Alain Saint Robespierre
28 Juin 2009
On disait qu'il voulait vivre 100 ans. Dieu ne lui en aura prêté que la moitié. Michael est mort ! Jeune. Foudroyé par une crise cardiaque dont les causes seraient sans doute liées à l'addiction du chanteur aux tranquillisants et antidépresseurs, qui donnaient des bribes de vie à ce corps livide et froid comme une statue de marbre. L'annonce du décès brutal de la « pop star », jeudi 25 juin 2009, a fait l'effet d'une bombe. En un temps deux mouvements, la nouvelle a fait le tour du monde. Grâce à la magie des technologies de l'information et de la communication.
De Los Angeles, où il résidait, à Johannesburg en Afrique du Sud, de Brasilia à Port Vila, capitale du Vanuatu, de Londres à Dakar, de Tokyo à Oulan-Bator en Mongolie, c'est l'émotion chez des millions de fans, partagés entre stupeur et interrogations.
Interrogations sur ce qui a pu bien provoquer l'arrêt brutal du coeur de l'artiste au moment même où il préparait son come-back sur scène avec 50 concerts prévus à Londres (à partir du 13 juillet prochain) et dont les billets avaient déjà été vendus 85 millions de dollars. Une somme astronomique dont était coutumier l'artiste, rompu aux records.
Né le 29 août 1958 dans une famille pauvre de neuf enfants à Gary dans l'Indiana, Michael Joseph Jackson sera celui-la même qui aura donné à la musique noire ses lettres de noblesse.
A peine l'odeur du lait maternel l'a-t-il quitté que le môme, visage joufflu, coupe afro, électrise le public américain par sa voix et ses pas de danse. Il n'avait pas dix ans. Une star venait de naître.
On l'appelle Bambi. Figure emblématique des « Jackson Five », nom du groupe constitué de cinq membres de la fratrie Jackson, le jeune Michael entame une carrière solo dès 1971.
La suite, on la connaît : surnommé « The King of Pop », il enchaînera les sorties discographiques aux succès planétaires : Off the Wall (1979), Thriller (1982) considéré comme l'album le plus vendu dans l'histoire de la musique avec environ 106 millions d'exemplaires écoulés, Bad (1987) Dangerous (1991) et HI Story (1995) font de lui un dieu vivant.
Perfectionniste hors pair, ses vidéo-clips musicaux : Beat It, Billie Jean, et Thriller sont de véritables chefs-d'Å"uvre. Il était le roi de la Pop, en 2000 il est consacré Artiste du Millénaire aux World Music Awards.
Au fil des temps, le virtuose à la peau d'ébène, au nez large et aux cheveux crépus est devenu, grâce aux prouesses de la médecine, un Blanc avec des narines à l'avenant. « Black is not beautiful ? ». Consternation au sein de la communauté noire américaine. Indignation de milliers de fans africains.
La world star a été hissée au pinacle, désormais, on lui dresse le bûcher. Faut-il voir dans ces multiples transformations physiques l'expression d'un reniement racial de la part de l'artiste ?
Ou faut-il croire certains membres de son entourage qui parlent plutôt de dépigmentation thérapeutique suite à des problèmes dermatologiques ? En tout cas, on retiendra aussi du musicien son humanisme généreux, particulièrement les relations de solidarité qu'il a su tisser avec le continent noir.
En 1985, pendant la grande famine qui a affecté l'Afrique, Michael Jackson, en compagnie d'autres célébrités musicales comme Bruce Springsteen, Tina Turner, Steve Wonder, Ray Charles, a mené une campagne de collecte de fonds en faveur de tous ceux qui souffraient de la faim sur le continent.
La chanson « We are the world », « nous sommes l'humanité » en français, coécrite par le roi de la Pop et Lionel Richie, fut un best-seller dont les recettes ont sauvé des millions d'Africains de la mort par inanition.
En 1999, lors de sa visite en Afrique du Sud, la mégastar a fait don d'un million de dollar à l'ancien président Nelson Mandela pour venir en aide aux enfants défavorisés du pays. On estime à 200 millions de dollars, le montant total des oeuvres caritatives accomplies par le défunt à travers sa fondation « Guérir le Monde ». Du coeur, il en avait.
Des tourments, il en aura. Artiste-compositeur-interprète vénéré, idolâtré, défié, il n'aura pas moins alimenté la controverse. En Michael Jackson, cohabitaient le yin et le yang. Il y avait l'artiste et il y avait l'homme.
L'un était vitrine et l'autre, arrière-boutique. Le premier fut un béni des Muses, le second, un génie maudit. Malgré sa très grande célébrité et l'argent qui en découlait, le créateur du moonwalk n'aura connu que privation, médisance, souffrance physique et morale et de déchéance matérielle.
Témoignage de son ami et manager, Tarak Ben Ammar, le lendemain du décès : « Il est clair que les criminels dans cette affaire sont les médecins qui l'ont soigné tout au long de sa carrière, qui lui ont détruit le visage, lui ont donné des médicaments pour lui enlever les douleurs.
Il n'arrivait pas à dormir, donc il prenait des somnifères. C'était un hypocondriaque et on ne savait jamais s'il était malade, car il a été entouré de médecins-charlatans qui vivaient de cette maladie, qui lui facturaient des milliers de dollars de médicaments, de vitamines, de tranquillisants... Il se nourrissait mal, il n'avait pas une vie saine, il ne pouvait pas faire de sport ». Pauvre riche Michael !
Il avait fini par ressembler aux zombies et autres morts-vivants qui peuplent ses nombreux clips. Aimé, chéri, encensé et révéré par la gente féminine, il a eu une vie sentimentale, si tant il est vrai qu'il en a eu, cependant des plus chaotiques.
Son mariage surprenant avec la fille d'Elvis Presley ? Flop ! Sa liaison avec une infirmière australienne ? Même sort que le précédent après la naissance de deux enfants. En 2002, une mère porteuse élargit le cercle des Jackson Juniors à trois.
Propulsé dès l'âge de cinq ans sur la scène par son père, Bambi n'aura pas eu d'enfance. Son père, Joe, ex-boxeur, ouvrier métallo puis piètre guitariste d'un anonyme groupe musical, chargera ses enfants de compenser sa frustration. Alors, il les éduque à la dure, leur fait répéter jusqu'au matin et n'hésite pas à les frapper. Traumatisé, l'enfant prodige en sortira marqué à vie, puisque privée d'enfance.
Dans son manoir de Neverland, où il vivait entouré de petits, la Pop Star cherchera à reconstituer cette partie de sa vie volée par la célébrité précoce. En vain. Pire, cela lui vaudra la sombre réputation de pédophile. En 1993, un adolescent de 13 ans l'accuse d'attouchements sexuels.
L'affaire a été certes réglée à l'amiable par le versement de 23 millions de dollars à la famille de l'ado, mais elle n'aura pas moins altéré la gloire dont le chanteur a longtemps été nimbé. C'est le début de sa traversée du désert.
Sa fortune fond comme beurre au soleil. Il vend son ranch de Neverland. L'ancien musicien le plus fortuné laisse derrière lui une dette estimée à au moins 300 millions de dollars. Décidément, les records lui collent à la peau. Drôle de destin !
Finalement, Michael Jackson était plus à plaindre qu'à célébrer. Plus à pleurer qu'à blâmer. Mais, aveuglés par les talents proverbiaux de l'artiste, nous n'avons pas vu les signes de détresses de l'homme. Adieu, immortel !
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