Midi Madagasikara (Antananarivo)

Madagascar: Invité du lundi, Fetison Rakoto Andrianirina - « Les droits de l'Homme en régression à Madagascar »

Propos recueillis par R. O

29 Juin 2009


interview

Le chef de Délégation de la mouvance Ravalomanana aux négociations de sortie de crise, a ses « maux » à dire en matière du respect des droits de l'Homme. Interview.

La HAT a célébré le 26 Juin avec faste. Quelles sont vos impressions par rapport aux 49 ans d'indépendance ?

Fetison Rakoto Andrianirina: « Je répondrai à votre question en mettant en comparaison nos 49 ans d'indépendance et les actions de non droit, d'atteinte à la liberté, d'arrestations arbitraires, d'intimidations de journalistes, de non respect de procédures judiciaires, et j'en passe, menées par la HAT depuis le coup d'Etat du 17 mars 2009. Depuis notre indépendance en 1960, les droits de l'Homme ont progressé inégalement. On a assisté certes à des violations, à d'énormes difficultés mais aussi à un réel progrès qui est surtout le fait de volonté politique dont celle affichée et défendue par le Président Marc Ravalomanana et le dernier gouvernement légal du Premier ministre Rabemananjara. Il y a eu des dérapages dont la fermeture de la station Viva, élément qui a déclenché la crise actuelle, mais plus que l'atteinte à la liberté d'expression, c'est la provocation, de nature à perturber l'ordre public qui a déterminé cette sanction. Par contre, je dois dire que si Madagascar s'est vu attribuer le triplement de l'aide par l'Union Européenne et le premier appui du MCA ainsi que des autres pays soucieux des droits de l'Homme, c'est qu'une nette amélioration a été ressentie et constatée en la matière par les observateurs internationaux ».

La HAT affirme que le changement actuel résulte du non respect des droits de l'Homme ?

« Deux points fondamentaux sont à signaler. Il y a d'abord la déclaration universelle des droits de l'Homme qui concernent les droits politiques. Mais face à la pauvreté que Madagascar traîne d'un régime à un autre, consécutive à une répartition inégale des fruits de la croissance, le processus d'une croissance partagée à la base doit être accéléré. C'est cette lenteur qui a été exploitée par Monsieur Andry Rajoelina et son équipe pour justifier le coup d'Etat. Vous savez, ceux qui dénoncent - et en particulier la HAT - le non respect des droits de l'Homme ont, en général, bien des choses à se reprocher, tel que je l'ai souligné précédemment. A cela s'ajoute d'ailleurs l'attitude irresponsable de cette autorité de facto qui ne fait qu'amplifier le chômage et réduire la croissance. Sincèrement, Madagascar régresse sensiblement en matière de développement en général, et en matière de droits de l'Homme en particulier ces cinq derniers mois ».

Pourquoi dites-vous « régression » ?

« Avez-vous souvenir d'un cas de mutinerie à Madagascar qui ait porté lourdement atteinte aux libertés fondamentales ? L'armée est là pour protéger des invasions et agressions étrangères de mercenaires, et non pour entraver le progrès. Et c'est la raison d'ailleurs de notre étonnement lorsque l'on nous accuse de vouloir faire venir des mercenaires dans l'île. La mouvance Ravalomanana et le Président Ravalomanana lui-même ne cautionneront jamais un coup d'état ni l'utilisation de « mercenaires » à des fins politiques. C'est un acte de barbarie que nous condamnons. La mutinerie d'une partie de l'armée, première responsable de la situation chaotique actuelle du pays et de la détresse du peuple, est une manifestation de cette régression. L'armée devrait avoir d'autres activités comme le développement. Aujourd'hui, le pays n'a jamais connu un régime aussi dictatorial et peu respectueux que celui de la HAT, et dernièrement encore, la détention arbitraire de l'épouse du directeur de la Radio Fahazavana pour obliger ce dernier à se rendre à une simple convocation pour enquête ».

Que suggérez-vous alors ?

« Madagascar a plus que jamais besoin de renouer avec la démocratie et le respect des droits de l'Homme accompagnés par les pays avancés pour son développement socio-économique. Toute démarche politique et tout engagement moral doivent converger dans la recherche d'une sortie de crise consensuelle et inclusive. Ensemble, nous avons vécu les problèmes et l'injustice sociale, ensemble nous devons trouver cette solution devant permettre à Madagascar et à ses responsables politiques de se redresser. Plus grave, nos successions de pouvoirs ont été généralement imposées par la rue ; c'est-à-dire qu'on a toujours considéré la population comme quantité négligeable, voire inexistante, et c'est pourquoi, nos changements de gouvernants ont toujours été des changements de régime. Les deux élections, qui ont porté Monsieur Ravalomanana au pouvoir ont été un début de normalisation démocratique. Grâce au téléphone portable, le monopole des résultats a échappé au ministère de l'Intérieur. La démocratie était vraiment en marche. Hélas, la HAT, appuyée par des soldats inconscients, ont tué dans l'oeuf cette évolution ! »

En parlant de cet accord inclusif, pensez-vous que le retour de l'ex-Président Marc Ravalomanana est une solution et quelle est d'ailleurs votre relation avec lui ?

« Il faut arrêter de se persuader que le Président Marc Ravalomanana reste l'homme à abattre. Il a apporté tout son savoir-faire pour redresser ce pays et le hisser à un rang enviable en tant que PMA - pays moins avancé-. Il a une vision de changement radical de Madagascar : les habitudes, les mentalités, les façons de faire et de produire, le rythme du développement et c'est pour cette raison qu'il a été critiqué et attaqué en permanence. Je m'entends très bien avec lui. Et contrairement aux mauvaises langues, il écoute toujours nos conseils et nos propositions lorsque nous ne sommes pas d'accord avec ses idées. Et c'est ainsi qu'il prend la décision finale. C'est un homme de dialogue. Pourquoi lui interdire de rentrer dans son pays ? Il n'a procédé à aucun acte de destruction de biens publics. Ce phénomène est grave et dénote chez nous une désacralisation du pouvoir et du service public. En ce qui me concerne, c'est l'image de la mouvance que je représente auprès de mes concitoyens qui me préoccupe. Je ne suis pas un politicien professionnel mais d'abord un citoyen proche de mes semblables et de la réalité. Et je compte le rester ».

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