Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Motifs du contentieux à Yoff - Les précisions du Haut conseil des notables

Charles Gaïky Diene

29 Juin 2009


Avec la sortie faite, hier, par le nouveau président du Haut conseil des notables de Yoff, l'on se rend compte que l'affaire du litige foncier à Yoff est plus complexe qu'elle ne paraît. Et la remarque de Abdou Samba, faisant état de l'absence totale d'autorisation de construire, signée de la direction de l'Urbanisme, au niveau de la zone d'extension, objet du litige, en dit long.

Nouveau président du Haut conseil des notables de Yoff, installé le 31 mai 2009, Abdou Samba sort de sa réserve pour éclairer l'opinion sur le litige foncier qui a fini de secouer ce village traditionnel.

Faisant la genèse du litige, le nouveau président du Haut conseil des notables explique que l'Association pour la promotion économique, culturelle et sociale de Yoff (Apecsy) a été fondée en 1984, avec comme objectif de veiller sur les biens du village.

Et quand les populations ont posé le problème de l'avancée de la mer, le président Abdou Diouf avait décidé en mars 1995 d'attribuer une zone d'extension au village de Yoff afin de reloger les populations victimes.

Pour bien gérer cette zone d'extension, Yoff va mettre sur pied la Commission locale d'attribution des parcelles dans la zone d'extension du village de Yoff (Clapzevy).

Mais, précise le président du Haut conseil des notables, ces parcelles étaient essentiellement destinées aux Yoffois de naissance ou d'adoption, qui devraient verser la somme d'un million de francs pour en bénéficier.

Et il a été retenu qu'aucun bénéficiaire n'avait le droit ni de vendre sa parcelle ni de servir de prête-nom. Malheureusement, regrette Abdou Samba, l'Apecsy au lieu de respecter les règles établies pour l'attribution de la zone d'extension, (elle) va se mettre à céder les terres aux plus offrants, se souciant peu de l'origine de l'acquéreur. C'est pourquoi, l'Apecsy ne tardera pas à signifier aux populations de Yoff que les parcelles ont toutes été attribuées.

Mais, quand l'Etat du Sénégal a décidé de désaffecter les terrains non immatriculés, avec le titre foncier Tf 363 Grd, jouxtant la zone d'extension, l'Apecsy a transféré les espaces jadis réservés aux équipements du village de Yoff (Marché, dispensaire, école, etc.) au niveau du site désaffecté par l'Etat. C'est ainsi qu'elle va morceler les anciennes réserves pour en faire des parcelles.

Et en 2005, dès que le Jaaraf Babacar Mbaye Nguirane Mbengue a été intronisé, il a voulu, suivant la volonté des Yoffois, amener l'Apecsy à rendre compte de sa gestion des biens du village. 'Il va même déposer une plainte le 30 janvier 2006 pour demander des comptes financiers et fonciers à l'Apecsy', rapporte le nouveau président du Haut conseil des notables.

Mais, regrette Abdou Samba, le Jaaraf après avoir constaté plus d'un an après le dépôt de sa plainte que les choses ne bougeaient pas, s'est mis à son tour à attribuer les parcelles de la zone désaffectée qui est mise au nom de l'Etat du Sénégal. C'est dans ce même esprit de récupération des terres de Yoffois, qu'il va ré-attribuer la parcelle qui était donnée au gouverneur par l'Apecsy en 1997 à une tierce personne.

Selon le nouveau président du Haut conseil des notables, l'ancien gouverneur ne remplit aucune des conditions devant lui permettre de bénéficier d'une parcelle à usage d'habitation dans la zone d'extension.

En plus, il explique qu'en dehors des conditions liées à la naissance ou à l'adoption, Mamadou Sall n'a pas versé la somme d'un million requise pour s'offrir une parcelle. Il dit n'avoir versé que 25 mille, correspondant aux frais de bornage.

Aujourd'hui, le président Abdou Samba conseille aux autorités de surseoir à la décision visant la démolition des constructions érigées au niveau de la 'Cité Apecsy'.

Puisque, selon lui, si on démolit ces maisons, on doit aussi démolir toutes les maisons bâties dans la zone d'extension, car aucune d'entre elles n'a reçu une autorisation de construire, signée par la direction de l'Urbanisme.

En effet, dans le cas de Yoff, les autorisations de construire ont été jusque-là délivrées par la Clapzevy, alors que, partout au Sénégal, c'est le directeur de l'Urbanisme qui les délivre. 'C'est là une erreur du directeur de l'Urbanisme', fait remarquer notre interlocuteur, qui note que 'Yoff n'est pas un Etat dans l'Etat du Sénégal'. '

Toute autorisation de construire doit provenir de la direction de l'Urbanisme', dit-il. Et d'ajouter : 'Une cible ne peut pas cacher une autre. Si l'autorité démolit les 48 maisons, objectivement, elle doit aussi démolir toutes les constructions dans la zone, parce que le directeur de l'Urbanisme n'a délivré aucune autorisation de construire'.

Le foncier à Yoff, c'est le fil d'Ariane. Il sera difficile de faire la lumière sur ces terres très convoitées à la fois par les Lébous, les hôteliers, les promoteurs immobiliers, entre autres. A cause de sa position propice aux affaires (proximité de l'aéroport, de la mer) la zone de Yoff fait l'objet de toutes les spéculations foncières.

Et pour une utilisation efficiente du foncier, le président du Haut conseil des notable demande au gouvernement d'aider Yoff à faire un audit du foncier. 'Nous avons adressé des correspondances aux autorités, notamment au président de la République, au Premier ministre et au ministre du Budget, pour qu'elles nous aident à faire l'audit du foncier dans notre localité', informe Abdou Samba.

Dans cette bande de terre, où le mètre carré se négocie à des prix exorbitants, la spéculation foncière y règne. Il arrive souvent que des parcelles soient vendues à plusieurs personnes en même temps.

D'ailleurs, à en croire Abdou Samba, des dirigeants de l'Apecsy, dont le président est en même temps le vice-président de la Clapvezy, se sont attribués eux-mêmes des parcelles qu'ils ont revendu par la suite entre 17 millions et vingt millions de nos francs.

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