Abdou Zoure
29 Juin 2009
Le dimanche 28 juin à 17 heures, on a poussé un ouf de soulagement en Guinée-Bissau. Le premier tour du scrutin présidentiel s'est déroulé dans un calme presque céleste après l'ouragan sanglant qui a dévasté le paysage politique lors de la campagne électorale. Un ouragan dont les coups de foudre ont emporté certains candidats dont Baciro Dabo et Helder Proença, assassinés le 5 juin dernier.
Un calme encourageant quant à la suite du processus de stabilisation du pays, même si la participation de la population à l'élection a été assez timide. On peut d'ailleurs difficilement leur en vouloir car la pièce qu'ont jusque-là jouée les acteurs de la scène politique, n'avait rien d'excitant pour les mettre en confiance quant à leur sécurité.
Mais le vote des 600 000 Bissau-Guinéens a suffi pour valider l'élection qui devra, en principe, par ses résultats, remettre le pays sur les rails de la stabilité et de la paix. A moins que tous les candidats se proclament gagnants.
Ce qui, à coup sûr, renverra le processus de stabilisation aux calendes guinéennes. En effet, il est possible de constater de par le monde que les contestations post-électorales passent rarement par le tapis rouge de la légalité.
L'exemple de l'Iran, du Zimbabwe, pour ne citer que ceux-là, sont des illustrations de ce qui pourrait arriver en Guinée-Bissau si les perdants n'ont pas la délicatesse et la courtoisie d'être de bons perdants.
Mais il le faut parce que la Guinée-Bissau a assez pleuré des larmes de sang. Cette petite portion de la terre africaine a assez accueilli en son sein des corps chaudement fauchés par les balles brûlantes des armes à feu.
Il le faut parce que pendant la guerre de libération du pays, les Bissau-Guinéens savaient qu'ils étaient fauchés par les armes du colon pour que les générations futures n'aient pas à courber éternellement l'échine. Mais aujourd'hui, ceux qui sont six pieds sous terre savent-ils pourquoi ils perdent leur vie par les armes tenues par des mains frères ?
Autant de raisons qui doivent amener les acteurs de la classe politique bissau-guinéenne à mettre en scène un scénario moins tragique. Et la communauté internationale, qui a financé la campagne électorale à hauteur de 5,1 millions d'euros, doit encore plus s'impliquer, notamment à travers la lutte contre les narco-trafiquants.
Véritables gangrènes de la société bissau-guinéenne, ils musellent les dirigeants avec les baillons et la camisole de l'argent de la cocaïne pour ensuite sectionner le talon d'Achille du développement du pays que sont les jeunes, principales proies de la drogue.
Mais avant d'en arriver là, le souci immédiat est que le processus de stabilisation arrive à bon port, et même si en cours de chemin, quelques candidats veulent protester, qu'ils le fassent dans la légalité pour qu'enfin, en Guinée-Bissau, les vivants vivent dans la sérénité et que les morts reposent en paix.
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