Yacine Cisse Et A. R. Mbengue
30 Juin 2009
Il y a 35 ans, Michael Jackson est venu à Dakar, en compagnie de ses cinq frères et de leur père. Il n'était pas encore le légendaire 'Roi de la pop' que les innombrables fans pleurent depuis sa disparition, jeudi; mais à seulement 15 ans, il affichait une aura certaine et une présence scénique prometteuse. Nous avons retrouvé, grâce au service de documentation du Cesti, les archives du quotidien national Le Soleil relatant les prestations des Jackson Five à Dakar.
'Les Jackson Five à Dakar ce matin', annonce, en gros caractères, un papier en page deux du Soleil. C'est dans son édition datée du 30 janvier 1974. La visite de Michael Jackson et frères a été suivie de très près par le quotidien national, seule partition quotidienne à l'époque. Leur venue était d'ailleurs très attendue par les Dakarois. Le papier déjà cité donne déjà une idée de ce qu'allait vivre la capitale sénégalaise. 'Voilà donc que le rêve d'il y a quelques jours se muant en une merveilleuse réalité, les mélomanes dakarois vont voir ce groupe musical qui a su recueillir toutes les faveurs de la presse américaine spécialisé', note Malal Ndiaye, le reporter du Soleil préposé à la couverture de l'évènement. Il n'a pas tort en parlant de rêve qui se réalise. La légende des Jackson prenait forme. Signe des temps : leur dernier disque, Get it together, s'était vendu à plus d'un million d'exemplaires.
Les Jackson Five (ils étaient six, en réalité) sont venus à Dakar grâce à l'entregent d'un producteur musical sénégalais vivant aux Etats-Unis, feu Johnny Secka. Officiellement leur visite entrait dans le cadre de la 'saison touristique du Sénégal'. Michael et Cie ont donné trois concerts. Tous à Dakar. Le vendredi 1er février 1974 au stadium Demba Diop ; les samedi et dimanche suivants au Théâtre national Daniel Sorano. Les prestations ont été de factures différentes.
Premier concert des Jackson Five à Dakar
Nous n'avons pu retrouver dans les archives, une relation détaillée du premier concert des Jackson Five à Dakar, donné au stadium Demba Diop (actuel Marius Ndiaye, contrairement à James Brown, qui avait rempli, deux ans plus tôt, en 1972, le stade de football) ; mais il semble que ce premier contact avec le public dakarois ait été un 'vrai succès'. Alors jeune mélomane, Djibril Gaby Gaye avait assisté à ce concert. Il se souvient qu'à '19 heures déjà, le stade avait été pris d'assaut par un nombreux public'. L'ancien animateur musical à la Rts avait été déjà frappé par 'la présence scénique d'un certain Michael Jackson', alors âgé seulement de 15 ans. 'Il était euphorique, il chantait et faisait en même temps le spectacle, c'était pas courant à l'époque chez les musiciens', évoque Gaby Gaye, qui conserve encore dans sa riche phonothèque de vieux 33 et 45 tours (ancêtre du Cd) des Jackson Five. 'Après le concert, je suis allé féliciter le papa, Joe Jackson, pour la qualité du spectacle', se souvient, non sans fierté, l'ancien animateur du Bon vieux ton.
On trouve trace du succès de ce premier concert de Michael Jackson et frères dans un article du Soleil relatant leur prestation du lendemain à Sorano, le samedi 2 février1974. Le papier note, en effet l'incident un incident fâcheux : En plein concert, le transformateur est tombé en panne, abrégeant du coup la deuxième sortie dakaroise du groupe américain. La cause : 'L'engin avait été mis à rude épreuve la vieille, au stadium Demba Diop', lit-on.
Du coup, la première soirée des Jackson Five à Sorano, leur deuxième à Dakar, a donc laissé le public sur sa faim. 'Le spectacle a duré 40 minutes', semble se désoler Le Soleil dans son édition du lundi 4 février 1974. Malgré ce couac, son reporter avait cependant été séduit par le futur auteur de Thriller et ses frangins. Au sortir de Sorano, il écrit ceci : 'Michael émerveille le public par son art consommé de la danse, et la chorégraphie du groupe soulève un délire général.'
