'Emmanuel Chaco
30 Juin 2009
analyse
«Aurons-nous un jour à bénéficier des avantages de multiples barrages hydroélectriques que possède notre pays?», demandent les familles pauvres habitant à Malweka, une zone vaste et obscure située dans la périphérie de Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo (RDC).
Au cours d'une mini-enquête menée par IPS sur l'accès des Congolais à l'énergie électrique, Jean Kitungwa, le chef de cette famille, s'est empressé de répondre: «Je crois que non. Rien ne nous rassure!»
A Ngiringiri, un autre trou noir de Kinshasa, comme plusieurs autres chefs de famille, Célestin Cibonga, un ingénieur constructeur, vit sans électricité depuis de longues semaines à cause d'une cabine qui a pris feu pour cause de surcharge. Montrant un vieux congélateur situé dans un coin de sa cuisine, Cibonga a expliqué à IPS que «l'appareil a fonctionné pour la dernière fois il y a plusieurs mois faute d'énergie électrique» et que «ceci perturbe gravement toute sa...gestion des provisions alimentaires pour la famille».
Obligées d'aller tous les jours au marché pour acheter des vivres et du charbon de bois pour cuire les repas, plusieurs mamans ont exprimé leur désarroi par rapport à l'impossibilité pour elles de faire fonctionner leurs appareils électroménagers. Elles se plaignent notamment des charges supplémentaires que le manque du courant électrique leur impose, puisqu'elles sont obligées d'acheter du charbon ou du bois de chauffage. Un sac de 20 kilos de charbon coûte 10 dollars.
Voilà la situation dans laquelle vit la grande majorité de la population congolaise en dépit du grand potentiel que regorge ce pays d'Afrique centrale dans le domaine de la production énergétique.
En effet, selon un rapport rendu public en mai 2009 par la Banque mondiale, «La RDC possède d'importantes ressources électro-énergétiques autres que celles hydrauliques, en l'occurrence les ressources forestières dont 122 millions d'hectares, minérales (pétrole, charbon, gaz méthane, uranium, schistes bitumeux, sables asphaltiques...), géothermiques, etc. pouvant contribuer à la production de l'énergie électrique dans des zones dépourvues de ressources hydrauliques».
Jusqu'en juin 2009, seul cinq pour cent de la population congolaise a accès à l'électricité. Et le grand barrage d'Inga conçu en 1972 pour être un moteur de développement du pays et du continent, ne fonctionne qu'à 20 pour cent de sa capacité réelle à cause du fait que la plupart de ses turbines sont à l'arrêt, faute de pièces de rechange, selon un autre rapport produit par «International Rivers», une organisation internationale de protection des eaux et des droits des communautés qui en dépendent.
«Le grand barrage d'Inga dont deux centrales de 351 Mégawatts (MW) et de 824 MW ont respectivement été mises en service en 1972 et une en 1982, a vieilli et demeure quasi-inutile pour la population congolaise qui voit sa production, déjà en deçà de la moyenne attendue, vendue à des pays voisins au détriment de la population», déclare à IPS, Fernandez Murhola, président de la société civile de Kinshasa. Sa production annuelle est d'environ 6.000 gigawatts/heure (GWh).
«La RDC peut régulièrement produire environ 100.000 MW. La situation dans laquelle nous vivons est liée au mode de gestion du pays», affirme Yves Mavungu, un avocat pour qui «la Société nationale d'électricité (SNEL) continue à jouir d'un monopole légal de production, de transport, de distribution et de commercialisation de l'énergie électrique au détriment de tous les principes de gestion moderne et de l'économie libérale». Selon lui, «Si la RDC ouvrait ce domaine à la concurrence des autres opérateurs du domaine énergétique..., la SNEL sera obligée d'améliorer la qualité de ses services».
Par ailleurs, la SNEL détient le monopole de gestion de tous les barrages hydroélectriques du pays : Inga et Zongo situés dans la province du Bas-Congo, dans l'ouest de la RDC, avec respectivement un potentiel de plus de 1.175 MW et de 75 MW, ainsi que le barrage de la Ruzizi, dans la province du Sud-Kivu, dans l'est, qui a une puissance de 29,2 MW.
Mais la production annuelle de la Ruzizi «ne dépasse guère 6.500 GWh, soit moins d'un pour cent du potentiel total exploitable», selon le Plan directeur de la SNEL à l'horizon 2015, qui se donne comme «objectifs de réduire le déséquilibre du développement énergique entre les provinces, de promouvoir l'électrification des centres ruraux, d'augmenter le taux d'électrification nationale, et de promouvoir les exportations».
Le seul barrage d'Inga a un potentiel qui pourrait faire deux fois plus que le barrage des Trois Gorges en Chine et le tiers du potentiel électrique actuellement produit sur tout le continent africain, selon un projet conjoint intitulé «Illuminer l'Afrique», initié depuis plusieurs années par la Communauté de développement d'Afrique australe, le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique et le Conseil mondial de l'énergie. Mais ce projet tarde à se mettre en place.
«Un autre facteur qui renforce l'inefficacité de la SNEL est le fait qu'elle n'intègre pas les consommateurs dans la détermination de ses priorités et la fixation des prix de ses services déjà si calamiteux», estime Patrick Musoko président de l'Association des consommateurs des produits vivriers, basée à Kinshasa.
Selon le Plan directeur de la SNEL, dont copie est parvenue à IPS, les tarifs d'électricité sont fixés après une concertation entre seulement l'entreprise publique et les représentants de l'Etat pour les consommations à l'intérieur du pays.
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