemples pour illustrer cette pathologie caractérisée par la mauvaise gouvernance qui gangrène le continent noir. A travers des mots assez percutants, le jeune écrivain déclenche différentes émotions. Il peint une Afrique douloureuse et rêve d'un futur meilleur qui vient éclore la trame du texte dans une espèce de nostalgie du futur. Pour l'auteur, il s'agit d'un plaidoyer qui appelle les enfants africains à une prise de conscience pour arrêter l'hémorragie généralisée à travers le continent noir.
Le livre se présente comme une pierre jetée dans la marre de la gouvernance en Afrique afin de susciter chez les dirigeants, une volonté manifeste de corriger les pratiques rétrogrades et suicidaires pour l'épanouissement de l'Afrique. A travers les lignes de cette poésie en verset et en verres libres, Constantin Amoussou promène sa plume à travers des univers divers. Détresse, douleur, espérance, rien n'échappe à la vigilance du style narratif et persuasif du jeune auteur épris d'une fougue de dénonciation. Ultime moment d'évocation des situations critiques, des tensions belliqueuses en Afrique, et même de sujets relatifs à la mauvaise gouvernance. Le jeune poète raconte une histoire illustrée dans l'imagination par des images fortes et saisissantes.
Préfacé par le professeur, Roger Gbegnonvi, ce premier recueil de Constantin Amoussou s'inspire du «Cahier d'un retour au pays natal» d'Aimé Césaire. « Aimé Césaire a pris possession de Constantin Amoussou et vice versa, et leurs deux paroles ne font plus qu'une seule et même parole. Entre Cahier d'un retour au pays natale, et Hydraulique de mes paupières, la fusion ici et là, est totale. » Déclare Roger Gbegnonvi dans sa préface. Et comme si cela ne suffisait pas, le recueil de Constantin Amoussou a également été postfacé par Rodrigue Atchahoué Directeur éditorial de Ruisseau d'Afrique.
Diplomate de formation, fondateur de l'académie de Culture générale à L'Enam à l'Université nationale de Bénin, Constantin Amoussou, est un passionné de littérature. Lauréat de nombreux prix dont, celui de la jeune littérature africaine organisé en 2000 par la Jeune chambre du Bénin, il participe avec brio en 2005, au concours de lecture «Lu pour vous ». Représentant du Bénin au Concours panafricain de droit international humanitaire, Constantin Amoussou est spécialiste des questions de droit de la guerre. Il anime depuis 2008 une chronique littéraire, «Biblio» sur la télévision nationale.
Partisan du concept de la «poésie névralgique», un point de tous les courants de pensée qui ont pris fait et cause pour l'homme et contre l'exploitation de l'homme et l'injustice sociale, Constantin Amoussou n'hésite pas à exprimer ses opinions quels que soient les circonstances. Cet ouvrage est le tout premier d'une série de romans qui invraisemblablement permettront à ce jeune auteur assez perspicace et percutant de se faire mieux entendre.
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