Sud Quotidien (Dakar)

Sénégal: Viols de mineurs au Sénégal : un phénomène qui inquiète

Abdou Badji

25 Juin 2009


billet

Les viols de mineurs constituent un phénomène très grave qui, si l'on y prend pas garde, risque de s'accentuer au fil des années. En effet, il ne se passe presque pas un jour au Sénégal sans que la presse écrite fasse écho de multiples cas de viols sur des mineurs. Pour mesurer l'ampleur d'un tel phénomène, il suffit de rappeler l'étude de l'ONG Grave qui a recensé prés de 400 cas de viols et d'agressions sexuelles rien que pour l'année 2007.

L'affaire qui a le plus marqué les esprits ces dernières semaines par rapport à la gravité des faits, à leur énormité, et à leur atrocité, est sans doute celle de Layime Wilane, un maître coranique de Touba déclaré coupable du délit de viol sur douze filles mineurs et de pédophilie sur treize autres.

La question qui mérite d'être posée aujourd'hui est de savoir pourquoi les enfants victimes de viol n'arrivent généralement pas à dénoncer leur bourreau ? Une analyse sociologique de notre société nous amène à dire que les tabous qui entourent la sexualité sont exploités par ces délinquants pour commettre leur forfait.

En Afrique, plus particulièrement au Sénégal, les parents parlent très peu ou pas du tout de sexualité avec leurs enfants dans la mesure où ce domaine relève presque du sacré. Et comme briser un tabou relève du sacrilège, une frange importante de cette jeunesse se retrouve privée d'une éducation à la vie sexuelle.

Pourtant , il existait dans nos sociétés traditionnelles des mécanismes comme les rites d'initiation qui permettaient à la communauté de transmettre aux enfants tout un ensemble de valeurs y compris celles qui protégeaient la femme, et surtout les jeunes filles contre toute forme de violence sexuelle. Ainsi, il était interdit de toucher à la virginité des jeunes filles jusqu'au mariage sous peine d'être frappé de malédiction, ce qui freinait l'ardeur des maniaques sexuels.

La famille considérée comme le creuset de la socialisation se révèle de plus en plus défaillante et n'arrive plus à fournir à ses membres, particulièrement les plus jeunes, les réponses appropriées pour faire face aux abus sexuels.

Le problème est d'autant plus complexe que la plupart des viols et abus sexuels se déroulent à l'intérieur même du cercle familial. Le plus souvent la victime subit des viols répétitifs sans qu'il y ait le moindre soupçon sur le violeur.

Ce qui peut s'expliquer par l'attitude de certaines mères qui, non seulement manquent de vigilance, mais n'apportent également pas les soins et l'attention nécessaires à leurs enfants afin de pouvoir remarquer toute forme de violation sur leur intégrité physique et / ou morale.

La loi de l'omerta qui entoure les cas de viol dans le milieu familial surtout pour maintenir sa cohésion, est un autre facteur non moins important, qui favorise les dérives sexuelles commises à l'encontre des mineurs.

L'école censée transmettre une certaine éducation morale à nos enfants joue t-elle pleinement sa partition ? Il serait illusoire de répondre par l'affirmative en ce sens que bon nombre d'enseignants sont trempés dans des affaires d'abus sexuels sur leurs élèves considérés comme des mineurs.

Ces enfants victimes de viols sont ils exempts de tout reproche ? D'aucuns pourraient penser que ces mineurs en sont pour quelque chose de par leur capacité de séduction, leur habillement « agressif », leur gestuel provocateur, mais également leur fréquentation des sites pornographiques, à « tchatter » pour se faire des amis, via le net.

Cette assertion ne devrait être nullement considérée comme une manière de justifier ou de légitimer de tels actes d'autant plus qu'il est clair et sans équivoque que le mineur, aux yeux de la loi, est sans discernement, donc ses gestes et faits ne sauraient l'engager.

Le viol est un acte horrible dont les conséquences sont incommensurables, aussi bien du point de vue sanitaire, social que psychologique. L'enfant violé peut contracter des maladies sexuellement transmissibles, une grossesse prématurée ou souffrir de traumatismes psychologiques. La stigmatisation dont il peut faire l'objet au sein de la communauté ne fera que renforcer sa souffrance psychique.

C'est pour cette raison que les autorités de notre pays, outre la répression pénale doivent inclure dans le dispositif juridique, la prise en charge psychosociale des victimes.

Il faudrait également que les autorités veillent sur la moralité des personnes qui évoluent dans des structures qui prennent en charge les enfants notamment les « daaras, » les établissements d'enseignement publics ou privés, ...

L'insertion dans le système scolaire de programmes qui traiteraient de cette dimension serait une très bonne chose. Ainsi, les enfants seraient mieux outillés pour faire face à toute éventualité. Pour les maniaques sexuels le législateur doit prendre une disposition juridique qui autorise l'administration d'une thérapie spécifique.

La protection de l'enfant n'est pas du ressort exclusif de l'Etat, elle concerne aussi bien les parents, la famille élargie que la communauté toute entière.

C'est pourquoi, les parents devraient faire preuve de sens des responsabilités en veillant sur la fréquentation de leurs enfants, leur habillement, les programmes de télévision regardés et de l'utilisation qu'ils peuvent faire de l'internet.

La famille ou la communauté doit rompre la loi du silence en dénonçant toute forme d'abus ou de viol sur un mineur quel que soit le statut ou la position sociale du violeur.

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2009 Sud Quotidien. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Sénégal

Rubriques