Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Cinq questions à Ross Mountain

interview

Kinshasa — 1. Comment fonctionne le système des Nations unies en RDC? Avec autant d'agences, comment sont coordonnées toutes les activités?

D'abord, il faut savoir que nous sommes ici pour aider un état souverain. Nos priorités d'action suivent les orientations stratégiques définies par les autorités congolaises, en particulier dans leur Plan d'actions prioritaires. Les programmes de différentes institutions des Nations unies sont donc élaborés pour appuyer ces objectifs communs, chaque institution intervenant selon son expertise. Ensuite, pour être plus efficace, nous coordonnons entre toutes les agences pratiquement au quotidien la réalisation des programmes. De plus en plus, les agences des Nations unies joignent leurs forces dans la mise en oeuvre de programmes ambitieux, en appui aux autorités. Je pourrais citer le soutien que plusieurs agences et la Monuc apportent ensemble au plan de stabilisation et de reconstruction de l'Est de la RDC. Mais je pourrais vous donner plus d'une dizaine d'exemples de programmes conjoints qui rassemblent les agences des Nations unies au service de ce pays : depuis l'assistance humanitaire jusqu'au relèvement économique des communautés, depuis la lutte contre les violences sexuelles jusqu'à la lutte contre le Vih/Sida. Cette collaboration exemplaire s'étend d'ailleurs à tous les autres partenaires : les ONG, la société civile, les bailleurs de fonds et bien sûr les autorités. Sur beaucoup d'aspects, la manière dont nous coordonnons nos actions est maintenant prise en exemple par nos collègues des Nations unies dans d'autres pays.

2. Justement, quel est au final l'impact des Nations Unies en RDC?

D'abord, les Nations unies sont fières d'avoir accompagné ce pays sur la voie de la paix et de la démocratie ces dernières années. Sans l'appui de la Monuc et des agences, la pacification de la vaste majorité du territoire, l'organisation des élections par la CEI n'aurait pas été possible.

L'impact des Nations unies est tout aussi clair pour ce qui est des actions humanitaires. En coordonnant plus efficacement le travail de toutes les organisations, et en mobilisant de plus en plus d'argent, nous avons pu sauver la vie de centaines de milliers de Congolais au cours des dernières années. En 2008, plus de 19 millions de Congolais ont bénéficié de cette assistance. Enfin, même sur des programmes de développement de plus longue haleine, ce pays voit déjà les fruits du travail des Nations unies et de notre excellente collaboration avec le gouvernement congolais. Dans le secteur de la santé par exemple, grâce a des programmes en appui aux autorités sanitaires congolaises, près de 10 millions d'enfants ont été vaccinés contre la polio, et le taux de mortalité maternelle a été divisé par deux en quelques années. Dans le secteur de l'éducation, le taux de scolarisation a augmenté de 20% l'année dernière.

3. A ce propos, comment les Nations unies collaborent-elles avec le gouvernement?

La base de cette collaboration, c'est le principe que j'ai évoqué plutôt : nous sommes ici pour aider un état souverain. Nous apportons notre expertise pour aider les autorités à définir leurs stratégies de développement et leurs priorités d'action, mais ces stratégies et ces priorités sont définies par le gouvernement. Ensuite, nous appuyons la réalisation de ces plans en alignant nos programmes sur les mêmes objectifs : renforcer les capacités de l'Etat et des services publics, aider à mettre en place les bases d'une croissance économique qui bénéficie aussi aux plus pauvres, améliorer les services sociaux, lutter contre le Vih/Sida et aider le relèvement des communautés. Nos programmes de développement en particulier répondent donc aux besoins définis par le gouvernement. Et nous les mettons en oeuvre en complète collaboration avec les autorités au niveau national, provincial et local, autorités que moi et mes collègues rencontrons très régulièrement. Je prendrai un seul exemple, d'actualité : notre soutien au plan gouvernemental de stabilisation et de reconstruction de l'Est du pays. Les Nations unies soutiennent les autorités dans la préparation, dans la mobilisation de fonds et dans la mise en oeuvre de ce plan. Au quotidien, des personnels des Nations unies collaborent avec leurs collègues des ministères, des gouvernements provinciaux et des administrations pour aider au déploiement de nouveaux policiers, à la construction de nouvelles routes, etc.

4. Le système des Nations unies est donc un acteur clé pour le développement du Congo?

Non, les acteurs clés de ce développement, ce sont les Congolais eux-mêmes. Le Congo est un pays au potentiel immense. Il appartient au peuple congolais d'être à l'hauteur des défis auxquels le pays doit faire face. Le futur du Congo se construira par l'effort des citoyens congolais, à travers la vision de ses hommes et femmes politiques, et grâce à l'initiative des forces vives de la nation congolaise, grâce à ses intellectuels, sa société civile, son secteur privé et bien d'autres. Mais, les Nations unies sont et souhaitent rester des partenaires privilégiés. Et chaque jour, nous nous efforçons de renforcer ce partenariat. Les Nations unies, via les agences, étaient là avant la Monuc et seront toujours là après la Monuc.

5. Comment gérer ce partenariat ?

La question qui guide les Nations unies en RDC dans chacune de nos décisions est celle-ci : «comment pouvons nous mieux aider le peuple congolais à atteindre les objectifs de paix, de prospérité et d'unité qui sont les siens ?». Chaque jour, avec nos partenaires congolais, nous essayons de mieux faire, parce que nous sommes plus que jamais engagés à soutenir les Congolais et leur gouvernement sur la voie de la démocratie et du développement.

Représentant spécial adjoint du secrétaire général de l'Onu en RDC et Coordonnateur résident des Nations unies au Congo.


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