L'Observateur Paalga (Ouagadougou)

Mauritanie: Démission d'un président... déchu

Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana

28 Juin 2009


Depuis le coup d'Etat du 6 août 2008 qui a renversé le président élu, la Mauritanie n'en finit pas d'être sous les feux de la rampe. Les positions maximalistes qui étaient en présence étaient telles qu'y trouver une solution tenait d'une prouesse. D'abord, il y a eu les cris de désapprobation de la communauté internationale qui, comme en pareil cas, a multiplié les condamnations et les injonctions pour un retour à l'ordre constitutionnel normal.

Las ! Rien n'y fera et, réaliste, le président de la commission de l'Union africaine (UA) lâchera après un séjour à Nouakchott qu'il ne faut pas rêver que la junte remette le pouvoir à Sidi Ould Cheich Abdellahi, le président déchu. Ce qui est une vérité élémentaire même si ces propos ne devaient pas sortir de la bouche d'un haut diplomate de la trempe de Jean Ping. Voilà donc plus d'un an qu'en dépit des chassés-croisés diplomatiques, ce pays connaît une grave crise politico-sociale.

C'est vrai que la Mauritanie est coutumière des impasses politiques sous forme de coups d'Etat ratés ou réussis si ce n'est des mutineries à répétition. Un semblant de parenthèse avait été fermée avec les années de plomb sous Ould Taya qui a gouverné pendant plus de 20 ans durant lesquelles un calme fourré a régné sur la Mauritanie. Une chape de plomb sautée par Ely Ould Val qui aura permis au pays de renouer avec la démocratie, interrompue de nouveau donc il y a près d'un an de cela.

Et en la matière on désespérait de trouver celui qui pourrait asseoir les différents protagonistes et surtout leur faire fumer le calumet de la paix. Depuis ce vendredi 26 juin, l'oiseau rare, en la personne de Maître Abdoulaye Wade, le chef de l'Etat sénégalais, a réussi cet exploit. « La diplomatie sénégalaise est d'une grande efficacité... elle est capable de faire reporter un grand sommet à quelques jours de son ouverture... mais aussi de solutionner des problèmes là où ont échoué beaucoup », affirme un ancien ministre de ce pays. Une réputation apparemment pas surfaite, pour preuve la Mauritanie.

On savait que, depuis des semaines, « Ablaye » Wade avait dépêché son ministre des Affaires étrangères, l'indéboulonnable Cheick Tidiane Gadio, dans la capitale mauritanienne. Un Gadio qui a accompli une Å"uvre de bénédictin sur le terrain, permettant ainsi à son patron d'aller parachever le travail. « Là où bat le cÅ"ur du monde, le Sénégal sera présent...là où notre pays est sollicité pour un travail, il y sera », aime répéter le principal artisan de l'alternance en 2000.

Certes, il y avait également le Groupe de contact international qui essayait d'arrondir les angles, mais, véritablement, c'est le pays de la Terranga qui est parvenu à cet « accord verrouillé ». En se déplaçant personnellement à Nouakchott où il a posé ses quartiers dans le très chic quartier des Hôtes, Abdoulaye Wade faisait un geste fort et montrait sa ferme volonté de rapprocher putschistes et défenseurs de la légalité républicaine. Il y est parvenu par :

le changement de dénomination du Haut Conseil d'Etat (c'était le principal sujet de discorde) que dirige justement le général Mohamed Ould Abdellaziz ;

la formation d'un gouvernement d'union nationale qui dirigera désormais l'organe d'Etat ;

la démission volontaire du président renversé, un geste salutaire, car ce point précis grippait les négociations ;

le maintien de la date de la présidentielle au 18 juillet même si, sur ce sujet, de nombreux observateurs restent dubitatifs.

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Une bouche « juste », celle de Wade, des oreilles attentives, celles des principaux acteurs de la crise mauritanienne, et un président qui reconnaît son tombeur, à la clef, avec cet accord unanime, assurément, le président du Sénégal prouve qu'il a été à la hauteur de la médiation internationale dont il avait les devants. Maintenant, il ne faudrait pas qu'à peine l'encre utilisée pour parapher le document séchée, l'on assiste à des parjures. Si cette entente tient la route, les fruits auront tenu la promesse des fleurs, et Wade ajoutera un doctorat à ceux qu'il a déjà : celui ès médiations. Le burkinabè Blaise Compaoré n'est plus seul à exceller dans ce domaine, c'est tant mieux pour l'Afrique.

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