Victorien A. Sawadogo
1 Juillet 2009
Le Comité du patrimoine mondial, réuni pour sa 33e session à Séville en Espagne, a inscrit 2 nouveaux sites naturels et 11 sites culturels sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO. Il a aussi procédé au retrait d'un site de la liste, la vallée de l'Elbe à Dresde en Allemagne. Le patrimoine mondial de l'UNESCO compte désormais un total de 890 sites.
Burkina Faso : Ruines de Loropéni.
Belgique : Palais Stoclet.
Durant cette session qui a pris fin le 30 juin 2009, trois nouveaux venus ont rejoint les rangs des pays qui ont des sites inscrits sur la liste du patrimoine mondial pour leur valeur universelle remarquable. Il s'agit du Burkina Faso, du Cap-Vert et du Kirghizstan. Notre pays y a en effet inscrit à l'unanimité, les ruines de Loropéni. L'inscription de ce premier site burkinabè est le fruit d'une volonté politique affichée au plus haut niveau, d'une forte implication de chercheurs et d'experts de tout bord de la sous-région et de l'Europe et d'une grande détermination du ministère de la Culture, du Tourisme et de la Communication.
Bâties sur un espace de 11 130 m2, les ruines de Loropéni, de formes quadrangulaires partie d'un lot de ruines répertoriées dans le pays lobi. Elles sont les mieux préservées des dix forteresses que compte la région du Lobi. Elles s'inscrivent dans un ensemble plus large d'une centaine d'enceintes en pierre, reflétant la puissance du commerce transsaharien de l'or. Vieilles d'au moins mille ans selon des découvertes récentes, ces ruines sont situées près des frontières de la Côte d'Ivoire et du Ghana. L'emplacement a été occupé par les Lohron ou les Koulango, qui contrôlaient l'extraction et la transformation de l'or dans la région à l'apogée de cette exploitation aurifère (XIVe au XVIIe siècle). Le site reconnu de valeur universel conserve encore beaucoup de secrets que pourront révéler des fouilles archéologiques supplémentaires. Loropéni semble, au regard des recherches avoir connu plusieurs niveaux d'occupations et d'abandons dont le dernier, définitif, est intervenu entre le début et le milieu du XIXe siècle. Son inscription ouvre une ère nouvelle pour le rayonnement culturel de notre pays au plan international. Il favorisera le développement du tourisme au Faso et genèrera des dévisses importantes pour le développement national. Pour le ministre de la Culture, du Tourisme et de la Communication, Filippe Savadogo, "cette reconnaissance de Loropéni est une longue marche pour le respect, une marche qui a abouti à la reconnaissance de notre patrimoine culturel, nous apportant beaucoup plus de confirmation de nos identités culturelles. Cela nous donne une légitime fierté d'appartenir à une même communauté de destin. La reconnaissance de ce site comme bien d'importance universelle, signifie qu'il n'appartient plus uniquement au Burkina Faso mais à tous les peuples du monde auxquels sa protection incombe désormais".
Outre Loropéni le comité a inscrit au niveau de l'Afrique, Cidade Velha, Centre historique de Ribeira Grande (Cap-Vert). La ville de Ribeira Grande, rebaptisée Cidade Velha à la fin du XVIIIe siècle, a été la première ville coloniale construite par les Européens sous les tropiques. Située au sud de l'île de Santiago, elle conserve une partie de son tracé ferroviaire et d'importants vestiges, dont deux églises, une forteresse royale et la place du Pilori avec sa colonne de marbre de style manuélin.
