La Presse (Tunis)

Tunisie: Consultation nationale sur le livre - Les raisons et les perspectives

Faouzia Mezzi

26 Juin 2009


En pleine 27e session de la Foire internationale du livre de Tunis, a été donné le coup d'envoi, le 26 avril 2009, des travaux de la consultation nationale sur le livre. Le ministre de la Culture et de la Sauvegarde du patrimoine, M. Abderraouf El Basti, qui a présidé cette réunion inaugurale de la commission nationale, a relevé deux vecteurs essentiels sous-tendant le principe de cette consultation, ordonnée par le Président de la République le 28 juin 2008, à l'occasion de la Journée nationale de la culture.

Il s'agit, d'une part, de l'évaluation de l'effort de l'Etat concernant le secteur du livre et des acquis accumulés à ce propos. D'autre part, cette consultation s'insère dans l'optique d'adapter le livre à la donne numérique dont on sait l'importance vitale pour la Tunisie, pays initiateur de l'organisation du SMSI.

Il est vrai que la Tunisie a franchi des pas remarquables dans la promotion du secteur du livre, par le soutien incessant à la production et à la diffusion, mais aussi par le développement de l'infrastructure du secteur. Dans cet ordre d'idée, la nouvelle bâtisse de la biBliothèque nationale témoigne parfaitement de la conception dont procède la gestion du secteur et de l'importance vitale dont il joint en tant que support de la diffusion et de l'évolution du savoir.

En témoigne également le réseau des bibliothèques publiques scolaires et universitaires au sein d'une politique de motivation à la lecture qui comporte de nombreux concepts célébrant la lecture sur la plage, dans les gares ferroviaires et routières

Le point saillant de la stratégie de la promotion du livre et de la lecture, c'est sans doute la résolution des pouvoirs publics de relever le défi des mutations technologiques générées par la révolution numérique.

Par souci de répondre aux exigences de la phase numérique, le choix d'adapter le secteur du livre aux nouvelles technologies indique l'ampleur du rôle que pourra encore jouer le livre s'il est intégré dans le processus de développement.

Aujourd'hui, on parle de l'industrie du livre. Une industrie dont la structure économique et culturelle lui a valu d'être intégrée dans le code des investissements culturels et de jouir pleinement des avantages qu'englobe le code.

L'édition est pour ainsi dire installée dans le système économique, grâce à la légifération et à l'organisation structurelle du secteur. Le livre, notamment culturel, profite d'un soutien au niveau de la compensation du papier s'élevant à 75%.

Le répondant à cet encouragement se traduit par les statistiques.

Le rythme croissant de la création de sociétés d'édition a atteint entre 2005 et 2008 environ 25 sociétés par an. Le secteur compte aujourd'hui 171 maisons d'édition dont les publications se montent à 1.700 titres.

Les subventions consacrées à la compensation du papier et à l'acquisition des livres par l'Etat atteignent respectivement 750 mille et 90 mille dinars.

Au-delà des statistiques, la nuance de la qualité

Le secteur est sans aucun doute en passe de connaître une remarquable évolution. Il est structuré, organisé par des lois, soutenu par l'Etat. Le rythme de croissance du livre tunisien est remarquablement soutenu.

Mais en amont de cette croissance émergent des incertitudes. Elles sont dues notamment à la distribution et à la visibilité du livre tunisien, mais aussi à la difficulté pour le livre tunisien de s'imposer sur son propre territoire et de fidéliser le lectorat potentiel.

Au sein du secteur, une tendance émerge : celle de l'édition à compte d'auteur et dont le taux de production atteint aujourd'hui les 40% de la production éditoriale globale. Cette proportion profite au même titre que l'édition institutionnelle du soutien à l'acquisition.

Parallèlement à cette courbe croissante de l'édition à compte d'auteur, l'édition institutionnalisée quoiqu'elle évolue structurellement, tend à la baisse au niveau de la production. Mieux encore, au niveau du tirage, la moyenne de 3.000 exemplaires ayant prévalu jusque vers la fin des années 90, a régressé actuellement pour se réduire à 1.000 exemplaires par édition.

Est-ce à dire que le livre tunisien n'est plus aussi couru qu'auparavant? Il semble qu'entre le livre en papier et les publications accessibles au moyen des nouvelles technologies, la concurrence soit particulièrement serrée.

Avec la «démocratisation» du computer, la bibliothèque familiale risque de devenir un rêve caduc. A moins que ne soient prises de nouvelles dispositions en faveur du livre. Au niveau de la politique de la motivation à la lecture, un effort demeure à fournir par ricochet.

Pour que le livre reprenne sa place dans l'activité intellectuelle des individus, peut-être faudra-t-il procéder à la rationalisation de l'usage et de la consommation du numérique ? D'un autre côté, il importe de ré-envisager la qualité de la production éditoriale. Le cahier des charges réglementant la création et le fonctionnement des maisons d'édition semble encore négliger l'aspect qualificatif de la production.

De plus en plus souvent sont livrés sur le marché éditorial des ouvrages dont les défaillances linguistiques, scientifiques, esthétiques et graphiques prouvent l'absence d'appréciation de la part d'un comité de lecture.

La question se pose, pour ainsi dire, de savoir si les maisons d'édition recourent véritablement à un comité de lecture. A se demander également si ces institutions veillent réellement à la promotion des potentialités techniques et artistiques de leur effectif... Dans le mesure où on aborde la question du livre sous l'angle culturel, quel statut ces maisons d'édition réservent-elles à l'auteur?

Il est vrai qu'il existe une convention pour chaque publication, entre l'éditeur et l'auteur, mais si l'on croit les statistiques grimpantes des auteurs qui publient à leur propre compte (40%), autant admettre que ce recours n'est pas sans révéler l'ampleur des différends entre éditeurs et auteurs. C'est un tableau complexe et souvent paradoxal qu'offre le paysage de l'édition.

Liens Pertinents

Du côté des lecteurs potentiels, voire des consommateurs, la Foire internationale du livre de Tunis s'avère être d'année en année un simulacre de moments forts. Peut-être oui au niveau de la fréquentation, mais s'agissant des acquisitions, les témoignages des éditeurs s'expriment dans des termes déçus, voire inquiets.

La famille, l'école, les institutions culturelles, les médias et notamment la radio et la télévision sont encore à impliquer dans l'éventuel réajustement de la sensibilisation des publics pour un rapport avec le livre et la lecture plus assidu, vital dans la formation globale de l'individu. Ce sont là autant de raisons qui sous-tendent la consultation nationale sur le livre et la lecture dont les travaux, à l'échelle régionale, ont démarré.

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