Sud Quotidien (Dakar)

Sénégal: Casamance : Quels sont les obstacles à la paix définitive ?

Malick Cissé

30 Juin 2009


billet

Après la crise politique de 1962, un grand homme politique a gouverné notre pays jusqu'en 1981. Mais, il a quitté le pouvoir sans avoir résolu la question casamançaise. En 1982, les évènements survenus à la Gouvernance de Ziguinchor sont allés très vite d'où l'immédiateté de la demande sécuritaire des responsables politiques nationaux de l'époque pour faire face à une menace sur notre intégrité territoriale.

Les esprits se sont échauffés et des affrontements fratricides ont opposé, pendant plusieurs années, l'Armée nationale et les Forces du Mouvement des Forces démocratique de la Casamance (MFDC).

Avec l'avènement de l'alternance politique en 2000, un immense vent d'espoir a fait croire à la résolution rapide du conflit en cent jours. Mais la multitude d'intervenants a exacerbé le problème. Pire, l'utilisation de l'argent a soulevé des conflits d'intérêt préjudiciables à la paix.

Ces derniers jours, des braquages puis des attaques à main armée contre des civiles et militaires ont conduit à la prise de mesures de restrictions des libertés publique par l'autorité administrative.

C'est un bon début dans la reprise en main du dossier par les autorités politiques. Toutefois, elle n'est pas encore suivi de mesures d'accompagnement politiques pour régler cette situation de ni paix et ni guerre qui prévaut dans le sud du pays.

C'est pourquoi, un internaute écrivait dans un forum sur Internet que « la Casamance est un panier à crabe où une main kaki a mis un couvercle de fonte ». Ce n'est pas un manque de considération envers les populations casamançaises mais c'est dit ironiquement pour faire changer cette ordre pré-établi dans l'indifférence totale.

De nos jours, l'urgence est donc de trouver une personne ressource apte à décliner une feuille de route consensuelle entre l'Etat du Sénégal et tout le MFDC (intérieur et extérieur) pour le retour de la paix définitive.

Notre contribution d'aujourd'hui a pour objet d'aider les autorités à franchir les obstacles au processus de paix. Dans un premier temps, nous aborderons le rôle de la presse dans la compréhension du conflit casamançais.

Ensuite, nous essayerons de démontrer l'incompétence des forces de sécurité et de défense à résoudre ce problème politique. Enfin, nous verrons comment le manque de stratégie dans le pilotage du dossier casamançais peut être un frein au processus de paix définitive en Casamance.

Quel rôle peut jouer la presse dans le processus de paix en Casamance ?

Des origines jusqu'à nos jours, les déploiements des troupes ont toujours impressionnés les populations locales. Aussi, l'histoire de la presse révèle qu'à partir du 13ème siècle, les écrits à la main (manuscrits) se multiplient en Europe, dans des villes actives comme Venise, Lyon et Frankfort. On y notait souvent des campagnes miliaires, des histoires de diables et de sorcier, comme dans la presse sénégalaise.

Ces documents circulaient pour mettre en évidence le sensationnel qui dominait la production de la presse jusqu'au 16 siècle. Ainsi, « Les Canards » apparurent pour faire le récit d'événements extraordinaires (batailles, crimes, catastrophes, mais aussi phénomènes célestes, faits surnaturels et sorcellerie).

C'est l'âge d'or de la presse (1820-1860) car les informations sont datées et signées. Le vrai journal sera publié par de vrais libraires, Jean martin et Louis Vendômes, le 16 janvier 1631. C'est au 17ème siècle que le monde va enregistrer la naissance de la presse moderne avec les progrès de l'imprimerie et des moyens de communication.

En France, la presse s'est particulièrement intéressée aux affaires militaires, notamment les campagnes napoléoniennes et la conquête de nouveaux territoires en Afrique. En 1894, elle a pu percer le mystère de la « Grande Muette » dans l'affaire du capitaine Alfred Dreyfus.

Cette histoire a défrayé la chronique lorsque les juges du Conseil de guerre ont condamné cet officier à la déportation à vie dans une enceinte fortifiée. Si rien n'était fait par la presse de l'époque, il aurait pu mourir dans l'anonymat le plus complet.

