Sidzabda
29 Juin 2009
Raisonnablement, peut-on se dire surpris par les événements survenus le 25 juin au marché central, Rood-Woko, de la ville de Ouagadougou ? Pouvait-on prévoir la réaction des commerçants et anticiper sur ce qu'il convenait de faire ? Certainement que oui dans une certaine mesure ! Nous l'avons écrit au lendemain de la réouverture solennelle de Rood-Woko qui a eu lieu le 16 avril 2009.
Les mesures de sécurité que la mairie de la capitale, a prises, doivent être appliquées dans la concertation et après des campagnes très intenses d'explication. Rood-Woko a rouvert ses portes après une fermeture de six ans décidée au lendemain de l'incendie qui a ravagé une grande partie du marché central. C'était le 23 mai 2003.
L'incendie, dont on ne connaît jusque-là ni l'auteur ni les causes, avait été provoqué, a-t-on dit, par l'anarchie qui régnait dans le marché et autour du marché. Des centaines, voire des milliers de commerçants, grands et petits ont été ruinés. Ils ont tout perdu dans le sinistre. Rood-Woko était à cette époque une sorte d'Abbaye de Thélème où chacun faisait ce qu'il voulait.
Il n'existait pas de discipline. Par exemple, pour accéder à l'étage, le visiteur devait prendre soin de ne pas marcher sur un étal. Les escaliers servaient d'étals pour exposer les marchandises. Lorsque l'incendie a éclaté, les pompiers ont eu des difficultés pour combattre le sinistre, les voies étant occupées de tables, de ballots et du bric-à-brac. Les bouches d'incendie étaient encombrées.
On dit que les hommes appellent leurs erreurs des expériences. Instruites des effets de cet incendie et de ses principales causes dont la plus importante serait le désordre et la pagaille qu'on voyait dans ce marché, les autorités municipales, le maire central de la ville de Ouagadougou, M. Simon Compoaré en tête, ont décidé d'appliquer de nouvelles règles de sécurité.
Des règles qui doivent régir désormais la vie de toutes et de tous ceux qui vendent à Rood-Woko. Dans une réflexion appelant les bénéficiaires du nouveau Rood-Woko, c'est-à-dire les commerçants, mais aussi les autorités de la municipalité de Ouagadougou à prendre la mesure de leurs nouvelles responsabilités, nous avions émis des doutes sur la nécessité de la présence d'un contingent de policiers à l'intérieur du marché comme si ces policiers étaient en mission de pacification après une émeute.
La proximité de la police n'a jamais été propice aux affaires. Les affaires n'aiment ni la police, ni la gendarmerie, encore moins la douane. Leurs contrôles doivent s'exercer en amont. Les bonnes affaires, c'est ce que tout le monde est venu chercher à Rood-Woko. Seulement, pour faire de bonnes affaires, il faut en plus d'un climat sécurisé, un climat tranquille.
Les politiques diront un climat apaisé. Des policiers qui encadrent les commerçants comme s'ils étaient à la recherche de quelques délinquants, ce n'est jamais bon pour les affaires.
Les uns et les autres doivent se convaincre de cette réalité qui ne souffre pas de débat. Si en outre, lesdits policiers ont un comportement à la limite de l'arrogance, ils ne seront pas bien vus par les commerçants.
Peut-être les uns et les autres seront-ils obligés un moment de se tolérer, mais la moindre étincelle mettra le feu aux poudres, déchaînera des colères longtemps tues, fera remonter des frustrations péniblement contenues.
Ne perdons pas de vue que depuis leur réinstallation, certains commerçants n'ont pas vendu un seul article du fait de ces nouvelles mesures censées leur procurer plus de sécurité dans l'exercice de leurs fonctions.
La violence planait dans l'air. Les autorités devaient la sentir et la prévenir. Il semble que faute de l'avoir fait, ce qui devait arriver arriva. Dans leur colère, les commerçants ont détruit les barrières mises tout autour du marché parce qu'elles empêchent l'accès des boutiques par les clients. Ce qui est arrivé dans la matinée du 25 juin pourrait s'expliquer par cela.
Comment quelqu'un peut vendre si l'acheteur ne sait et ne voit pas ce qu'il vend ? Permettre aux commerçants de présenter à la devanture de leurs boutiques ce qu'ils ont comme marchandises, est-ce vraiment exposer Rood-Woko à un nouveau sinistre ? La police municipale est souvent suspectée d'irrévérence envers les usagers de la route.
Il va de soi qui si les éléments détachés à Rood-Woko ne changent pas de comportement et la façon d'aborder et d'expliquer les problèmes, leurs heurts avec les commerçants qui viennent de retrouver Rood-Woko, ne sont pas à exclure. Il faut craindre leur fréquence et leur dégénération en batailles rangées entre police municipale et commerçants.
D'un côté comme de l'autre, le maximum doit être fait pour qu'on n'en arrive pas à des situations regrettables. Le maire central de la capitale, M. Simon Compaoré, sait par expérience qu'il n'obtiendra rien de bon avec les commerçants ni par la force, ni par la menace. Par contre, la concertation, la sensibilisation, voire une meilleure formation de sa police ;
des séances de causeries avec les commerçants en plus de ce qui se fait déjà et de ce qui a été fait, permettront sans nul doute de parvenir à des solutions de consensus pour la sécurité et la sécurisation de Rood-Woko et de ses occupants.
On le sait, les changements, même les plus souhaitables ont leur mélancolie. Imposer une discipline semblable à celle qui avait cours à Sparte dans un marché africain, même si elle a pour finalité la sécurité et la sécurisation des installations et de leurs occupants, demande nécessairement plus de temps pour que les uns et les autres s'y adaptent.
Les autorités municipales doivent miser à rendre plus courte cette période d'adaptation. Personne ne peut tolérer que l'anarchie et la pagaille qui avaient cours à Rood-Woko se réinstallent de nouveau.
Mais, c'est la manière d'introduire les nouvelles règles qui désoriente des hommes et des femmes qui étaient avant le 23 mai 2003 incontrôlables. Leur faire comprendre et accepter les nouvelles dispositions n'est pas impossible. Malheureusement, ça demande du temps et de la patience.'
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2009 Le Pays. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.