Fasozine (Ouagadougou)
Samori Ngande
29 Juin 2009
interview
C'est un conservateur ému et très heureux qui a répondu aux questions de fasozine.com, suite à l'inscription, le vendredi 26 juin 2009, du site archéologique et touristique de Loropéni sur le patrimoine mondial de l'Unesco. Belle consécration pour Lassina Simporé, nommé conservateur de ce site en décembre 2008, qui ambitionne de faire de ce vestige vivant de la culture burkinabè, un pôle d'attraction pour de nombreux touristes et visiteurs. En attendant, depuis Séville où il est encore, il a bien voulu nous faire part de l'émotion et de la joie qui ont accueilli la nouvelle de l'inscription de Loropéni sur le patrimoine mondial...
Quelle a été votre première réaction à l'annonce de l'inscription des ruines de Loropéni sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco?
Je dois préciser, dans un premier temps, que selon les normes en la matière, six semaines avant la tenue de la session du Comité du patrimoine mondial (CPM), l'Etat-partie Burkina Faso a été informé des recommandations de l'Icomos, la structure qui a évalué le dossier. La structure recommandait au CPM d inscrire le site. C'est pour dire que nous connaissions les résultats avant d'aller à Séville. Seulement, la modestie légendaire du Burkinabè commandait que nous soyons discrets. La délégation est donc surtout partie pour entendre une confirmation, mais aussi pour répondre à d'éventuelles questions que le comité voudrait bien poser.
Alors, le vendredi 26 juin, le suspense était à son paroxysme. Pour des raisons diverses, les choses ont traîné avant le tour du Burkina Faso. Certains pays membres du comité n'arrêtaient pas de poser des questions. La présidente de la séance adoptait le texte article par article, avec quelques fois des arrêts pour prendre des amendements. Mais quand elle a fait adopter tout le texte par un coup sec de marteau, ce fut un tonnerre d'applaudissements dans la salle; c'était la première inscription propre ou non arrachée de la journée. Toute la délégation, qui était habillée en Faso danfani et qui était assise au même endroit, s'est levée et la salle a suivi le mouvement pour un standing-ovation. Au moment où le rythme des applaudissements baissait, j'ai déployé un grand drapeau burkinabè et les applaudissements ont repris pour un moment. Ensuite, pratiquement toute la salle a fait un rang pour passer devant notre table et congratuler toute la délégation.
Quelles étaient vos premières pensées?
Personnellement j'ai pensé à l'archéologue, au gestionnaire de patrimoine et au conservateur que je suis. D'abord à l'archéologue, parce que cette inscription est une reconnaissance à l'archéologie burkinabè qui a refait l'essentiel du dossier. Ensuite, au gestionnaire de site, parce qu'à ce niveau aussi, j'ai aussi apporté ma modeste contribution dans le remplissage du format et dans la connaissance de l'environnement de la Convention de 1972. Enfin au conservateur, parce qu'en fait, une nomination sur la liste du patrimoine mondial est en réalité le départ d'un autre processus pour rester sur cette liste le plus longtemps possible, car on peut être déclassé (inscrit sur la liste du patrimoine mondial en danger) et même radié de la liste comme ce qui est arrivé à l'Allemagne.
Comment la délégation burkinabè sur place à Séville a-t-elle fêté l'événement?
Le ministre Filippe Savadogo, qui conduisait la délégation, a offert, dans la soirée, un cocktail et il y avait beaucoup de convives. On a projeté des films sur Loropéni sur un écran géant. Après, nous avons mis de la musique burkinabè: Sissao, Yoni, Floby, Youmali, la guitare de Tinga, etc. La salle a été transformée, un moment, en dancing.
Quel est le secret du succès de la candidature de Loropéni?
Il y a certainement beaucoup de choses à dire ce niveau, parce qu'on n'a négligé aucun détail. Pour résumer, disons qu'il y avait une équipe scientifique solide, qui a produit un dossier acceptable; cette équipe a eu le soutien politique et administratif nécessaire à ce genre de situation.
Qu'est ce que ca va changer pour Loropéni?
La cote du site est relevée avec cette reconnaissance internationale. Tout Burkinabè a le devoir d'aller voir ce site, qui va aussi attirer d'autres touristes. Cela signifie que la région et la ville de Loropéni doivent développer les infrastructures d'accueil, de restauration, etc. Cela ne doit pas venir forcément de l'Etat. Les opérateurs économiques et ceux qui ont le sens des affaires doivent développer des initiatives. Je pense aussi que ce sera une opportunité pour une véritable lutte contre la pauvreté. Le Label Unesco va nous permettre d'avoir certains moyens pour développer des idées pour la mise en valeur et la sécurité du site. Mais cela doit se faire dans le strict respect du plan de gestion, si on ne veut pas avoir de problèmes avec l'Unesco.
Quelle stratégie entendez-vous mettre en place pour développer le tourisme dans la région?
Les activités du conservateur sont indiquées dans le plan de gestion du site; ce plan de gestion a été réalisé avec les parties prenantes du site. L'essentiel des activités est centré sur le site et sa sécurité. Comment faire pour que le touriste burkinabè ou étranger ne regrette pas son déplacement une fois sur le site? Y a-t-il de la documentation, y a-t-il de la signalétique, la sécurité est-elle assurée, l'information scientifique est-elle crédible? Le site est-il promu à distance? Comment continuer les recherches archéologiques, historiques, botaniques? Ce sont là quelques activités qu'il faut réaliser rapidement, si la volonté politique accompagne la mise en valeur du site. Je dois préciser que ce sont des activités planifiées pour le court, moyen et long terme.
En ce qui concerne le tourisme dans la région, je pense que cela rentre dans le cadre général du plan d'action sur le tourisme dans la région, qui est développé par d'autres services du ministère de la Culture, qui a aussi en charge le Tourisme.
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