Autres sites culturels inscrits cette année sur la liste du patrimoine mondial, le Palais Stoclet (Belgique). Conçu en 1905 à la demande du banquier et collectionneur Adolphe Stoclet par l'un des chefs de file du mouvement artistique de la Sécession viennoise, l'architecte Josef Hoffman, ce Palais a été réalisé sans limite financière ou esthétique. Avec leur géométrisme épuré, le palais et le jardin (terminés en 1911) marquent un changement radical au sein de l'Art nouveau, changement qui annonce l'Art déco et le mouvement moderniste en architecture. Le Palais Stoclet est une des réalisations les plus abouties de la Sécession viennoise. Il abrite des Å"uvres de Koloman Moser et de Gustav Klimt, liées à la conception du Gesamtkunstwerk (architecture, sculpture, peinture et arts décoratifs s'intègrent dans une même Å"uvre). Il témoigne du renouveau artistique de l'architecture européenne et présente un haut niveau d'intégrité dans ses dimensions d'architecture extérieure, d'architecture et de décoration intérieures, avec des meubles et objets originaux.
Le Mont Wutai (Chine), également inscrit, avec ses cinq plateaux est l'une des montagnes sacrées du bouddhisme. Ce paysage culturel compte 53 monastères, dont la grande salle orientale du temple de Foguang, le plus haut placé des édifices en bois de la dynastie Tang qui ait survécu, avec ses sculptures d'argile grandeur nature, et le temple de Shuxiang de la dynastie Ming, avec un vaste ensemble de 500 statues "suspendues" représentant des légendes bouddhiques tissées dans des images en trois dimensions de montagnes et d'eau.
Globalement, les bâtiments du site présentent un catalogue du développement de l'architecture bouddhique et de son influence sur la construction palatiale dans une grande partie de la Chine pendant plus d'un millénaire. Le Mont Wutai, littéralement le mont aux cinq terrasses, est la plus haute montagne du Nord de la Chine. Sa forme naturelle remarquable est caractérisée par des versants escarpés et les cinq sommets dénudés et arrondis. Les temples ont été construits depuis le 1er siècle apr. J.C et jusqu'au début du XXe siècle.
La Tour d'Hercule (Espagne), tout nouveau sur la liste ou Le Farum Brigantium, à l'époque, a été construit par les Romains à la fin du 1er siècle après J.C. Situé à l'entrée du port de la Corogne, ce phare monumental (55 m) est construit sur un rocher représentant déjà une altitude de 57 m. La Tour s'élève sur trois niveaux de plus en plus restreints. Le premier correspond à la structure du phare romain. A la base, se trouve un petit bâtiment romain rectangulaire. Le site comporte aussi un parc de sculptures, ainsi que les pétroglyphes du Monte dos Bicos datant de l'âge du Fer et un cimetière musulman. Les fondations romaines du phare ont été dégagées lors de fouilles menées dans les années 1990. De nombreuses légendes accompagnent l'histoire de la Tour au Moyen Age au XIXe siècle. C'est le seul cas de phare de l'Antiquité gréco-romaine véritablement conservé et toujours en activité.
Le comité a aussi inscrit le système hydraulique historique de Shushtar (Iran). Ce chef d'Å"uvre du génie créateur humain aurait été entrepris dès Darius le Grand, au Ve siècle av. J.-C. Il s'agit de deux grands canaux de dérivation des eaux de la rivière Kârun. L'un d'entre eux, le canal Gargar, fournit encore de l'eau à la ville de Shustar par une série de tunnels et fait fonctionner tout un ensemble de moulins. Après une falaise spectaculaire, l'eau tombe en cascades dans le bassin aval, avant d'entrer dans la plaine au Sud de la ville, où elle a permis le développement de vergers et de terres agricoles sur une surface de 40 000 ha. dénommée Mianaâb (Le paradis). Le bien comprend des lieux remarquables, dont le château Salâsel, centre de contrôle de tout le système hydraulique, la tour Kolâh-Farangi qui mesure le niveau de l'eau, des barrages, ponts, bassins et moulins. Il témoigne du savoir-faire des Elamites et Mésopotamiens, ainsi que de l'expertise plus récente des Nabatéens et de l'influence du génie civil romain.
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