Agnan Kayorgo
30 Juin 2009
éditorial
C'est en Libye que se tient le prochain sommet de l'Union africaine (UA). Chez Mouammar Kadhafi, qui n'espérait certainement pas mieux. Car c'est Madagascar qui devrait abriter cette grand-messe des chefs d'Etat du continent noir. Mais, pour des raisons évidentes de crise politique, le guide libyen s'était proposé d'accueillir cette rencontre ; il en a vraiment les moyens.
Ce richissime bédouin va donc recevoir sous sa tente certains de ses affidés pour tenter, encore une fois de plus, de leur faire avaler sa pilule des Etats-Unis d'Afrique. Déjà, au Conseil des Ministres en prélude au sommet, Kadhafi qui s'est fait attendre, a, comme à son habitude, fait dans l'improvisation pour ne pas dire dans la digression, obsédé qu'il est par sa volonté d'imposer coûte que coûte, vaille que vaille, sa vision de l'unité africaine.
L'homme est réputé pour ses frasques et ses comportements ubuesques, et il n'hésite pas, partout où il passe, à se faire remarquer. Et maintenant qu'il est chez lui, Kadhafi ne manquera certainement pas de faire subir à ses convives des numéros de cirque plutôt agaçants. Pourtant, les sujets sérieux à débattre et de grande importance ne manqueront pas sous ce chapiteau de Syrte.
Il y a, par exemple, la sempiternelle question de la bonne gouvernance, toujours au stade des beaux discours que l'on nous sert au détour de moult fora, l'alternance démocratique (une véritable vue de l'esprit dans bien de contrées, il faut le dire), des constitutions qu'on tripatouille par-ci, des coups d'Etat perpétrés par-là. Et le président de la Commission de l'UA, Jan Ping, de marteler qu'en l'espace de 40 ans, 31 chefs d'Etat ont été assassinés.
En faisant cette remarque, Jan Ping entend probablement marquer son souci de voir les choses changer pour une accession au pouvoir, autrement que par coup de force. Kadhafi peut donc encore renvoyer aux calendes grecques son fameux projet d'Etats-Unis d'Afrique (un rêve que le guide libyen ne veut absolument, pas abandonner), surtout que ses homologues, in petto, n'en ont cure ; en tout cas pas d'Etats-Unis à la Kadhafi. Ainsi donc « chassez le naturel, il revient au galop », nous enseigne le proverbe.
C'est dire que le colonel Kadhafi a tout le loisir de bousculer les règles de bienséance et les usages protocolaires pour s'adonner à son jeu favori, prendre intempestivement la parole ou adresser des pics à ses contradicteurs, quitte à être boudé, comme c'est déjà arrivé : on se souvient qu'à la conférence de la Communauté des Etats sahélo-sahariens (CEN-SAD) tenue à Cotonou au Bénin en 2008, alors que c'est le président du Faso, Blaise Compaoré, qui exerçait la présidence de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), le guide « éclairé » de la Libye avait, dans son discours, traité de tous les noms d'oiseaux cette institution sous-régionale et réclamé même sa suppression pure et simple ; ce qui avait donc déplu au chef de l'Etat burkinabè, qui avait boudé à l'époque le dîner auquel le plus fortuné des bédouins avait convié ses hôtes.
A l'ouverture du Conseil des Ministres des Affaires étrangères préparatoire au sommet de Syrte le week-end dernier, l'hôte libyen s'est encore fendu de propos pour le moins inattendus : il a réclamé urbi et orbi la suppression des organes des grands ensembles sous-régionaux. Décidément, cet homme ne finit pas de surprendre... désagréablement. Alors qu'il y a plus sérieux que son cirque !
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