Agence de Presse Sénégalaise (Dakar)
Envoyée spéciale - Adama Diouf Ly
25 Juin 2009
La communauté bambara de Malicounda dans la région de Thiès a accueilli avec faste, jeudi, une délégation venue de Mali pour "s'inspirer de l'approche déroulée par les femmes" qui avaient pris la décision historique en 1997 d'abandonner la pratique de l'excision à travers une déclaration publique.
Les quelques gouttes de pluies qui sont tombées aux premières heures de la matinée n'ont nullement émoussé la détermination des femmes mobilisées au bord de la route qui mène à l'intérieur de village pour venir à la rencontre de leurs hôtes. Vêtues de boubous de même tissu de couleurs différentes, selon la tranche d'âge, elles ont ainsi accompagné le cortège de voitures le long de l'asphalte par des chants bambaras.
Le groupe malien constitué de chefs de programme en santé, éducation, de médecins, de parlementaires, venu en séminaire d'imprégnation sur l'approche et le modèle du programme Tostan dans la lutte contre l'excision, n'a pas voulu repartir "sans venir voir cette communauté sÅ"ur dont la plupart de leur parents viennent du Mali, d'où le nom du village Malikounda", selon la Directrice du programme national de lutte contre l'excision au Mali, Joséphine Keïta Traoré, interrogée par l'APS.
"Le sujet que nous traitons est difficile et sensible parce qu'il touche l'intimité de la famille dans ce domaine il faut une approche adaptée", a dit Mme Keïta, relevant celle de Tostan démarrée à Malikounda comme "holistique parce qu'il passe par le développement de toute la communauté à travers les femmes, les jeunes, les familles".
Pour le fonctionnaire du ministère de la Promotion de la Famille au Mali "c'est une approche qui respecte les droits humains parce que pour les pratiques néfastes comme l'excision, cela fait partie de nos traditions, de nos valeurs culturelles".
Elle a assuré qu'il faut faire attention pour ne pas heurter la sensibilité des populations qui vivent avec cela depuis des millénaires, insistant sur la "persuasion, la sensibilisation". L'expérience de Tostan passe en effet par l'éducation des communautés, l'amélioration des conditions de vie des communautés, a-t-elle poursuivi.
"Quand on prend les choses sous cet angle, on est sûr de réussir le combat contre toutes les pratiques néfastes à notre société", a souligné la Malienne visiblement heureuse de se retrouver parmi une communauté avec laquelle elle partage la langue et la culture.
Bien qu'elle peut coûter chère, parce que ce ne sont pas des passages ponctuels, a relevé Joséphine Keïta, "cette approche reste la meilleure du fait des liens qu'on tisse avec les communautés en partageant leurs réalités, les aider à résoudre leurs propres problèmes".
C'est le schéma de la résolution des problèmes, même si c'est un long processus, un travail de longue haleine, la délégation malienne reste déterminée à prendre l'exemple de Tostan pour une durée de trois ans avec les moyens adaptés puisque au Mali, la pratique de l'excision concerne 85% de la population. Ce chiffre a été obtenu après 15 ans de travail, a-t- elle précisé.
Pratique fortement ancrée dans les moeurs maliens, l'excision n'est pas encore totalement légiférée puisque compte tenu de l'ampleur du problème et du caractère sensible de la question, "avec une loi répressive les conséquences seront plus importantes que ce que nous sommes entrain de combattre", relève-t-on du côté de la délégation malienne.
Les femmes de Malicounda, considérées comme les pionnières de la lutte contre l'excision, ont eu le courage, le 31 juillet 1997, de prendre "la décision historique de mettre fin à une tradition nuisible à leur santé et qui est aussi une violation de leurs droits humains", a rappelé la responsable de Tostan, Molly Melching.
A ce jour, a-t-elle ajouté, avec une approche de sensibilisation et d'accompagnement des communautés, 3.643 communautés au Sénégal ont rejoint ce mouvement à travers des déclarations publiques d'abandon.
Pour la représentante de l'Unicef, Mariam Coulibaly Ndiaye, Malicounda peut être considéré comme un oiseau qui a entraîné dans son vol les autres communautés. "Il n'y avait qu'un oiseau, c'était vous, aujourd'hui il ya des milliers et ensemble on entend maintenant le bruit de leurs ailes", a t-elle dit, reprenant un proverbe malien.
L'UNICEF qui appuie techniquement et finanacièrement ce processus initié par Tostan depuis 1997, est ainsi "fière de pouvoir compter à côté des artisans de cette réussite".
La cérémonie s'est déroulée dans l'après-midi sur la place publique du village, en présence de la représentante de l'Unicef au Sénégal, la malienne Mariama Coulibaly Ndiaye, "fière de recevoir ses compatriotes" et de la secrétaire exécutive de Tostan, Molly Melching, des représentants de l'USAID et des autorités locales.
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