Mais un délire limité, tempère aussitôt le journaliste. Il relève en effet qu'une 'rupture psychologique avait créée dès le départ, avec ce transformateur en panne'. S'il est agacé par le démarrage tardif de la soirée, les imperfections techniques, les apparitions trop fréquentes de Johnny Secka sur la scène, Malal Ndiaye est sans équivoque dans son appréciation des Jackson Five : 'Il faut reconnaître que ses six garçons sont simplement merveilleux !'.
Deuxième soirée à Sorano aux allures de rachat
'Si les Jackson Five avaient fait le pari d'effacer complètement le souvenir du show quelque peu raté de samedi, il faut reconnaître qu'ils y ont hautement réussi', annonce l'astre national après le concert de dimanche 3 février 1974 à Sorano, qui avait les allures d'un rachat après la fausse note de la veille. Aucune comparaison, en effet, entre les deux manifestations de samedi et de dimanche, indique le quotidien national, qui titre, catégorique, 'Les Jackson Five ont définitivement conquis les Sénégalais'. L'article qui suit est encore plus élogieux. 'C'est le même répertoire que les Jackson Five ( ) ont présenté, mais avec quelque chose d'indéfinissable en plus, avec un punch supplémentaire On sentait chez ces six garçons, comme une volonté de se 'défoncer', d'épater le public sénégalais une fois pour toutes, et de laisser, sur cette scène du théâtre national Daniel Sorano, la plus belle image. Ils y ont réussi', s'exclame le journaliste.
Si les six fils de Joe Jackson ont fait bonne impression à Dakar, les deux plus jeunes, Randy et Michael, ont littéralement fasciné le public. C'était, un dimanche, un soir de 3 février 1974, la capitale sénégalaise a alors pu vérifier de ses propes yeux tous les bons qualificatifs colportés par la critique anglo-saxonne sur la dynastie Jackson. Le reporter du Soleil traduit assez bien ce que furent les phénomènes 'Randy et Michael' à Dakar.
'On comprend mieux maintenant tous ces articles dithyrambiques de la presse américaine à propos des six phénomènes', note-t-il dans son journal daté du 5 février 1974. 'De fait, en parlant de phénomène, explique-t-il, je pense précisément au jeune Randy Jackson, le nouveau venu ; et je ne crois pas me tromper en affirmant que le public était venu pour Randy. On l'avait déjà vu vendredi au stadium Demba Diop ; on l'a revu samedi, au théâtre Daniel Sorano, mais dimanche, on l'autrement revu '
Michael Jackson, numéro un du groupe
Séduit par le cadet des Jackson (11 ans), le reporter du Soleil ne tarit pas d'éloges sur son compte. Il écrit dans la même édition : 'Randy Jackson est assurément la lumineuse illustration de cette vérité cornélienne qui veut que la valeur n'attende pas le nombre des années et des kilogrammes.'
Mais, incontestablement, la star, c'était assurément Michael Jackson. 'On peut dire, sans frustrer, les autres que ce garçon est le numéro un du groupe. Michael, c'est une symbiose harmonieuse de jeunesse (il a seize ans) et de maturité, de tendresse (quand il le faut) et de violence (quand il faut aussi) ; il a cette étonnante capacité de passer, sans transition, du langoureux à l'explosif Et je ne m'aventurerai pas à vous décrire ses jeux de jambes, de reins, ses 'glissades' J'ai vu James Brown plusieurs fois sur scène, il ne fait pas mieux, le 'Soul Brother number one', s'enthousiasme le reporter Malal Ndiaye.
Bien que charmé par Randy et Michael, l'auteur de l'article n'oublie pas de mentionner les autres frères Jackson, relégués presque au rang de figurants. Tellement était grande l'aura de leurs cadets ! Il y avait donc dans le groupe qui a fait sensation à Dakar: Toriano Jackson, dit 'Tito', soliste très effacé, présenté comme un exemple de 'tranquillité et de sobriété' ; Jermaine Lajuane Jakson, 'le plus jeune sex symbol des Etats-Unis' ; Marlon, farceur incorrigible, et l'aîné, Sigmund Esco Jackson, basketteur à ses heures perdues et grand amateur de voyages.
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