Le Soleil (Dakar)

Prolongations - Frissons, suspense...

B. Khalifa Ndiaye

29 Juin 2009


C'est certainement pour ça que le football est le jeu favori des hommes. De tels frissons, un tel suspense, de tels renversements de situations ! Hier, les fanas de foot ont eu leur lot d'émotions.

D'abord, lors de la « petite finale » de la Coupe des Confédérations, ce match est censé être inutile puisque disputé par les déçus des demi-finales qui n'auraient donc plus tellement le coeur à l'ouvrage. Croyez-vous qu'Afrique du Sud et Espagne y soient allées avec le dos de la cuiller ? 4 buts dans les 20 dernières minutes du temps réglementaire, 2 pour chaque camp et la victoire qui a changé de bord en 2 minutes (avec les Bafana Bafana rattrapés puis dépassés au score) avant que tout ne se décidât aux prolongations, l'Afrique du Sud ayant recollé à la marque au bout du temps additionnel. Ce n'est assurément pas un scénario joué par des acteurs démobilisés.

En fait, à moins de tomber dans des combines ou arrangements de mauvais goût, un match (même amical, à plus forte raison pour une compétition aussi prestigieuse que celle qui s'est achevée hier à Jo'burg), on le joue toujours pour le gagner. C'est pourquoi, d'ailleurs, le football est un jeu inventé par les Anglais où les « supposés) meilleurs ne gagnent pas toujours, pour pasticher le bon ancien avant-centre anglais, Gary Lineker qui, lui, voyait les Allemands toujours s'imposer. Cette « vérité », nous Sénégalais, on est bien placé pour la confirmer pour l'avoir expérimentée au moins deux fois. A notre avantage d'abord, un certain 31 mai 2002 à Séoul, face à la France. Puis pour notre plus grand malheur, le 11 octobre 2008, contre la Gambie à Dakar même.

Des sensations fortes, on en a donc eu tout au long de cette quinzaine sud africaine, sorte de répétition générale avant la première Coupe du monde en terre africaine, l'année prochaine : le champion du monde (Italie) battu par le champion d'Afrique (Egypte), qui a été humilié et éliminé par les Etats-Unis qui ont brillamment mis fin, en demi-finales, à une impressionnante série de 35 matches sans défaites du champion d'Europe (Espagne). Et qui ont failli réussir, hier, pour la clôture, l'un des plus gros hold-up du football moderne. Oui, le « pays du basket » a manqué de peu de s'imposer au « pays du football » en finale. Mais, le dernier mot a fini par aller au Brésil, à la faveur d'une superbe remontée en apnée en seconde mi-temps.

Et l'on comprend pourquoi, à ce jeu inventé par les Anglais, les Brésiliens comptent le plus de fans et de supporters à travers le monde. Car, ils finissent, plus souvent que tous les autres, par gagner. 5 coupes du monde (1958, 1962, 1970, 1994 et 2002) et 3 coupes des Confédérations (1997, 2005 et 2009 donc) ! Aucune équipe n'a jamais fait mieux ! C'est vrai que le jeu n'est plus aussi flamboyant que du temps de Pelé ou de Socrates. Mais, ce Brésil-ci, à l'image de son entraîneur Dunga, capitaine de la cuvée sacrée à la « World Cup USA 94 », les « Auriverdes » savent se montrer sérieux et efficaces. Avec de temps à autres des éclairs de génie signés Kaka, élu meilleur joueur, ou Robinho, en plus de la belle efficacité de Luis Fabiano, soulier d'or de l'épreuve. Le tout dans un bel état d'esprit qui a valu au Brésil de remporter également le Trophée du fair-play.

L'Afrique du Sud dans tout cela ? Eh bien, elle a réussi sa manifestation. Sportivement, elle a disputé la demi-finale et a, un moment, tenu la 3ème place sur le podium avant de la lâcher dans les prolongations au profit de l'Espagne. Pour une équipe éliminée de la ... CAN 2010, ce n'est pas une petite performance. Au plan organisationnel cependant, le bilan est plus mitigé. Surtout pour ce qui est de la fréquentation des stades, le Sud Africain moyen ayant d'autres soucis que de dépenser la moyenne de 70 rands pour assister un match de foot, même si l'on sait qu'au pays de Mandela, on est fou de foot. Parfois, il a même fallu distribuer gratuitement des tickets d'accès au stade, si les portes n'étaient pas largement ouvertes, pour « cacher » les nombreux sièges vides. Au total, il y a eu plus d'ambiance que d'assistance. C'est que les « Vuvuzelas », ces longues trompettes dont « s'arme » tout bon supporter sud africain, ont résonné très fort. Trop fort même au goût de certains qui ont suggéré un moment à la Fifa d'en interdire l'usage. Vous vous rendez compte ! C'est comme si l'on interdisait aux supporters des « Lions » du football d'user de tam-tams pour supporter leurs favoris. Sauf que chez nous, ce sont plutôt des spectateurs qu'on voit au stade. Alors qu'en Afrique du Sud, quand les « Vuvuzelas » entrent en action, c'est comme si un gigantesque essaim d'abeilles bourdonnait. Il semble même que si la majorité des spectateurs se met à souffler dans leur instrument, cela dégage autant de décibels qu'un jumbo-jet qui décolle...

Tous les joueurs qui sont passés sur les différents stades sud africains en ont encore les tympans qui vibrent. Pourtant, ils feront tous les sacrifices sportivement possibles pour revenir dans un an pour la compétition grandeur nature, la coupe du monde de foot. La première en Afrique. Pour un premier succès africain ? Pourquoi pas, puisque même si le Brésil est resté invaincu en Afrique, les Africains peuvent bien, à l'aune de certains résultats inattendus enregistrés lors de cette 8ème Coupe des Confédérations, rêver de s'imposer, enfin ! D'autant qu'il est avéré que, depuis 1997, aucune équipe qui a remporté cette épreuve n'a jamais enlevé le Mondial l'année suivante. Et, cette année-là, c'était déjà le ... Brésil. Alors, on peut bien rêver. N'en déplaise à l'ami Otto Pfister, le technicien - mercenaire allemand qui s'est rempli les poches en Afrique pendant près de 3 décennies en s'asseyant sans vergogne sur sa « conviction » finalement lâchée, un soir de dépit, qu'« aucune équipe africaine ne gagnera jamais la coupe du monde ».

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