Fasozine (Ouagadougou)

Burkina Faso: Avec les prostituées mineures, il y a un espoir de reconversion»

Roger Niouga Sawadogo

30 Juin 2009


interview

Dans l'entretien qu'elle a accordé à Fasozine.com, Marie Paul Compaoré, directrice de l'action sociale et de l'éducation de la commune de Ouagadougou, parle de la contribution de son service à la lutte contre la prostitution. Pour elle, la pauvreté reste l'un des adjuvants de la prostitution dans la capitale burkinabè.

Quelle a été la contribution de votre service à la lutte contre la prostitution entamée par la commune de Ouagadougou?

C'était une préoccupation pour le conseil municipal de lutter pour la fermeture des «maisons closes». En tant que direction technique, nous avons procédé à une démarche scientifique en menant une petite étude sur la prostitution pour pouvoir appréhender le phénomène et développer des stratégies. La première étude a été menée en 2004. Parallèlement, nous avons trouvé que les chambres de passe étaient des facteurs favorisants. Notre commission a identifié, en son temps, près de 90 chambres de passe. Nous nous sommes dit qu'il va falloir mettre les dispositions légales de notre côté pour mieux mener notre lutte contre ces établissements-là. Dans nos recherches, nous avons constaté qu'au niveau du Code pénal, les articles 424, 425, 427, 428 et 429, ainsi que les articles 158, 22, 228 de la Réforme agraire et foncière (Raf) sont favorables à notre lutte. En son temps, nous avons suggéré qu'une commission soit mise en place pour bien combattre le phénomène.

Nous avons constaté qu'il y avait des filles mineures sur le terrain. C'est ainsi qu'en 2007, nous avons mené une petite étude sur la question. C'est le résultat de cette étude qui a été présentée au cours de la conférence de presse de ce matin. En réalité, c'est la direction technique qui a fait le travail sur le terrain et qui l'a soumis aux décideurs. Sur le terrain, nous avons identifié des mineures qui se prostituaient dans chaque maison close visitée. Il fallait tenir compte des textes pour ne pas être en porte-à-faux avec la loi. Nous avons pu avoir un échange de travail avec les Affaires juridiques du ministère de l'Action sociale et de la Solidarité nationale. Ils nous ont indiqué la procédure à suivre. Nous avons ensuite procédé à une sortie sur le terrain, conformément aux textes et aux lois en vigueur.

Envisagez-vous une procédure de reconversion pour les prostituées mineures?

Nous avions pris, dans chaque arrondissement de la ville, un échantillon de 40 prostituées. Et pour que cette étude soit opérationnelle, nous avons initié un projet pilote pour les mineures en situation de prostitution. L'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la santé (Unesco) a accepté de nous accompagner en 2007. Présentement, ces filles sont à leur deuxième année de formation. Cependant, nous avons été confrontés à des imprévus. Parmi ces filles, il y a en qui sont enceintes. Nous travaillons avec des psychologues, qui rencontrent individuellement les filles afin d'obtenir le récit de la vie de chacune d'elle et mieux appréhender leur univers.

Avec les mineurs, il y a un espoir de reconversion mais avec les professionnelles, c'est très difficile. Nous avons associé les professionnelles dans le cadre de la formation. Elles interviennent comme formatrices, par exemple dans la fabrication des savons. Elles ont des adolescentes, et n'aimeraient pas que celles-ci deviennent des prostituées. Nous récupérons certaines professionnelles pour qu'elles aident les plus jeunes à se reconvertir.

Votre étude a-t-elle relevé un lien entre les «chambres de passe» et la propagation du VIH/Sida?

Ce sont deux concepts qui vont de pair. Imaginez-vous une jeune fille qui n'a jamais palpé 500 F CFA, et qui se retrouve en face d'une personne qui brandit une telle somme: la tentation est grande. Il va de soi qu'elle peut aller jusqu'à accepter des relations sexuelles sans préservatif. Nos enquêtes ont révélé que l'activité s'impose à ces filles compte tenu de la situation de précarité. Aussi, hormis les rencontres individuelles avec elles, nous rencontrons également les familles.

A la question de savoir si les parents s'inquiètent du devenir de ces filles depuis qu'elles ne sont plus scolarisées, ceux-ci répondent que c'est la subsistance de la famille qui leur importe. Il faut avoir la garantie de pouvoir manger d'abord. Les autres besoins ne font pas partie de leurs préoccupations. La mère de l'une de ces prostituées nous a confié qu'elle ne pose pas de questions lorsque sa fille rapporte de l'argent à la maison. La question du sexe est taboue dans les familles en Afrique, en général. La situation de précarité renforce encore cette omerta entre les prostituées et leur famille.

Après cette étude, nous avons abouti à la conclusion qu'il y a deux Ouagadougou: celle des pauvres et celle des riches. Dans les quartiers pauvres, la concentration humaine est élevée. Le minimum vital n'est pas toujours assuré. Conséquence, il s'y développe une prostitution dans des conditions insalubres, avec des risques énormes de contagion aux Maladies sexuellement transmissibles (MST) et au VIH/Sida. De l'autre côté, c'est une prostitution subtile pratiquée avec des moyens modernes dans un certain confort. Mais là non plus, il n'y a pas de risque zéro.

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