Abdou Zoure
28 Juin 2009
billet
Le doute n'est plus permis. Tandja est prêt à tout pour arriver à ses fins. Le boulet juridique que la Cour constitutionnelle a noué autour de sa cheville n'a pesé que le poids d'un criquet séché sur sa course vers le référendum.
Même la solitude et le vide qui s'installent progressivement autour de lui, crées par la maléfice de son entêtement, semblent le laisser de marbre. En effet, le départ de certaines planches maîtresses de son radeau politique, en l'occurrence Mahamane Ousmane et les huit ministres du CDS (Convention démocratique et sociale) qui fut son principal allié politique, ne provoque en lui apparemment aucune sorte d'inquiétude. Pas plus que l'engouement mitigé pour son projet au sein même de son parti, le MNSD (Mouvement national pour la société de développement) ni l'appel au respect de la Constitution et de l'État de droit lancé par les participants au sommet de la CEDEAO du 22 juin. Trouvant que la Cour constitutionnelle et l'Assemblée nationale "contrarient les actions du gouvernement et du président", Tandja a jugé nécessaire, pour préserver "l'intérêt supérieur du Niger", de s'octroyer la crème de l'article 53 de la Constitution que sont les pouvoirs exceptionnels et de satisfaire les désirs des Nigériens par des ordonnances et des décrets. Pourtant, il a oublié la tisane de cette même loi qui prescrit que l'avis des présidents de l'Assemblée nationale et des Cours constitutionnelle et suprême est un préalable à l'utilisation des pouvoirs exceptionnels.
Mais on peut comprendre qu'il ne s'embarrasse pas de cela, l'article 53 de la Constitution conférant à celui qui s'en prévaut une dictature à la Jules César qui ne dit pas son nom. Car les décisions qui sont prises en vertu de ces pouvoirs ne sont susceptibles d'aucun recours. C'est sans doute la raison pour laquelle, samedi, les "anti-tazartchistes", notamment le FDD (Front pour la défense de la démocratie), ont qualifié la décision de Tandja de "coup d'État contre la démocratie". Un front qui, jusqu'à présent, n'a utilisé que les chars de la légalité, a demandé aux Nigériens et à l'armée de désobéir au président car "les arrêts de la Cour constitutionnelle lient tous les pouvoirs publics et toutes les autorités administratives, civiles, militaires ainsi que toutes les juridictions du pays" (article 115 de la Constitution nigérienne).
Par conséquent, "nul n'est tenu d'exécuter un ordre manifestement illégal" (article 13 de la susdite Constitution). La grande muette, jusque-là plus que muette et neutre, va-t-elle réagir ? Ou sera-t-elle plus sourde et aveugle ? Quoi qu'il en soit, l'opposition, de plus en plus virulente, somme carrément Tandja de démissionner car il est désormais "en état d'empêchement absolu". Le climat devient donc de plus en plus malsain. Mais Tandja est déterminé à atteindre son but. L'opposition est certaine de ne pas vouloir le laisser passer. Et lorsque deux salières se rencontrent dans une même casserole, nul doute, la sauce sera salée !
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