Bachirou Nana
26 Juin 2009
Le tribunal militaire de Ouagadougou a tenu, le mercredi 24 juin 2009, une audience délocalisée dans la caserne des sapeurs- pompiers de Koudougou. Huit dossiers ont été jugés dont six cas de désertion et deux cas d'accident avec le matériel de l'armée. Les huit (8) dossiers inscrits au rôle ont été jugés par le tribunal militaire présidé par le magistrat à la Cour d'appel de Ouagadougou Boukari Diallo. Il était également composé du magistrat à la Cour d'appel de Ouagadougou Seydou Millogo ainsi que de trois juges assesseurs choisis parmi les militaires présents à l'audience.
Le lieutenant-colonel Sita Sangaré faisait office de commissaire du gouvernement avec pour substitut le lieutenant Alioune Zanré. La première affaire mettait en cause l'adjudant de gendarmerie Adama Traoré inculpé pour "désertion à l'étranger en temps de paix". A quelques mois de la retraite, il a bénéficié en octobre 2007 d'un congé pour se rendre aux Etats-Unis et n'est plus revenu.
Pourtant, notent ses supérieurs, "c'était un gendarme dévoué, un bon enquêteur, il n'a jamais été puni. C'est un ancien qui aimait le travail". Selon le commissaire du gouvernement, l'inculpé a téléphoné au parquet la veille de l'audience pour accuser ses supérieurs d'avoir sciemment bloqué sa demande de disponibilité.
Appelés à la barre, ses supérieurs ont dit avoir reçu la demande alors que l'adjudant était déjà aux Etats-Unis. "On ne peut pas traiter la demande de quelqu'un qui est absent", a dit son commandant de compagnie. Selon le parquet, M. Traoré n'est pas de bonne foi.
Il avait préparé son coup et accuse ses chefs. "Beaucoup de militaires justifient leur désertion parce que leurs chefs ont bloqué leur demande de disponibilité. C'est simple, vous introduisez une demande, on rejette. Allez voir le juge administratif, il y a des voies de recours et nous aurions pu éviter beaucoup de procès", a clamé le substitut du commissaire du gouvernement.
On l'attend au Gabon
Le deuxième dossier concernait le caporal Achille Bancé accusé également de "désertion à l'étranger en temps de paix". Il a demandé une permission en septembre 2008 pour se rendre au Gabon et en Allemagne et n'est plus revenu. Ses supérieurs appelés à la barre ont dit avoir tenté de le joindre aux adresses indiquées mais sans succès.
"Au Gabon, son parent dit l'attendre de pied ferme pour rembourser les frais de visa". Le troisième militaire à être jugé par défaut est le soldat de 2e classe Batéo Vincent Néya. En service à la Base aérienne, il a été envoyé en stage de pilotage en 2004 à Rochefort en France et n'est plus revenu, d'où la prévention de "désertion à l'étranger en temps de paix".
"Il a donné des rendements satisfaisants. Aucun comportement négatif jusqu'à sa désertion", ont souligné ses supérieurs appelés à la barre. "A l'armée de l'air, on constate beaucoup de désertions. Former des pilotes et des mécaniciens coûte cher à l'Etat. Trouvez des moyens pour recruter de vrais patriotes !", s'est indigné le commissaire du gouvernement.
De plus, a ajouté son substitut : "le procès a un but pédagogique. Ce n'est pas parce que vous et moi ne connaissons pas la valeur de l'argent que nous restons au Burkina Faso pour servir notre pays !".
Le seul militaire accusé de "désertion à l'intérieur en temps de paix" et présent à l'audience est le soldat de 2e classe Adama Moustapha Drabo. Ses chefs ont souligné ses mauvaises fréquentations (il avait pour ami un voleur) et son goût immodéré pour l'alcool.
"Je ne savais pas ce que je faisais"
Il laissait des ardoises impayées dans les maquis ou des chèques sans provision et les gens venaient se plaindre à son régiment. C'est quand ses supérieurs ont coupé sa solde, après 50 jours de cavale, qu'il s'est représenté au régiment. "Je ne savais pas ce que je faisais", s'est défendu le soldat à la barre.
