L'Observateur Paalga (Ouagadougou)

Niger: Gare au syndrome Zélaya !

Alain Saint Robespierre

30 Juin 2009


Alors qu'au Niger, le président Mamadou Tandja est monté d'un cran dans son projet de modification de la constitution, en Honduras par contre, pour la même entreprise politique, ce fut l'effet contraire pour son homologue, Manuela Zélaya : suspecté, lui aussi, de vouloir modifier la loi fondamentale pour briguer un second mandat, le chef de l'Etat du Honduras a été contraint, le dimanche 28 juin 2009, par l'armée, de quitter et le pouvoir et le pays.

Au Costa Rica voisin, où il a été exilé de force, qui plus est en pyjama, le désormais ex-président a le toupet de se référer à la constitution, celle-là même qu'il s'apprêtait à fouler aux pieds, pour crier au hold-up politique.

Trop tard. « A vouloir trop gagner, on perd », dit un adage populaire. Certes, les coups d'Etat sont à bannir. Mais il appartient aux tenants du pouvoir de ne pas tenter la Grande Muette. Car quand elle se pique de donner de la voix, la République se met à trembler. Nous sommes bien payés en Afrique pour le savoir.

Ce qui vient de se passer à Tegucigalpa, la capitale du Honduras, ne peut manquer de susciter l'inquiétude sur l'évolution de la situation politique à Niamey. Bien sûr, le Niger n'est pas le Honduras, pas plus que Tandja n'est Zélaya. Mais qui sait ? Ça n'arrive pas toujours qu'aux autres.

Déjà, suite à la décision unilatérale du président nigérien de se prévaloir de pouvoirs exceptionnels pour prolonger son mandat, des voix s'élèvent pour solliciter l'arbitrage de l'armée. En termes clairs, pour appeler à un coup d'Etat, qui, s'il survenait, ne surprendrait pas grand monde, pas plus qu'il ne le scandaliserait.

Tandja dissout la Cour constitutionnelle

On se rappelle qu'en 1996, c'est dans les mêmes circonstances, mutatis mutandi, qu'est intervenu le coup de force qui a porté le défunt capitaine Ibrahim Baré Maïnassara au pouvoir.

La crainte du syndrome Zélaya aura-t-elle raison de l'obstination du colonel-président ? Il faut craindre que non. Car on voit mal l'homme fort de Niamey, après avoir, tour à tour, dissous l'Assemblée nationale, hostile à son projet, méprisé les avis de la Cour constitutionnelle et instauré un Etat d'urgence de fait, s'arrêter en si bon chemin.

A moins qu'un de ses anciens frères d'armes ne quitte les rangs pour mettre fin à l'aventure présente.

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