Fasozine (Ouagadougou)
Samori Ngande
30 Juin 2009
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Vous me permettrez de noter également, sur un autre registre, qu'en matière de gouvernement, le Burkina mène une expérience inédite à plusieurs égards. Tout le monde peut en effet s'exprimer sur la façon de gouverner... du Premier ministre au simple citoyen lambda, qui peut même l'interpeller via l'Internet et recevoir une réponse à ses questions... Je ne crois pas me tromper en disant qu'il s'agit sans doute d'une première sur le continent... On ne peut qu'être favorablement impressionné par cette ouverture. Avoir des dirigeants qui rendent compte de leur gestion est essentiel à toute gouvernance démocratique.
Quand vous rencontrez le Premier ministre, est-ce qu'il vous convainc sur sa démarche?
Les fois où je l'ai rencontré, j'ai noté les idées qu'il porte sur sa mission. Il a une vision claire des enjeux de sa mission et il y croit. C'est quelqu'un qui rentre après sept ans de séjour en Amérique du Nord et il sait que les choses peuvent aller vite, si on s'en donne la peine et les moyens. On pourrait dire de lui qu'il a bien intégré ce slogan de la campagne présidentielle du président Obama: «Yes, we can!» Du reste, il a dû convaincre le président du Faso, qui l'a nommé à ce poste...
J'ajouterai que ce n'est certainement pas moi qui vous en apprendrai sur la capacité assez exceptionnelle de votre Premier ministre à convaincre ses interlocuteurs, tellement celle-ci est reconnue urbi et orbi, dirais-je. Le récent exercice de communication tous azimuts auquel il s'est si généreusement livré au terme de ses deux ans à la primature en est un autre exemple. J'avais d'ailleurs déjà eu l'expérience de cette facilité remarquable pour la communication lors de mon premier séjour ici, alors qu'il était ministre de l'Economie et des Finances.
Vous me permettrez d'ajouter encore que cette volonté de communiquer est essentielle pour arriver à bâtir les consensus citoyens sans lesquels il n'y a pas d'enracinement de la démocratie et du progrès, et partant, du développement dans la durée. Vous savez, la Déclaration de Paris sur l'efficacité de l'aide au développement, je préfère dire tout simplement sur l'efficacité du développement tout court, érige l'appropriation comme principe fondateur. Or cette appropriation ne peut évidemment se faire sans une adhésion authentique aux programmes proposés. Vous voyez tout de suite où je veux en venir: la communication pour le développement est centrale au processus de développement endogène. On peut d'ailleurs regretter qu'elle fasse encore aujourd'hui figure de chaînon manquant de l'agenda international sur l'efficacité du développement. Ceci en dépit de deux résolutions passées il y a plus de dix ans par l'Assemblée générale des Nations unies. L'intensité avec laquelle votre Premier ministre s'y consacre en fait, sans aucun, doute un pionnier à cet égard.
Le gouvernement fait-il assez dans la lutte contre la corruption?
Un point positif à signaler d'emblée est que la question n'est pas taboue et qu'elle revient souvent sur le tapis, et ce, à tous les niveaux. Le mal est diagnostiqué; on connaît la thérapie. Une Haute autorité de lutte a été créée. Laissons-lui le temps d'agir. Le moment venu, il sera toujours temps de faire l'état des lieux et d'apprécier l'évolution de la situation. Constatons quand même que le Burkina Faso a déjà amélioré sa position en 2008 dans le classement établi par Transparency International, selon un indice de perception de la corruption.
Vous êtes revenu au Burkina comme ambassadeur pour la deuxième fois en dix ans. Expliquez-nous cette décision inédite...
C'est vrai que ce n'est pas courant dans l'histoire de la diplomatie, mais ce n'est pas exceptionnel non plus. Je prends cela comme un défi additionnel à relever, l'obligation de résultats s'en trouvant accrue. Je n'oublie pas que mon pays m'a demandé de revenir pour poursuivre et continuer à développer un partenariat vieux de près de 50 ans. C'est une lourde responsabilité et je dois travailler à cela, rien qu'à cela. La connaissance que j'ai acquise du pays lors de mon premier mandat (1997-2001) représente certainement un avantage que je mettrai à profit pour réaliser mon second mandat, avec l'appui des Burkinabè, sur lequel je sais déjà pouvoir compter.
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