En effet, le 16 novembre 1897, les journaux ont publié une lettre de son frère dénonçant les auteurs du complot militaire. Ensuite des intellectuels publièrent dans Le Figaro un texte se terminant par la célèbre phrase : « La vérité est en marche, et rien ne l'arrêtera ».

Puis, le 13 janvier 1898, Emile Zola mit les pieds dans le plat en publiant dans le journal L'Aurore « J'accuse... ! », un article rédigé sous forme d'une lettre ouverte au Président de la République Félix Faure. Zola y attaquait nommément les généraux, les officiers responsables de l'erreur judiciaire ayant entraîné le procès et la condamnation, les experts en écritures coupables de « rapports mensongers et frauduleux ». Ainsi, le 30 août 1998, le colonel Henry avoua son faux au ministre de la guerre, Cavaignac.

Le même jour, le général de Boisdeffre (son protecteur) donnait sa démission. De 1899 à 1906, la procédure de réhabilitation de Dreyfus est enclenchée. Le 19 septembre 1899, Dreyfus est gracié par le Président de la République, Emile Loubet. Finalement, en juillet 1906, la Cour de cassation annule le jugement du Conseil de guerre de Rennes, et réhabilite Alfred Dreyfus dans ses droits.

Cet exemple montre que la presse ne doit pas être muselée dans le traitement de l'information relative à la rébellion casamançaise. Elle n'a pas le droit, non plus, de dire n'importe quoi pour se vendre.

Aujourd'hui, l'accès à l'information est devenu un droit pour tous les citoyens. C'est pourquoi, l'ancien Premier ministre Habib Thiam disait que « Le Sénégal est un pays de démocratie et d'État de droit, respectueux des libertés individuelles et collectives. Il l'a prouvé et le prouve encore, en toutes occasions.

Cependant, le Sénégal est un pays de mesure où chacun sait que liberté n'est pas licence. C'est pourquoi, il nous faut impérativement trouver un équilibre entre deux exigences : celle des citoyens qui veulent en savoir toujours plus et celle du Gouvernement, soucieux d'assurer, dans l'ordre et la concorde des cà "urs et des esprits, le développement intégral de tout l'Homme, de tous les hommes ».

Ainsi, l'ancien régime socialiste a posé les premiers jalons du droit à l'information. Il revient au régime actuel de pérenniser cette oeuvre en communiquer à la presse les actions administratives entreprises pour répondre aux besoins des administrés, notamment celles liées à la résolution du conflit casamançais. Pourquoi les forces de sécurité et de défense sont-elles incompétentes face à la question casamançaise ?

La Casamance a toujours été marquée par une « insécurité résiduelle » liées à des facteurs endogènes et exogènes que nous développerons à la demande des autorités.

A titre d'exemple, au cours de l'année 1859, les produits importés en Casamance étaient essentiellement des aliments, des tissus et des armes à feu. Nos études ont révélé un commerce d'arme de différentes catégories, avec 7 tonnes de poudre, 50 caisses contenant en tout 1080 armes et 7 caisses de sabres.

Ces statistiques démontrent que les populations n'étaient pas simplement armées de « flèches et de sagaies » comme le laissent penser certaines personnes. Un tel arsenal militaire permet de mieux comprendre le comportement belliqueux d'une frange de la population casamançaise.

Depuis l'indépendance de notre pays, cette même frange de la population casamançaise vit un sentiment d'exclusion qui a réveillé un sentiment nationaliste préjudiciable à la construction de la Nation sénégalaise.

Ce phénomène social est expliqué par Alex Mucchielini, professeur à l'Université Paul-Valéry de Montpellier, dans son ouvrage intitulé « L'identité » et publié par les Presses Universitaires de France (PUF).

En effet, il soutient que « ...les acteurs sociaux...ont une affectivité liée à un ressenti en situation, une certaine conscience d'eux-même et des phénomènes qui se déroulent autour d'eux, une certaine réflexion plus ou moins rationnelle.

Ils ont aussi des enjeux existentiels et donc des projets et des visées, ils ont enfin une certaine capacité propre d'action liée à cette propriété humaine que l'on appelle la volonté.... que l'absence ou le dysfonctionnement d'une des propriétés différentielles des acteurs sociaux .... nous renvoient à un trouble de l'identité ».

