Le Messager (Douala)

Cameroun: Un rapport sur la fortune de Biya

25 Juin 2009


(Page 2 of 2)

Parmi les résidences françaises, le journal camerounais L'Expression évoquait en 1997 celle du lieu-dit " de la ferme des bois " à Gambais (Yvelines), d'une valeur estimée de 6 millions d'Euros à l'époque.

Selon les journalistes de Germinal en 2008, " Paul Biya serait aussi actionnaire de plusieurs sociétés. ( ) À cela, l'on doit ajouter le château en construction, à côté de l'Ambassade des Etats-Unis à Yaoundé ". Ces informations n'ont été ni confirmées ni infirmées par le président camerounais.

Paul Biya sait également se montrer généreux avec ceux qu'il affectionne. Outre certains conseillers en communication français grassement rémunérés, l'Ordre de la Rose-Croix (Amorc), considéré en France comme une secte, fait l'objet des largesses de la présidence camerounaise.

Raymond Bernard, ancien secrétaire général de l'Amorc et fondateur de l'Ordre rénové du Temple (Ort), considéré comme le " berceau " de l'Ordre du Temple solaire, se voit remettre 5,6 millions de francs français le 2 mars 1990, puis 11,2 millions de francs de 1992 à 1998, le tout via la Société nationale des hydrocarbures (Snh) du Cameroun. Selon la justice française, Raymond Bernard aurait ainsi constitué un patrimoine de 20 millions de francs, sans avoir " jamais travaillé ".

De même, le siège parisien d'une organisation ésotérique créée par Raymond Bernard, l'ordre souverain du temple initiatique (Osti), a été acquis au 22, rue Beaunier dans le XIVe arrondissement de Paris grâce à un prêt sans intérêt d'un montant de 40 millions de francs français accordé par le président camerounais.

Paul Biya et ses satellites : Monaco, Allemagne, Suisse,

Selon Africa Confidential d'octobre 2005, reprenant le travail d'une Ong londonienne, les largesses de Paul Biya serviraient aussi à amadouer l'opposition: le leader de l'opposition John Fru Ndi aurait ainsi accumulé une fortune de plus de 125 millions de dollars, dont " plus de 70 % de l'argent provient de ses deals politiques avec le chef de l'Etat camerounais en fonction ", en particulier " entre juin 2002 et 2005 ". John Fru Ndi a nié.

Certains soupçonnent également l'homme fort de Yaoundé d'utiliser des prête-noms pour gérer sa fortune, notamment en Suisse. Il y réside régulièrement et sa fille Anastasie Brenda Eyenga Biya fait ses études au Collège du Léman à Versoix, à quelques kilomètres de Genève.

Le journal The African Independent, particulièrement critique envers le gouvernement Biya, estime par ailleurs que le fils du président, Franck Biya, a un rôle clé dans la gestion du patrimoine familial. Il gagnerait, selon ce quotidien, "9 milliards de francs Cfa par mois dans la mafia du bois" (13,7 millions d'Euros).

Son rôle dans l'exploitation forestière est, de fait, particulièrement décrié : attribution des concessions à ses sociétés (dont Ingénierie forestière) dans la plus grande opacité, évasion fiscale, non-respect des contraintes environnementales, gestion douteuse des fonds de ses sociétés Naturalisé monégasque, le fils Franck serait propriétaire à Roquebrune-Cap-Martin, lieu de villégiature du Maréchal Mobutu, de la magnifique " Villa Isis ", avenue Douine.

Officiellement, la villa est au nom de " l'Immobilière du Sud Azur ", une société au capital de 1000 Euros sise promenade des Anglais à Nice, dont le gérant n'est autre qu'un certain Emmanuel Biya le second prénom de Franck.

Outre l'exploitation forestière, les sources potentielles de l'enrichissement familial sont multiples. Selon un arrangement extrêmement commode, la loi de Finances autorisait le président, jusqu'en 1994, " en cas de besoin, à prélever et à affecter par décret à un compte spécial hors budget tout ou partie des résultats bénéficiaires des entreprises d'État ".

Selon L'Événement du jeudi précité, " l'évaporation de 2,3 milliards de francs français [350 millions d'Euros] pour la période 1988-1993, ainsi que l'évasion fiscale hors du Cameroun, de 20 milliards de francs français [3 milliards d'Euros] entre 1988 et 1993 donne une idée des sommes détournées". Ladite évaporation touche tous les secteurs.

Dans le domaine pétrolier, une firme américaine évalue les pertes autour de 350 millions d'Euros entre 1988 et 1993. Paris n'y voit rien à redire, à en croire l'ancien patron d'Elf Aquitaine Loïc Le Floch-Prigent : " Paul Biya ne prend le pouvoir qu'avec le soutien d'Elf pour contenir la communauté anglophone de ce pays ". L'affaire Elf a, de facto, levé une partie du voile sur la grande corruption qui entoure les contrats pétroliers.

