Le Messager (Douala)

Mozambique: Le casse-tête du protocole de Maputo et la guerre de leadership au sein de l'église catholique du Cameroun

Richard Keuko

30 Juin 2009


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Le premier, qui peut être qualifié d'orthodoxe en référence à une terminologie consacrée par l'Eglise elle-même, se contente de son rôle de gardien des valeurs morales chrétiennes et, lorsqu'il le juge important, émet un avis afin d'attirer l'attention des pouvoirs publics sur tel ou tel danger qui menacerait la vie des citoyens.

Ce qui le caractérise, c'est qu'en accord avec le principe de la séparation de l'Eglise et l'Etat, il se tient à l'écart et ne fait de politique, ne prend pas partie pour l'un ou l'autre des combattants dans l'arène politique.

Le second ne fait pas mystère de sa volonté de voir le régime actuel débouté des affaires, et s'active ouvertement à précipiter sa chute qu'elle espère vivement à l'horizon 2011.

Ce courant, qui pratique la théologie de la libération, rendue célèbre par les missionnaires combattant les dictatures d'Amérique latine dans les années cinquante, aurait pour leader apparent le cardinal archevêque de Douala.

Engagé corps et âme dans le combat politique, il considère qu'il n'y a pas encore de démocratie au Cameroun ne rate pas une occasion d'enfoncer le clou de la rupture, faisant feu de tout bois pour amplifier les difficultés auxquels est confronté le pouvoir de Paul Biya, dans l'espoir de détourner de celui-ci le maximum de Camerounais.

A l'exemple des archevêques Helder Câmara et Oscar Roméro, théoriciens la théologie de la libération, le leader de ce courant avoue ouvertement faire de la politique et se comporte en dirigeant de partie politique, prend fait et cause pour tel ou tel mouvement politique qu'il soutient et surtout, recrute des fidèles qu'il transforme en militants.

On se croirait revenu à l'époque du christianisme ancien, en cette année 178 où le platonicien Celse accuse les chrétiens de Rome de former une association politique illégale.

Aujourd'hui, l'Eglise catholique à Douala a choisi de franchir le rubicond en organisant une marche de protestation. C'est un pas d'une exceptionnelle gravité, dont il faut analyser toutes les conséquences.

L'Eglise de Douala est-elle entrain de devenir un mouvement politique ou syndical pour, non pas soutenir des marches ou des actions de contestation menées par des partis politiques, des syndicats ou la société civile, ce qui resterait dans son rôle, mais initier elle-même des marches, forme de protestation éminemment politique ou syndicale reconnue par la démocratie ? Et si la marche ne suffisait pas, va-t-elle ensuite appeler à la grève de la soutane ?

Dans un Etat laïc, où toutes les formes de pensée religieuse doivent être traitées sur un même pied d'égalité, je crois sincèrement qu'il y a là un véritable danger pour la démocratie.

La confusion de genre qui ne va pas manquer de s'installer entre ce qui est du domaine de la revendication politique et ce qui ne l'est pas, entraînera à très courte échéance un rétablissement de la fusion entre le religieux et le politique, prélude irréversible à l'instauration d'un régime théocratique. Que Dieu nous en préserve.

Et même si tel est le désir caché de certains, quid des autres confessions religieuses du Cameroun ? Est-il normal d'accorder la prédominance à l'une d'elles ? Et sur quels critères, quantitatifs ou qualitatifs ?

Je n'ose même pas y penser. Il serait mille fois souhaitable que notre pays conserve jalousement l'équilibre actuel qui semble nous avoir réussi depuis de nombreuses années.

Chrétiens, musulmans, animistes et toutes les autres confessions reconnues traitées sur un même pied d'égalité est la garantie d'une Nation qui ne sera pas de si tôt confrontée à une sanglante guerre des religions.

Ce que je comprends le moins, c'est l'instrumentalisation que cherche à faire certains dirigeants de l'Eglise, notamment ceux de Douala, en embauchant contre leur gré leurs fidèles dans un bataille qui ne les regarde pas. Pourquoi faut-il que j'aille manifester dans la rue pour consacrer l'autorité du cardinal sur l'ensemble de l'Eglise au Cameroun ?

Même si je dois obéir à un mot d'ordre, ne serait-il pas préférable que celui-ci émane de la voix autorisée pour indiquer la position de l'Eglise catholique du Cameroun, autrement dit de la Conférence épiscopale ? Peut-on être un bon catholique et ignorer la Conférence ?

Je comprends d'autant moins que le prétexte, à savoir la ratification par le Cameroun du Protocole de Maputo, ne concerne pas seulement les fidèles de Douala, mais l'ensemble des citoyens de la Nation. Sous d'autres cieux, la position de l'Eglise a été rendue publique par cette instance. La Conférence épiscopale du Congo s'est prononcée en 2007.

Pourquoi faut-il qu'au Cameroun nous soyons témoins d'une telle cacophonie sur une question aussi importante ? Le fait d'avoir un cardinal qui, hiérarchiquement est supérieur à un évêque dans l'organigramme de l'Eglise, devrait être une bénédiction pour notre pays, au lieu d'être la cause de cette querelle constante et désormais pénible à vivre par l'ensemble des fidèles, témoins involontaires d'un bicéphalisme ravageur à la tête de leur Eglise.

Ce que nous déplorons d'ailleurs tous et demandons avec insistance à nos pères de l'Eglise d'accorder leurs violons. Il n'est pas admissible qu'une telle situation vienne perturber la sérénité de l'Eglise catholique, dont vous êtes certes les gardiens, mais pas les propriétaires.

Il serait souhaitable que, comme par le passé, vous rappeliez la parole du Christ qui a toujours été au service de l'humanité, et pour laquelle il n'a pas hésité à sacrifier sa vie.

Dans le couple que forme le pasteur et ses brebis, c'est le premier qui est au service du second, et non l'inverse. Cela exclut toute tentative de caporalisation ou d'instrumentalisation du troupeau à des fins non avouées.

Le combat pour la vie est un combat noble, mais l'avortement médicalisé et réservé à certaines circonstances exceptionnelles ne l'est pas moins. Une vie en vaut une autre, et celle de la mère qui court le danger de mourir à cause du foetus qu'elle porte en son sein est aussi importante.

Pour bien comprendre, chaque chrétien doit s'imposer l'exercice suivant, qui consiste à se mettre une fois dans sa vie à la place d'un chirurgien obligé de sacrifier la mère ou le foetus.

Il peut mettre un terme à la vie du foetus et la mère aura la vie sauve, ou laisser mourir la mère et récupérer le foetus. Lorsque vous aurez fait votre choix, demandez à votre voisin le sien. C'est le même dilemme qui apparaît lorsqu'il faut sauver l'un des siamois qui sont nés avec un seul organe vital pour deux.

Sur le plan éthique, le moment où commence la vie a son importance. La vieille querelle entre Irénée et les gnostiques est à nouveau à l'ordre du jour. Si le corps est fait partie intégrante de la nature humaine, il est en état d'être immortel. Nul n'a donc le droit de le supprimer.

Beaucoup de temps et de discussion est actuellement consacré à la question, et ce n'est pas toujours ceux qui ne croient pas en Dieu qui défendent la thèse selon laquelle il est possible de situer le début de la vie un peu plus loin que lors de la fécondation de l'ovule.

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