Wal Fadjri (Dakar)

Mali: Promotion de l'abandon des pratiques néfastes - Le Mali veut s'inspirer du modèle sénégalais

Pape Mbar Faye

26 Juin 2009


Dans le cadre de la mise en oeuvre du Programme 'Tostan' de renforcement de capacités communautaires (Prcc) au Mali en partenariat avec l'Usaid et le gouvernement du Mali, 38 centres vont démarrer le programme Tostan en 2009 dans la région de Koulikoro. Un séminaire d'imprégnation sur l'approche et le modèle Tostan se tient présentement au Sénégal à l'intention d'une vingtaine de représentants du gouvernement malien et d'Ong partenaires.

Le gouvernement malien et les Ong partenaires entendent ainsi bénéficier de l'expérience du Sénégal en matière de développement communautaire et de promotion de l'abandon des pratiques néfastes basé sur l'approche des droits humains.

Plus de 20 ans d'expérience ont fait de 'Tostan' une Ong dont l'approche en matière d'abandon de l'excision est reconnue comme une pratique modèle par les plus grandes organisations internationales concernées (Oms, Unicef...). Ainsi, à ce jour, 3 643 villages ont collectivement abandonné l'excision au Sénégal et 298 en Guinée.

Selon l'évaluation Unicef/Macro International, la comparaison avec des villages témoins montre que l'intervention de l'Ong a accéléré le processus d'abandon de l'excision. Le changement relatif de prévalence est de 77 %, renseigne toujours cette évaluation.

Fort de ces résultats, le gouvernement du Sénégal et l'Unicef ont déclaré Tostan 'programme de référence pour le plan national de lutte contre l'excision', et ont appelé à sa reproduction dans toute l'Afrique de l'Ouest. C'est dans cette optique que le gouvernement malien a sollicité l'expertise de l'Ong pour son plan national de lutte contre la pratique de l'excision.

Ce programme qui se déroulera dans 38 villages de la région de Koulikoro, s'avère crucial pour les autorités maliennes qui doivent dorénavant faire face à l'équation de la sensibilisation dans un pays où 85 % des femmes en âge de reproduction sont excisées.

C'est pour mieux lutter contre ce phénomène de l'excision et pour permettre au gouvernement malien et aux Ong partenaires d'être mieux outillés, qu'un séminaire d'imprégnation sur l'approche et le modèle Tostan se tient au Sénégal du 19 au 27 juin, dans le cadre du Programme de renforcement de capacités communautaires (Prcc) au Mali, en partenariat avec l'Usaid et le gouvernement du Mali.

La vingtaine de participants à ces travaux compte ainsi bénéficier de l'expérience du Sénégal en matière de développement communautaire et de promotion de l'abandon des pratiques néfastes, basé sur l'approche des droits humains.

Et l'Ong Tostan a jugé utile de faire visiter avant-hier, mercredi, à la délégation malienne la localité de Malicounda Bambara qui est pionnier dans l'abandon de l'excision au Sénégal.

'Au début, il n'y avait qu'un oiseau et c'était vous. Aujourd'hui, il y en a des milliers', a dit Mme Mariam Coulibaly Ndiaye, représentant l'Unicef Sénégal à cette rencontre de Malicounda entre communautés bambaras du Sénégal et du Mali pour l'abandon de l'excision.

'Notre tradition orale le dit : c'est quand plusieurs oiseaux se mettent ensemble et composent une multitude qu'on entend le bruit de leurs ailes. Ce bruit des ailes des 3 643 communautés s'est entendu au-delà des frontières du Sénégal et ce n'est que l'ordre normal des choses, car la réalité de l'excision transcende les frontières et explique que les échos de votre réussite aient pu convaincre vos soeurs du Mali à venir s'inspirer de votre expérience', a-t-elle ajouté.

Mme Joséphine Traoré Keita, directrice du Programme national de lutte contre la pratique de l'excision au Mali, a salué l'expérience sénégalaise en matière de lutte contre la pratique de l'excision, particulièrement celle de l'Ong Tostan en la matière. 'L'expérience de Tostan est une bonne expérience à partager', a-t-elle reconnu. '

Pour pouvoir travailler dans ce domaine, il faut avoir une approche adaptée, l'approche de Tostan est une approche adaptée puisque respectant les droits humains', a-t-elle poursuivi.

Mme Keita d'annoncer qu'au Mali, il n'y a aucune loi spécifique sur l'excision ; or, estime-t-elle, 'il nous faut une approche comme celle mise en oeuvre par Tostan pour parvenir progressivement vers cette loi contre l'excision vers laquelle on doit aller forcément'.

L'approche des droits humains privilégiée par l'Ong Tostan semble avoir convaincu les autorités maliennes dans la dynamique de lutte contre l'excision. Mme Molly Melching, directrice et fondatrice de Tostan, de rappeler ainsi le programme social mis en place par sa structure pour mieux accompagner l'abandon de l'excision dans les zones touchées par le phénomène.

Ce programme a créé une demande en services sanitaires et a fourni aux bénéficiaires des notions de base et des capacités nécessaires à la scolarisation des enfants, à la gestion de leur santé et de leur hygiène, particulièrement en ce qui concerne les consultations pré et post-natales, l'accouchement, les connaissances sur les Ist et le Vih-Sida, la nutrition, la vaccination et les conséquences néfastes de l'excision.

Une approche holistique qui intègre de plus en plus l'implication des élus locaux, des chefs traditionnels et coutumiers, des leaders religieux, des partenaires surtout dans les actions directes de sensibilisation et de mobilisation, ainsi que la collaboration interparlementaire sous-régionale, l'adhésion des communautés et l'approche basée sur les normes sociales.

Car, estime la directrice de Tostan, 'l'abandon de l'excision ne sera pas chose aisée parce que ce phénomène est une norme sociale bien ancrée dans plusieurs sociétés'.

En dépit de cette 'conviction', elle a souligné l'engagement du gouvernement du Sénégal, qui dispose d'un Plan d'action national pour l'abandon de l'excision et d'une loi contre l'excision votée en janvier 1999, qui a été déterminante dans le processus d'abandon de cette pratique néfaste.

Toutefois, le leadership des femmes s'est révélé être non seulement déterminant dans le processus de déclenchement du mouvement, mais aussi dans les étapes de passage à la masse critique pour son développement et sa conduite à terme.

Et de citer l'exemple des femmes de Malicounda dont la fameuse déclaration d'abandon de l'excision un 31 juillet 1997 est toujours considérée comme une date repère dans cette croisade contre le phénomène.

Sans doute, la délégation malienne qui s'est rendue avant-hier, mercredi, à Malicounda Bambara, repartira du Sénégal avec beaucoup plus de détermination, mais aussi avec plus de méthodes pour bien conduire son programme de renforcement des capacités communautaires dont la lutte contre l'excision reste une question centrale.

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