Fraternité (Cotonou)

Bénin: Ganvié - La Venise d'Afrique dans l'anxiété de la soif

Diane Kindji

29 Juin 2009


Surnommée Venise d'Afrique, Ganvié, la Cité lacustre du Bénin qui constitue un véritable pôle d'attraction touristique, vit sous le stress hydrique. Grenier de devises par la foule de curieux qu'elle draine chaque année, les populations qui n'ont de vie que par l'eau, sont tous les jours, à la recherche du précieux liquide. Et quand elles parviennent péniblement à se soulager par cette eau « trouble », c'est sans compter avec cet environnement insalubre que cache l'un des fleurons de notre industrie touristique.

Les femmes à la quête de ...

Bidons de 20 et de 25 litres dans les pirogues, une foule de femmes et d'enfants essoufflés par la corvée des coups de pagaie sur des kilomètres, s'agglutine autour d'une pompe à eau. En rangs serrés comme des écoliers, les femmes plus nombreuses se font servir tour à tour par Jean.

Un jeune de la trentaine, muni d'un tuyau au bout duquel, coule ce liquide indispensable à la vie. Comme lui, ils sont trois à alimenter plus de 20.000 habitants que comptent Ganvié I. et II. Difficilement accessible, cette eau est destinée à de multiples usages.

« Cette eau est la seule utilisée par les populations, pour la nourriture, la vaisselle et la lessive. Elle est tirée des profondeurs du lac Nokoué », nous précise Jean, l'un des trois fournisseurs. Tirée à l'aide d'une pompe aspirante, elle est directement servie sans un rigoureux traitement chimique.

Même si Aurélien Tossa, employé à la Banque de données intégrées de la Direction Générale de l'eau (Dg eau), estime que cette eau est d'une qualité acceptable.

Pour lui, « Il y a un seuil de tolérance à partir duquel l'on peut affirmer que l'eau constitue un danger, mais au dessus de ce seuil, l'eau ne constitue aucune menace. Pour le cas de Ganvié, l'eau consommée par la population est au-dessus de ce seuil », a-t-il souligné. Un témoignage qui ne rassure guère, au regard de l'environnement en proie aux déchets de toutes sortes.

Si depuis la source, l'eau consommée par la population est d'une « certaine » qualité, le comportement des habitants n'est pas de nature à garantir sa potabilité. Car, pendant que nous étions à quelques encablures de cette pompe, une scène très peu ordinaire, mais habituelle pour ces populations se produisait.

Assis au bord d'une pirogue, un jeune garçon de 6 ans environ, fesses nues, déféquait allègrement dans le lac. Les nombreuses femmes qui suivaient la scène, n'ont eu aucune réaction. Parce que dans cette localité, l'assainissement de base est loin d'être une priorité.

En promenant notre regard de la pompe, au long de la berge lagunaire de cette cité objet de toutes les convoitises, on observe un peu partout et surtout sous les pilotis, des ordures ménagères et des excréments à l'air libre. Les rares latrines que l'on découvre flottent sur l'eau, y déversant ainsi leur contenu.

Une explication plausible à cette odeur inconfortable qui nous poursuivait tout au long de notre randonnée. Car Albert Adingban, adjoint au chef d'arrondissement de Ganvié I, soutient qu' « on jette les ordures dans l'eau, c'est dans l'eau qu'on fait tout ».Il témoigne que dans un passé récent, des cadavres humains ont même séjourné dans l'eau.

L'eau, source de mort

... l'eau potable, denrée rare

L'environnement insalubre qui affecte l'eau consommée par les populations ne manque pas d'avoir un impact sur la santé de celles-ci. Selon Mme Hountondji, médecin au centre de santé catholique de Dékanmey, dans la commune de Sô-ava, les populations de Ganvié souffrent souvent de maladies hydriques et hygiéniques.

Chaque année, 9% d'enfants de cette localité meurent. Un taux que confirme Albert Adingban, adjoint au chef d'arrondissement de Ganvié I. Pour lui, on observe plusieurs cas de décès d'enfants en période de pluie.

« Le choléra, la dysenterie sont les principales causes de mortalité infantile à Ganvié », ajoute-t-il. Des chiffres qui n'émeuvent aucunement les autorités locales et nationales pour voler au secours de cette localité en manque de dispositif adéquat de gestion des déchets solides ménagers qui n'ont comme point de chute que l'eau.

Pourtant, à la dernière revue du Budget programme par objectifs (Bpo), la Direction de l'hygiène et de l'assainissement de base (DHAB) a dit avoir réalisé des progrès avec la construction de latrines institutionnelles, 1945 cabines en 2008 ce qui a porté le taux de desserte de 63,4% en 2007 à 63,7% en 2008.

La proportion de ménages disposant de latrines est passée de 34,6% en 2006 à 37% en 2008. Si à travers ces chiffres, le Bpo de l'année 2008 prouve que des efforts sont fournis, dans cette localité, rien de concret n'est fait ou tout reste à faire.

Car, à en croire les populations de cette localité, c'est comme si le gouvernement ne compte pas la commune de So-Ava parmi les 77 communes du Bénin.

Mais à l'heure actuelle, pour cette localité laissée-pour-compte, les quelques actions à peine visibles proviennent des Ong. Le Centre Régional pour l'Eau potable et l'Assainissement à faible coût (Crépa-Bénin) mène depuis peu des actions pour relever le défi. « Le Crépa-Bénin réalise en collaboration avec Emmaüs international (un projet européen) deux à quatre latrines dans chaque arrondissement de So-ava.

Nous faisons aussi des formations à des animateurs endogènes sur les notions et pratiques d'hygiène sur l'assainissement de base », dixit Alexis Tobada, socio-anthropologue au Crepa-Bénin. Il explique aussi que le volet de l'assainissement dans ce milieu est complexe.

Car il n'existe pas de latrines et aucun dispositif n'a été mis en place pour la gestion des ordures ménagères. En attendant la réalisation de systèmes d'assainissement adéquats, la Venise d'Afrique gît toujours dans le chagrin de la soif et l'assainissement de base n'est toujours pas une priorité.

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