Sulpice O. Gbaguidi
29 Juin 2009
Les populations font leur chemin de croix. Les éléments pourvoyeurs de souffrance emplissent le milieu et ruinent l'espoir. Entre l'inondation et l'obscurité, la vie humaine flotte ses espérances et se meut dans l'incertitude. La situation colle à une dégradation inquiétante. Le chapelet des victimes de l'inondation s'étire au fur et à mesure que se dilatent les caprices de la saison. Les impitoyables pluies diluviennes sèment la misère.
Les promesses de sauvetage faites aux masses et les incantations amplifiées par les sorties officielles sous le sceau d'une reprise des initiatives anti inondation tardent à guérir le pessimisme qui affaiblit les populations livrées à l'eau ravageuse.
Lacs et rivières s'installent notamment à Cotonou et répandent le sinistre. Le scénario pluvieux fait le lit de la fatalité au moment où se casse le miroir du bien être brandi pour endormir le peuple.
C'est la combinaison de cette inondation rebelle au regain du délestage qui noircit l'horizon. Dans l'eau et dans l'obscurité, le tableau est loin de protéger la vie. Les effets conjugués de l'inondation et du délestage produisent un climat atroce où la menace est accrue par le manque de solution idoine aux fléaux dévastateurs.
La résignation collective à la vie d'amphibien et cette sempiternelle privation d'électricité font balbutier les pas de l'émergence enrôlés dans nos rêves. Le retour prononcé du délestage durant le règne douloureux de l'inondation n'est pas de nature à sauver la foi au paradis terrestre promis dans les propagandes politiques surréalistes. Les retombées fâcheuses de la crise économique et les élans d'un régime jugé trop dépensier sont des facteurs de pourrissement de la situation.
Avec le délestage rendu catastrophique par l'assèchement des robinets et les coupures répétées d'eau, on s'interroge finalement sur la qualité des efforts dont on se targue d'avoir capitalisé au sommet de l'Etat. Le pouvoir s'est mis la pression en garnissant le début de mandat de promesses et de déclarations mielleuses.
Le défi de la réalité pèse maintenant sur un régime qui a épuisé l'état de grâce. L'impuissance du changement à faire le miracle miroité joue contre l'équipe Yayi, obligée de faire face au devoir de vérité. La démagogie politique n'est seulement apte qu'à avorter les contraintes et à faire rêver les populations éprouvées par leurs soucis.
Dans l'inondation et l'obscurité, le risque de l'étouffement de l'envolée politique du changement est grand. Les marxistes diront que les conditions de vie déterminent la conscience de l'individu. Dans l'eau et le noir avec l'impact encore évident du panier squelettique de la ménagère, la morosité a pris rendez-vous avec la nation encalminée.
On imagine le ventre affamé dans la grisaille perverse de l'inondation et du délestage. Triste volume du spectacle désolant de la misère que la nature elle-même, et les improvisations et faux fuyants animent sur la route d'une émergence décrétée avec force et passion.
On le sait maintenant. Les difficultés s'amoncellent à l'ère du changement. La thérapie artificielle du malheur commun a montré ses limites. Le show politique n'est plus impressionnant devant l'inondation et l'obscurité.
Avant que les populations noyées ne soient contraintes de coasser dans le noir, le gouvernement ferait mieux d'abandonner le cafouillage et d'opter pour une gestion réaliste de la situation.
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