Omar Khay
30 Juin 2009
Tentative violente d'expulsion d'un émigré sénégalais en Espagne.
Le titre barre la une de plusieurs quotidiens ces temps-ci. Voilà un magnifique exemple d'indignation sélective et de vidéocratie. Indignation sélective parce que nos journalistes choisissent les sujets 'vendables', ceux qui pourront indigner le maximum de 'bons Sénégalais'. On est en pleine manipulation des affects. Il s'installe une unanimité qui fait que l'on ne se pose pas quelques questions qui me semblent intéressantes :
1 - Est-ce la police espagnole qui est babare ? Certains disent la plus barbare des polices sur des forums. Mais messieurs, demandez à ceux qui ont croisé le chemin du Gmi sénégalais lors de manifestations (de plus en plus interdites d'ailleurs !)Ils vous diront comment nos policiers sont tendres avec ceux qui scandent des slogans hostiles à nos dirigeants. J'ai regardé la vidéo. Les policiers ligotent notre compatriote, mais leur objectif demeure l'expulsion de cette personne en situation irrégulière...
2 - Demandons-nous ce que nous voulons exactement : que l'Espagne régularise tous les sans-papiers? Si oui, sommes nous prêts à faire pareil au Sénégal ? (car oui, il y a des sans-papiers arrêtés et jugés au Sénégal aussi !). N'oublions pas que nous avons la tendre habitude de dire que les 'niaks' et les 'toubabs' sont les propagateurs du vice (alcool, arnaque sur Internet, débauche...). Nous parvenons systématiquement à leur coller sur le dos tout ce qui va de travers dans notre société. En quoi sommes-nous différents de Berlusconi qui pense résoudre le chômage croissant en traquant les sans-papiers ?
Cette expulsion manquée est aussi un magnifique exemple de notre société vidéocrate. Car au fond, les policiers espagnols ne sont pas plus violents que les nôtres (demandez à Boubacar Kambel Dieng, Karamokho Thioune ou Ousmane Mangane, ils vous le confirmeront !). Le crime des expulseurs 'toubab ' : avoir été filmés ! Autrement dit, ce qui nous indigne, c'est ce que nous voyons ; si nous ne le voyons pas, ce n'est pas grave. On peut donc utiliser l'électricité pour torturer et extorquer des aveux à Dakar, c'est normal et lorsque c'est publié, ça 'passe' dans la plus grande indifférence (Cf note 1 en bas de page). Il faut sans doute être un émigré pour mériter qu'on se mobilise (allez donc dire après aux jeunes qu'un émigré n'est pas important !).
Demandez aux journalistes habitués d'audiences et aux officiels que signifie 'charger' un prévenu au Sénégal, ils vous diront que nos braves fils et frères en uniforme ne disent pas juste aux captifs : 'S'il te plaît, signe ces aveux'. Nos hommes en treillis frappent et usent de la torture ici au Sénégal ! Nos flics torturent parfois des innocents juste parce qu'ils sont issus de la banlieue... Souvenez-vous, dans l'affaire Ino et Alex, les mots des détenus relayés dans la presse, ils ont été torturés sur les plages avec de sacs de sable sur le torse. Dans cette même affaire Ino et Alex, combien de personnes ont vu leur vie brisée juste parce qu'un des prévenus torturés a donné un nom, le nom d'un innocent, pour arrêter de souffrir ? Des faits de ce type remplissent les colonnes des journaux.
Il est donc admis de torturer, tant que 'ça' ne se voit pas, mais interdit de le faire lorsqu'on est vu ? Quelle sanction a été donnée au policier qui a tué Sina Sidibé à Kédougou ? (Cf note 2 en bas de page). Demandons-nous comment nos autorités ont puni ce meurtre d'un jeune sans défense et nous saurons comment une personne en situation irrégulière et accusée de larcins doit être expulsée.
Reparlons de la vidéo pour poser une autre question : Que s'est-il passé avant que la personne à expulser soit ainsi attachée ? J'aimerais voir publiée sur la vidéo l'intégralité de la scène pour pouvoir juger. Car l'expulsé a peut-être déclenché cette attitude par ses mots et ses gestes...
Mon but n'est pas de dire qu'il est normal de ligoter une personne comme un saucisson pour l'expulser. J'aimerais juste que ceux qui disaient par exemple qu'on a le droit de tuer des homosexuels au Sénégal parce que c'est une 'attaque contre l'Islam' et 'qu'on est chez nous', que les Droits de l'homme ont un aspect culturel, etc., j'aimerais disais-je que ceux qui l'ont dit comprennent juste que l'Espagne... n'est pas chez nous. Pourquoi utilisons-nous les termes 'souveraineté nationale' seulement lorsqu'ils sont à notre avantage ? Pourquoi voulons-nous interdire aux autres (pays) de faire la loi chez nous, mais nous aimerions faire la loi chez eux ? Je n'ai pas de réponse, j'aimerais juste qu'on s'interroge plus et qu'on se dise que peut-être, nous n'avons pas toujours raison !
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