Elf aurait ainsi prêté, en 1992, plus de 80 millions d'Euros à la Société nationale des hydrocarbures (Snh) du Cameroun, au profit de Paul Biya, via une banque des Îles Vierges.

En contrepartie, Elf s'assurait un approvisionnement de pétrole par avance et engrangeait au passage une commission de plus de 20 millions d'Euros par l'entremise d'Alfred Sirven.

Le scandale Eif, la destruction de la Scb, et autres

Dix ans plus tard, les comptes gérés par Alfred Sirven étaient à nouveau crédités de 25 millions de dollars dans d'autres opérations de préfinancement pétrolier avec le Cameroun. Le 21 mars 2007 à nouveau, le Pdg du groupe Total était entendu par la Brigade de répression de la délinquance financière, à Paris, pour une affaire de corruption au Cameroun.

Pour le romancier camerounais Mongo Béti, " la politique française du pétrole en Afrique, [c'est] ( ) la quête, sur le dos des Africains, de l'indépendance énergétique de la France ".

Dans le domaine bancaire, Paul Biya et sa première épouse, Jeanne Irène, se sont vus également reprocher très directement d'avoir mis en faillite, à force de pillage, la Société camerounaise de banque (Scb), premier établissement bancaire du pays dans les années 1980.

C'est l'ancien directeur de la Scb, Robert Messi Messi, aujourd'hui exilé au Canada, qui accuse le couple présidentiel d'avoir soutiré plus de 9 millions d'Euros à la banque pour acquérir des villas, financer le palais présidentiel, la piste d'atterrissage et un golf dessinés par l'architecte Cacoub.

Après 1994 et la révision de la loi autorisant la cagnotte présidentielle, les " distractions de deniers publics ", comme on dit au Cameroun, n'ont pas cessé pour autant : entre 1998 et 2004, elles dépasseraient les 2,8 milliards d'Euros, selon les services du Contrôle supérieur de l'Etat camerounais.

Par ailleurs, certains journaux camerounais se demandent si, usant de prête-noms, le président camerounais n'aurait pas jeté son dévolu sur l'exploitation de la bauxite. Par un accord du 13 janvier 2006, le gouvernement camerounais cède l'exclusivité de l'exploitation de la bauxite à la société Hydromine Inc., enregistrée dans le Delaware, qui n'a pourtant aucune expertise dans l'exploitation minière.

Certains journalistes en concluent que Peter Brigger, le président d'Hydromine, par ailleurs spécialisé dans la location d'appartements de luxe en Suisse, serait le gérant occulte de la fortune du président camerounais.

Malgré les soupçons persistants autour du chef de l'Etat camerounais, le soutien du gouvernement français à Paul Biya ne se dément pas depuis 1982. Depuis les années 1950, où il militait avec le Dr Aujoulat contre les indépendantistes camerounais, l'attachement de Paul Biya à l'Hexagone ne s'est apparemment pas estompé.

Sous sa férule, le Cameroun reste en effet pour l'Etat et les entreprises françaises un marché et un point d'ancrage déterminant en Afrique centrale. La population camerounaise, elle, enrage de ne pas bénéficier davantage des richesses phénoménales qui l'entourent.

Chaque année, lors de la messe du Nouvel an, l'archevêque de Douala, Christian Tumi, se fait l'écho de cette exaspération, exhortant les gouvernants camerounais à " remettre l'argent volé dans les caisses de l'Etat ".

Page 2 of 212All

Read comments. Write your own.

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2009 Le Messager. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com).

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time
Author: emmanuellola
Sun Jul 5 23:04:57 2009

le comité catholique contre la faim a attendu bien longtemps pour réagir sur la fortune de biya. Depuis 1982 quand ce dernier arrivait au pouvoir si vous le constatez, les caisses de l'Etat camerounais ont commencées à être vide et la rente pétrolière du cameroun était devenue son argent personnel et de sa famille. Les médias parlent de plus plus des immeubles achetés mais ils en parlent moins du gaspillage de l'argent en nature réalisé à l'étranger tels que l'achat ou le renting des avions privés, les suites dans les hotels de 4 étoiles, l'achat des bijoux en diamant, les voitures de luxe, les repas de 680 euros le menu par personne,alors que nous retrouvons dans sa capitale les enfants innocents couchés au sol sans vêtements, sans soins primaires, sans éducation et manquant 1 centime pour acheter un beignet chez mami makala.


SELECT
SELECT

Le top des actualités: Cameroun

Rubriques