Richard Keuko
30 Juin 2009
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En ce qui me concerne, je pense que ce qui compte, c'est l'intention que l'on trouve derrière la position des uns et des autres. Tout acte posé dans l'amour (ou pour le bien) de son prochain est un acte béni de Dieu. Augustin d'Hippone enseigne : tout bien est Dieu ou procède de Dieu.
Qu'ils me pardonnent Barnabé, Athénagore, Tertullien, Clément d'Alexandrie, Basile et tous les autres. Qu'il me pardonne Augustin d'Hippone, le bon saint que j'admire tant. Je n'éprouverais point de culpabilité si par amour de mon épouse en danger de mort je devais consentir le sacrifice d'un foetus de quelques semaines.
Je n'en éprouverais pas non plus devant l'enfant d'à peine neuf ans que l'on emmène au bloc opératoire pour la débarrasser du produit d'un viol perpétrer par son beau-père. Je n'en éprouverais pas parce que je ne me résous pas à admettre qu'un tel acte eut pu recevoir la bénédiction divine.
Pour moi, il s'agit d'une oeuvre de Satan, et ce qui en découle ne mérite que le sort que Dieu réserva à Sodome et Gomorrhe, ou à la terre entière qui l'avait offensé à l'exception de Noé.
Mais je n'en éprouve pas non plus pour une autre raison, celle-là téologale : je ne peux mettre sur un même pied d'égalité deux corps dont l'un a reçu la consécration et l'autre pas.
Et je me console, en disant qu'aucun des pères de l'Eglise que je viens de citer n'a traité de l'avortement en tant qu'alternative médicale. Ce que Saint Augustin condamne, c'est la luxure de certaines femmes qui préfèrent anéantir leur progéniture avant qu'elle ne soit née (De nuptiis et concupiscenia I, 15, 17). C'est donc de l'avortement sans nécessité qu'il s'agit.
En accord avec ce père de l'Eglise, le protocole de Maputo ne recommande pas cette forme d'avortement. Les canons de Basile sont terribles pour les mariages incestueux et condamnent à la même peine que l'homicide les relations coupables entre frère et soeur : mais que fait-on de l'enfant qui en serait conçu? Basile n'en dit mot.
Je suis convaincu qu'Augustin, Basile, Tertullien et les autres auraient été moins intransigeants au sujet de l'avortement s'ils avaient vécu aujourd'hui, et que les cas exceptionnels que nous vivons leur avaient été présentés.
Pouvait-on en leur temps imaginer que le viol systématique devienne une arme de guerre que les Maï-maï emploient de manière préméditée en vue de mettre un terme à l'existence d'une tribu concurrente?
Etre un bon chrétien, c'est aussi chercher à comprendre quelle réponse le Christ aurait donné à une situation qui se pose à nous aujourd'hui. Crede ut intellegas, intellege ut credas, disait St Augustin, créateur de la philosophie chrétienne.
C'est pourquoi je crois que je reste un bon chrétien, même si je dois opérer des choix difficiles devant des situations exceptionnelles, parmi lesquelles celles qui ont été expressément formulées dans le cadre du Protocole de Maputo.
Car il n'y est pas question de reconnaître ou d'autoriser l'avortement libre, mais au contraire de ne l'admettre que dans des cas très limités qui sont cités à l'alinéa 2 de l'article 14 : agression sexuelle, viol, inceste et lorsque la grossesse met en danger la santé physique et mentale de la mère ou la vie de la mère ou du foetus.
Admettons qu'il s'agit quand même d'un encadrement suffisamment protecteur pour éviter toutes sortes d'abus. Mais surtout, reconnaissons que cette loi nous met à l'abri d'une loi Veil, qui nous serait certainement tombée dessus un de ces quatre matins, sans que nous ayons à disposition la bonne parade pour justifier notre refus d'adopter l'avortement libre.
La réflexion qui nous aurait été faite est la suivante : en démocratie, interdire l'avortement comme votre loi le fait porte atteinte aux droits de la Femme, il faut évoluer. Nos femmes auraient acquiescé, parce qu'aucune femme au monde ne souhaite être la victime d'un viol. Et encore moins garder, si jamais cela arrivait, la preuve indélébile de ce forfait.
Et comme elles vont être de plus en plus nombreuses dans les institutions publiques, elles auraient tout fait pour que la loi en question soit modifiée. Quelle garantie avons-nous que si ce scénario devait arriver demain, qu'elles ne choisiront pas, sur le coup de l'émotion ou par pression majoritaire et contagieuse, d'aller jusqu'à la liberté totale de l'avortement ?
Sans le Protocole de Maputo, j'affirme que nous aurions eu beaucoup de mal à résister à la déferlante libérale qui nous pousse à procéder à d'importants changements culturels, notamment en ce qui concerne nos moeurs. Je peux même prédire qu'il aurait fallu moins d'une dizaine d'années pour que nous passions de l'interdiction totale de l'avortement à la liberté totale de l'avortement.
Nous aurions à coup sûr enfourché dans un proche avenir le train de l'avortement libre, présenté comme l'une des mesures du niveau de démocratie. Aujourd'hui, nous avons un dispositif efficace en matière d'interruption volontaire de grossesse. Le Protocole de Maputo et son tarif minimal nous fournit un prétexte pour dire non à l'avortement libre.
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