Cette analyse est pertinente dans la mesure où elle nous donne une explication scientifique et rationnelle des causes du conflit casamançais. En outre, elle démontre que « la question casamançaise » n'est pas du ressort des forces de sécurité et de défense.

Pour le comprendre, il faut se référer à « l'affaire de Kédougou »qui prenait les contours du début du conflit casamançais, avec ses multiples arrestations. Heureusement, le Chef de l'Etat est intervenu à temps pour désamorcer cette bombe à retardement.

Dans le contexte des années 1980, un consensus aurait donc pu être trouver spontanément sur la nécessité de privilégier une réponse sociale et préventive à ce phénomène d'ordre sociologique par l'action combinée des autorités locales, de spécialistes et d'experts.

Au contraire, le dossier a été confié aux forces de sécurité et de défense qui ont verrouillé le dispositif. Dès lors, le sujet devient « tabou » (« Affaire d'Etat » ou Affaire concernant la Défense nationale ») pour camoufler une « logique de répression » - même si le mot semble proscrit du vocabulaire politique de l'époque - afin d'« étouffer l'affaire dans l'oeuf ».

Elle se déclinait ainsi en interventions policières, poursuites judiciaires, emprisonnement de sénégalais sympathisants ou supposés être membres du MFDC. La résultante est la naissance de la branche armée ATIKA qui sème la désolation partout en Casamance pour retrouver cette « volonté » ou cette « capacité propre d'action » retirée par les autorités.

Force est de reconnaître qu'au delà des statistiques produites et la promotion de certaines autorités militaires requises par les autorités civiles pour faire face à la situation, toutes ces actions n'ont pas forcément produit, à ce jour, et au profit de la Nation sénégalaise dans son ensemble, les résultats escomptés en termes de sécurité globale, de mieux être et de cohésion sociale pour le pays : ce problème politique est resté en l'état.

Qu'est qui explique le manque de stratégie dans le pilotage du dossier casamançais ?

Après les accords de paix de 2004, la région naturelle de la Casamance est devenue une vaste laboratoire où s'activent des chercheurs qui utilisent toujours les mêmes procédés pour arriver toujours aux même résultats.

Pire des alchimistes sont rentrés par effraction dans ce laboratoire expérimental pour créer des monstres à plusieurs têtes, à force de manipuler le corps social. Dès lors, le sud du pays est revenu à une situation pire qu'au début du conflit.

A présent, il urge de changer de stratégie et de méthode dans la résolution de la question casamançaise. Autrement dit, il faut connaître la Casamance pour régler la crise qui l'affecte.

Pour étayer notre argumentaire, nous faisons référence à un concept de la philosophie allemande : Weltanschauung. De l'Allemand « Welt », le monde, et « Anschauung », l'idée, la vue, l'opinion, la représentation.

Ce concept désigne la conception du monde de chacun selon sa sensibilité particulière. Concernant la Casamance, elle a une Weltanschauung particulière par rapport au reste du Sénégal.

Par conséquent, il faut non pas la juger à travers les valeurs sociétales des Wolofs ou autres mais à travers les canaux faisant sa spécificité par rapport au reste du pays : c'est l'exception culturelle sénégalaise qui nécessite des mesures politiques conservatoires et particulières.

Enfin, l'insécurité en Casamance n'est pas un phénomène en soi, isolé du fonctionnement globale de la société sénégalaise, mais plutôt une des manifestations significatives de ce qu'il est convenu d'appeler le « malaise social ».

De sorte que sa résorption, loin de reposer uniquement sur des prescriptions coercitives, suppose une action permanente et énergétique, globale et plurielle sur les multiples facteurs de précarisation, au rang desquels figure, bien évidemment le « sentiment d'exclusion » sociale. Et ce registre est l'affaire des hommes politiques qui ont la redoutable mission de conduire les affaires de la cité, avec courage et lucidité.

Au terme de dix années d'étude sur la question, nous restons à la disposition des autorités civiles et militaires pour apporter notre concours à l'Etat et du MFDC pour la mise en oeuvre du processus de paix définitive.

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