Le cas qui a inquiété plus d'un, est celui du soldat de première classe Métuor Ber-Anou Somda, jugé par défaut pour "désertion à l'intérieur en temps de paix". Admis en stage à Bobo-Dioulasso, il s'est rendu avec sa Kalachnikov de service.
Trésorier de sa promotion, il s'est fondu dans la nature avec la cotisation de ses camarades en plus de ses effets. Ce cas a fait école car le tribunal a recommandé à la hiérarchie militaire de désormais vérifier rigoureusement que les stagiaires ont réintégré les armes avant de partir.
Le dernier dossier de désertion est celui du gendarme Yakouba Korbéogo accusé de "désertion à l'intérieur en temps de paix". Admis en stage à l'Ecole militaire technique de Ouagadougou (EMTO), il s'est "envolé" sans crier gare. Selon les informations recueillies par ses supérieurs, il se serait rendu aux Etats-Unis et aurait coupé tout lien avec sa famille et ses amis.
Les deux dossiers d'accidents ont concerné le brigadier Inoussa Kafando et le maréchal de logis Firmin Sieza.
Tous coupables
De retour d'une mission, le brigadier Kafando a percuté, le 26 septembre 2008, deux véhicules avec son camion VLRA. "Défaut de maîtrise, dégradation involontaire de biens mobiliers appartenant à autrui", a soutenu le parquet. "
C'est le frein qui a lâché", a dit Inoussa Kafando à la barre. "Ce n'est pas de sa faute, c'est un problème technique. Mais il faut veiller sur vos véhicules", a rétorqué le commissaire du gouvernement. Les deux victimes ont été dédommagées par le Trésor public.
Le dernier dossier était plus dramatique. Alors qu'ils partaient relever leurs camarades en poste au pont Nakanbé le 2 mars 2009, des gendarmes de l'escadron mobile de Kaya évitent un ou des moutons après Korsimoro et leur véhicule fait tonneau. Tous les sept occupants sont blessés, certains grièvement. Le plus atteint a eu une fracture de la boîte crânienne et a passé 17 jours dans le coma.
A la barre, certains traînaient toujours des séquelles. Le chef de mission et conducteur, le MDL Sieza Firmin poursuivi pour "défaut de maîtrise, blessures involontaires, dégradation involontaire de biens mobiliers appartenant à l'Armée", a dit rouler à 80 km/heure quand il a rencontré un troupeau de moutons.
En voulant l'éviter, le véhicule a basculé et a fait deux tonneaux. C'est presque les mêmes explications mais des victimes ont dit avoir vu un mouton et non un troupeau. Le parquet met cela au compte des circonstances de l'accident. Vu l'état du véhicule accidenté, recommandation a été faite de rouler à une allure modérée.
A l'énoncé du verdict, les déserteurs Adama Traoré et Métuor Ber-Anou sont condamnés à trois ans de prison ferme. Yacouba Korbéogo, Batéo Vincent Néya, Achille Bancé écopent de deux ans fermes. Déclarés tous coupables, un mandat d'arrêt est décerné à leur encontre, ils doivent restituer les effets militaires et sont condamnés aux dépens.
Concernant les auteurs d'accidents, Inoussa Kafando est condamné à verser une amende de 26 000 F CFA, et Firmin Sieza 78 000 F CFA. A la question de savoir s'ils se constituaient partie civile, les camarades de Sieza croyant que c'était contre lui ont refusé ; un ne s'est pas prononcé. Mais l'agent judiciaire du Trésor présent à l'audience leur a fait comprendre que c'était normal que l'Etat les indemnise vu que l'accident s'est déroulé au cours du service.
Ainsi, le tribunal a décidé de réserver leur intérêt. Le seul déserteur présent, Adama Moustapha Drabo a été condamné à six mois fermes avec mandat de dépôt. Une fourgonnette militaire l'attendait à la sortie de la salle d'audience.
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