Malick Cissé
30 Juin 2009
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A titre d'exemple, au cours de l'année 1859, les produits importés en Casamance étaient essentiellement des aliments, des tissus et des armes à feu. Nos études ont révélé un commerce d'arme de différentes catégories, avec 7 tonnes de poudre, 50 caisses contenant en tout 1080 armes et 7 caisses de sabres.
Ces statistiques démontrent que les populations n'étaient pas simplement armées de « flèches et de sagaies » comme le laissent penser certaines personnes. Un tel arsenal militaire permet de mieux comprendre le comportement belliqueux d'une frange de la population casamançaise.
Depuis l'indépendance de notre pays, cette même frange de la population casamançaise vit un sentiment d'exclusion qui a réveillé un sentiment nationaliste préjudiciable à la construction de la Nation sénégalaise.
Ce phénomène social est expliqué par Alex Mucchielini, professeur à l'Université Paul-Valéry de Montpellier, dans son ouvrage intitulé « L'identité » et publié par les Presses Universitaires de France (PUF).
En effet, il soutient que « ...les acteurs sociaux...ont une affectivité liée à un ressenti en situation, une certaine conscience d'eux-même et des phénomènes qui se déroulent autour d'eux, une certaine réflexion plus ou moins rationnelle.
Ils ont aussi des enjeux existentiels et donc des projets et des visées, ils ont enfin une certaine capacité propre d'action liée à cette propriété humaine que l'on appelle la volonté.... que l'absence ou le dysfonctionnement d'une des propriétés différentielles des acteurs sociaux .... nous renvoient à un trouble de l'identité ».
Cette analyse est pertinente dans la mesure où elle nous donne une explication scientifique et rationnelle des causes du conflit casamançais. En outre, elle démontre que « la question casamançaise » n'est pas du ressort des forces de sécurité et de défense.
Pour le comprendre, il faut se référer à « l'affaire de Kédougou »qui prenait les contours du début du conflit casamançais, avec ses multiples arrestations. Heureusement, le Chef de l'Etat est intervenu à temps pour désamorcer cette bombe à retardement.
Dans le contexte des années 1980, un consensus aurait donc pu être trouver spontanément sur la nécessité de privilégier une réponse sociale et préventive à ce phénomène d'ordre sociologique par l'action combinée des autorités locales, de spécialistes et d'experts.
Au contraire, le dossier a été confié aux forces de sécurité et de défense qui ont verrouillé le dispositif. Dès lors, le sujet devient « tabou » (« Affaire d'Etat » ou Affaire concernant la Défense nationale ») pour camoufler une « logique de répression » - même si le mot semble proscrit du vocabulaire politique de l'époque - afin d'« étouffer l'affaire dans l'oeuf ».
Elle se déclinait ainsi en interventions policières, poursuites judiciaires, emprisonnement de sénégalais sympathisants ou supposés être membres du MFDC. La résultante est la naissance de la branche armée ATIKA qui sème la désolation partout en Casamance pour retrouver cette « volonté » ou cette « capacité propre d'action » retirée par les autorités.
Force est de reconnaître qu'au delà des statistiques produites et la promotion de certaines autorités militaires requises par les autorités civiles pour faire face à la situation, toutes ces actions n'ont pas forcément produit, à ce jour, et au profit de la Nation sénégalaise dans son ensemble, les résultats escomptés en termes de sécurité globale, de mieux être et de cohésion sociale pour le pays : ce problème politique est resté en l'état.
Qu'est qui explique le manque de stratégie dans le pilotage du dossier casamançais ?
Après les accords de paix de 2004, la région naturelle de la Casamance est devenue une vaste laboratoire où s'activent des chercheurs qui utilisent toujours les mêmes procédés pour arriver toujours aux même résultats.
Pire des alchimistes sont rentrés par effraction dans ce laboratoire expérimental pour créer des monstres à plusieurs têtes, à force de manipuler le corps social. Dès lors, le sud du pays est revenu à une situation pire qu'au début du conflit.
A présent, il urge de changer de stratégie et de méthode dans la résolution de la question casamançaise. Autrement dit, il faut connaître la Casamance pour régler la crise qui l'affecte.
Pour étayer notre argumentaire, nous faisons référence à un concept de la philosophie allemande : Weltanschauung. De l'Allemand « Welt », le monde, et « Anschauung », l'idée, la vue, l'opinion, la représentation.
Ce concept désigne la conception du monde de chacun selon sa sensibilité particulière. Concernant la Casamance, elle a une Weltanschauung particulière par rapport au reste du Sénégal.
Par conséquent, il faut non pas la juger à travers les valeurs sociétales des Wolofs ou autres mais à travers les canaux faisant sa spécificité par rapport au reste du pays : c'est l'exception culturelle sénégalaise qui nécessite des mesures politiques conservatoires et particulières.
Enfin, l'insécurité en Casamance n'est pas un phénomène en soi, isolé du fonctionnement globale de la société sénégalaise, mais plutôt une des manifestations significatives de ce qu'il est convenu d'appeler le « malaise social ».
De sorte que sa résorption, loin de reposer uniquement sur des prescriptions coercitives, suppose une action permanente et énergétique, globale et plurielle sur les multiples facteurs de précarisation, au rang desquels figure, bien évidemment le « sentiment d'exclusion » sociale. Et ce registre est l'affaire des hommes politiques qui ont la redoutable mission de conduire les affaires de la cité, avec courage et lucidité.
Au terme de dix années d'étude sur la question, nous restons à la disposition des autorités civiles et militaires pour apporter notre concours à l'Etat et du MFDC pour la mise en oeuvre du processus de paix définitive.
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