A. Aziz Agne
25 Juin 2009
interview
Comment appréhendez-vous les discours d'ouverture multipliés par le nouveau président américain Barack Obama, notamment à l'endroit du monde arabe ?
D'abord, il faut retenir que je récuse aussi bien la diabolisation de George Bush que l'idéalisation de Barack Obama, car ce dernier a quelque chose que son prédécesseur n'a pas. Des dispositions qui lui ont permis de s'ouvrir et de découvrir d'autres cultures. Mais, toujours est-il qu'Obama est le fruit d'un système qui est resté le même. Toutefois, ses efforts d'ouverture et de recherche d'un espace de concertation sont importants pour la stabilité avec les pays arabes.
Justement, l'Iran est en ce moment traversé par une crise politique émanant des élections présidentielles. Quel regard portez-vous sur cette situation ?
Je suis particulièrement inquiet de ce qui vient de se passer. Encore une fois, on devrait faire très attention à ce qui vient des agences de presse en Occident. Il faut qu'on observe bien ce qui s'y passe.
Parce que ce que j'avais comme rapport, c'est que dans les campagnes, la popularité d'Ahmedinejad était réelle. Avec cette tension, je ne suis pas toujours sûr que les élections ont été truquées au niveau qu'on le dit, même s'il se peut qu'il y ait eu des malversations.
Mais il faut espérer que dans le débat interne, on puisse apaiser pour que ce ne soit pas l'armée qui tire sur les populations. Cela, ce n'est pas acceptable du tout. Mais qu'il y ait un vrai dialogue national aujourd'hui et qu'on trouve une dimension raisonnable.
C'est très inquiétant ce qui se passe, car il a lieu à l'intérieur du camp des gens qui étaient à base du même projet. Donc, je suis critique vis-à-vis du gouvernement qui tire sur les populations, mais il ne faut pas penser qu'un mouvement des villes soit un mouvement national. Il faut mesurer les choses à l'aune de la réalité de la représentativité populaire.
L'actualité en France est dominée par le port de la burqa. Si le président Nicolas Sarkozy a demandé aux parlementaires d'approfondir la réflexion à ce propos, il demeure néanmoins, opposé à une telle pratique. Quelle est votre position par rapport à ce vieux débat ?
A la suite de l'intervention d'Obama certains n'étaient pas contents, car son discours était pris comme anti-français. Et moi-même quand je suis intervenu deux fois dans la presse française, la seule chose qu'on m'a posée, c'est de me dire qu'il a critiqué la France. Ensuite, il y a eu une conférence de presse Obama-Sarkozy, et le président français s'est aligné sur les positions d'Obama en promettant une réflexion.
Il n'a pas tout cité d'ailleurs ; il n'a pas parlé des écoles, mais il a juste fait allusion à des personnes qui représentent l'Etat. Et il y a eu un mouvement de l'intérieur et qui disait que, cette fois-ci, il va très loin. Ce sont uniquement des oeuvres de politique politicienne intérieure et de diversion.
Qu'il ait une information sur le nombre de femmes qui portent le niqab ou la burqa, soit. Mais qu'on ne vienne pas nous dire que c'est un débat national. Et quand on nous annonce qu'il y aura une loi, c'est très grave parce qu'on dépasse tout. Ils voulaient aller à une loi, ils se sont arrêtés, parce que cela ne tient pas au niveau des conventions internationales.
Maintenant, en ce qui me concerne, de l'intérieur il y a une position de l'Islam. Et je pense que le niqab n'est pas une prescription islamique, je ne suis pas d'accord avec cette vision.
Mais toujours est-il que c'est un débat au sein des musulmans et il faut qu'on l'ait de façon sereine. La manière dont la France aborde la question est une façon de faire diversion vis-à-vis des vrais problèmes qui secouent la France aujourd'hui. Et ce n'est pas ce débat sur le port de la burqa du tout.
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