Le Pays (Ouagadougou)

Mauritanie: L'arène de combat désormais prête

Abdoulaye Tao

28 Juin 2009


Le 4 juin dernier, la diplomatie sénégalaise avait réussi à Dakar le tour de force en obtenant un accord entre la junte militaire au pouvoir à Nouakchott et le front anti-putsch conduit par le Front national pour la défense de la démocratie. Un accord à l'arrachée qui éloignait dans le même temps le spectre de la division et de la guerre civile.

A l'épreuve du terrain, tout le monde s'est rendu compte que l'accord n'avait pas résolu certains préalables soulevés par le front anti-putsch : le retour du président déchu qui nommerait le gouvernement de transition et la dissolution de la junte pour permettre l'organisation de l'élection prévue le 18 juillet prochain. De retour de Dakar, ces préalables se sont avérés de vrais goulots d'étranglement, mettant en pointillé la tenue de l'élection à la bonne date.

Une intervention rapide du médiateur s'imposait. Et Dakar II que nous pronostiquions dans notre édition du 23 juin a bel et bien eu lieu, mais sous la forme d'un débarquement de Wade en personne dans la capitale mauritanienne qui, une fois de plus, se révèle un redoutable missi dominici des situations impossibles. Le front anti-putsch a vu ses principales revendications satisfaites et mises en oeuvre immédiatement.

Le président déchu, Sidi Ould Cheick Abdallahi, a signé le décret de nomination du gouvernement de transition et présenté ensuite sa démission aux membres du Conseil constitutionnel.

Dans le même temps, le Haut conseil d'Etat devient désormais le Conseil supérieur de la défense, s'occupant uniquement des questions de défense et de sécurité et placé sous l'autorité du gouvernement de transition.

Dans ce genre de crise et de négociation, on ne peut dire qu'un camp a eu la victoire sur l'autre. Une chose est sûre, tous les démocrates mauritaniens, au-delà des deux camps antagonistes, peuvent se satisfaire de ce résultat qui a réussi à sauver l'honneur du président sortant, en obtenant sa démission, dans des formes moins humiliantes que celles que la junte voulait imposer au front anti-putsch.

Dans le même temps, il faut louer l'esprit de concession dont ont fait preuve les chefs putschistes, qui ont décidé de renoncer à l'organe qui incarnait leur pouvoir, le Haut conseil d'Etat.

C'est la traduction d'une volonté de tous d'en découdre par les urnes définitivement afin de mettre en route une nouvelle république. Le chef de la junte, le général Abdoul Aziz, est-il aussi ... sûr de sa victoire comme on le dit ?

L'histoire nous le dira. En tout état de cause, l'entrée en scène de Mohamed Ould Vall brouille considérablement le jeu, et c'est tant mieux. Mais en attendant, la voie est désormais libre pour l'organisation du scrutin du 18 juillet.

Dans moins de trois semaines. La sortie de crise se joue désormais dans un scénario de course de vitesse. Les protagonistes n'ont pas voulu toucher à cette date, comme s'ils étaient pressés d'en découdre... démocratiquement une fois pour toutes.

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