Yosr N.
26 Juin 2009
Aller à la rencontre de l'art et des artistes irakiens c'est prendre la mesure des efforts d'un pays qui bande ses forces pour résister au pire et livrer le meilleur de lui-même, malgré l'adversité, malgré tous les projets de mort dont il reste l'objet.
On s'aventure ainsi des strates de ses fondements jusqu'aux réalisations contemporaines et les diverses expressions qui tissent la vie sociale, ses gageures, ses espoirs et ses déconvenues.
L'art et la culture se partagent, et c'est à travers une sphère spatio temporaire qui dépasse la frontière médiatique qu'un groupe d'artistes irakiens nous fait partager une vision d'un vécu et d'un ressenti de l'histoire d'un pays détruit.
Depuis le 12 juin et jusqu'au 27, Ali Ridha Saïd, Fakher Mohamed, Mohamed Al Adhamy, Ghassan Mohsen et Hassen Abboud partagent les murs de la galerie Caliga pour délivrer une lecture exilée de l'art, de leur art, et la question qui se pose est de savoir que signifie créer aujourd'hui dans un pays meurtri par des années de guerre et d'embargo, anémié par la censure de la dictature, crispé par la perte de ses repères et réanimé par l'angoisse des lendemains ?
A travers cette incongruité humaine, l'art devient le refuge du reste d'une âme, l'exutoire d'un geste profond et résistant pour que l'expression reste intacte malgré le spasme. Mohamed Al Adhamy sculpte des créatures ascendantes, des têtes sans mémoires pour garder la mémoire d'un passé.Munis d'ailes, ces personnages, qui créent leur propre mythologie, semblent en quête d'un voyage, d'un départ hors limite exposant la fragilité de l'existant.
Ali Ridha Saïd prône la technologie pour un discours pictural assemblant tache et relief transformé de la matière remplaçante du cerveau humain. C'est de la notion du Patrimoine, de la civilisation, de l'identité que Ghassan Mohsen puise dans sa mémoire inscrite dans l'ensemble et dans le distinct pour peindre ses tableaux avec des couleurs ocres pour un ancrage territorial. Fakher Mohamed peint un Jour à Bagdad, une calligraphie enfumée, enracinée, enserrée, qui nous repousse pour interdire l'entrée et nous laisse des restes de code.
On repère l'héritage revendiqué de traditions proprement irakiennes. Les couleurs vives, violentes, contrastées, semblent une constante. On se souvient de la "révélation de la couleur" qui eut lieu en Orient pour Klee ou du "rêve coloré" d'Elie Faure à propos de l'art arabe; saturées sur toute la surface du tableau, elles traversent tous les supports, tous les styles, toutes les techniques - papiers, toiles, collages.
En Irak, l'autonomie de cette couleur renvoie aussi bien à l'Histoire (panneaux assyriens, décors abbassides) qu'à la géographie des traditions régionales (notamment les tissages: tapis, étoffes ) Dans une moindre mesure, tout dépend du sujet, les formes puisent dans un répertoire local: personnages et costumes, signes sumériens, architectures cubiques, coupoles.
Le refus de la perspective débouche sur une peinture "à plat". Cette faculté de "parvenir à créer de l'espace sans quitter le domaine du plan" frappait déjà Matisse. La référence irakienne remonte directement, là encore, aux Sumériens et aux Assyriens. Quant au signe, qu'il soit issu des Sumériens ou de la calligraphie, il demeure omniprésent.
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