S. N. Coulibaly
30 Juin 2009
Le président nigérien, Mamadou Tandja qui veut se maintenir au pouvoir, au-delà de la limite de deux mandats consécutifs prescrits par la constitution, tient à son projet de référendum. Et ce, malgré le refus de l'opposition qui crie et dénonce un coup d'Etat constitutionnel et de l'avis défavorable de la Cour constitutionnelle.
Dans cette veine, le président Tandja s'est même accordé des pouvoirs exceptionnels lui permettant de régner en maître sur Niamey, par le biais d'ordonnances et de décrets. L'annonce par le ministre de l'Intérieur, de la tenue effective du référendum le 4 août prochain a suscité dans la foulée, un tollé général au sein de l'opposition qui a aussitôt appelé l'armée à la désobéissance.
Cette attitude du pouvoir de Niamey qui s'octroie des pouvoirs exceptionnels risque fort d'emballer la situation au Niger. Quelles sont les motivations réelles de Tandja? Se croit-il tout permis au grand mépris de la loi fondamentale? Serait-ce la manne pétrolière de l'uranium qui poussent Tandja à ramer à contre-courant pour se maintenir au pouvoir ?
Rien n'est moins sûr. Mais ce qui est certain, c'est qu'il y a un peu de tout cela. Même officiellement, ce ne sont pas les raisons évoquées du côté des dunes de sable mouvantes d'Agadez. Et c'est tant pis pour la démocratie nigérienne dont l'image vient d'être sévèrement écornée à cause du manque de vision de ses dirigeants.
Comble de l'ironie, Tandja a dissout la Cour constitutionnelle hier en fin de soirée, enjambant ainsi le piège qui l'empêchait de se maintenir au pouvoir. Cette Cour qui eu l'audace de rejeter la requête du président d'organiser un référendum, vient donc de payer les frais pour avoir dit le droit. Or, la Constitution stipule que les membres de la Cour sont irrévocables et nommés pour six ans.
C'est une situation inédite que vit désormais le Niger. L'opposition qui bat le rappel de ses troupes ou du moins, de la rue, espère paralyser le pays à travers des marches de protestation. Cependant que Tandja tient mordicus, vaille que vaille à son trône, en dépit de la contestation populaire.
La grande muette qui observe jusqu'ici, une neutralité parfaite au vu de l'évolution du climat politique délétère, saura-t-elle et pour combien de temps se tenir à l'écart de cette palabre de politiciens ? Même si Tandja sait qu'il lui est théoriquement impossible de briguer un troisième mandat, force est de constater que son attitude frôle la dictature et la tyrannie.
Pour combien de temps va-t-il prendre la démocratie nigérienne en otage sous prétexte que la démocratie, s'est le débat contradictoire ? Mais finalement, de quelle débat démocratique s'agit-il quand, vaincue, une minorité tente de s'imposer à la masse? D'ores et déjà, l'Union africaine redoute des dérapages que pourrait induire la décision du camp Tandja, d'imposer sa vision à un peuple "fatigué de sa gestion et qui veut le changement".
La situation est d'autant plus critique qu'elle doit interpeller les Africains et les organisations régionales et continentales qui, très souvent, se bornent à des condamnations si ce ne sont des déclarations de principe sans effet réel.
En tout cas, l'UA semble consciente des dangers qui guettent le Niger. "Nous avons d'abord le problème de la modification de la Constitution elle-même, dans les articles concernés.
Tout ceci nous amène à intervenir en utilisant les bons offices, c'est-à-dire, en évitant de faire du bruit pour que la Commission (de l'UA) ne devienne pas une sorte de chien qui aboie pendant que la caravane passe", a déclaré Jean Ping, le président de la commission de l'UA.
Le bras de fer entre Tandja et son opposition sera probablement au coeur des discussions du XIIIe Sommet de l'UA prévu du mercredi 1er au vendredi 3 juillet 2009 à Syrte en Libye.
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