Victorien A. Sawadogo
1 Juillet 2009
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Le Kirghizistan, nouveau venu
Egalement reconnue comme valeur universelle, la Montagne sacrée de Sulamain-Too (Kirghizistan). Le site domine le paysage de la vallée du Fergana et forme l'arrière-plan de la ville d'Osh, au croisement d'importantes routes de la soie d'Asie centrale. Pendant plus d'un millénaire et demi, Sulaiman-Too a été un phare pour les voyageurs, une montagne sacrée révérée de tous. Ses cinq pics et ses flancs abritent de nombreux anciens lieux de culte et des grottes ornées de pétroglyphes, ainsi que deux mosquées plus tardives (XVIe siècle) et largement reconstruites. Sur le site, on a recensé 101 emplacements comportant des pétroglyphes représentant humains, animaux ou formes géométriques. On y trouve aussi de nombreux sites rituels dont 17 sont encore utilisés. Dispersés autour des pics, ils sont reliés par des sentiers et sont associés à des croyances : cures soignant la stérilité, les migraines, le mal de dos et accroissant la longévité. Ce lieu de vénération mélange croyances préislamiques et islamiques. Le site est un parfait exemple de montagne sacrée d'Asie centrale, révérée pendant des millénaires.
La ville sacrée de Caral-Supe (Pérou) a aussi désormais le privilège de figurer sur la liste du patrimoine mondiale. Ce site archéologique qui s'étend sur 626 ha est situé sur un plateau désertique aride en surplomb de la verdoyante vallée de Supe. Il date de la période archaïque tardive des Andes centrales, il y a 5 000 ans, et il s'agit de la plus vieille cité de ce type aux Amériques. C'est un site impressionnant en termes de conception et de complexité de ses éléments architecturaux et spatiaux, notamment de ses monumentales plateformes de pierre et de terre et de ses cours circulaires creuses. Caral, qui n'est qu'un des 18 établissements urbains de la zone, est particulièrement bien préservé. On y trouve une architecture complexe et monumentale, notamment six grandes structures pyramidales. Un quipu (une corde à laquelle plusieurs autres cordelettes nouées étaient attachées, servant à enregistrer et transmettre des informations dans les Andes) retrouvé sur place témoigne du développement et de la complexité de la civilisation de Caral. Pendant sa période d'occupation, soit environ 1 000 ans, Caral fut plusieurs fois remodelé. Le plan de la ville et certaines de ses composantes, notamment les structures pyramidales et le groupe résidentiel de l'élite, témoignent de fonctions cérémonielles, traduisant la puissance de ce que l'on pourrait qualifier d'idéologie religieuse.
Les Tombes royales de la dynastie Joseon (République de Corée) que le comité vient d'inscrire est un ensemble de 40 tombes réparti sur 18 sites différents. Les tombes royales ont été construites sur plus de 5 siècles, de 1408 à 1966. Elles visaient à honorer la mémoire des ancêtres, saluer leurs réussites, asseoir l'autorité royale, protéger les esprits ancestraux du mal et offrir une protection contre le vandalisme. Des endroits particulièrement beaux ont été choisis pour les tombes. Protégées sur l'arrière (elles sont au milieu d'un versant), elles sont orientées vers le sud, face à un cours d'eau et, idéalement, face aux chaînes de montagnes au loin. Outre la zone funéraire, les tombes royales comportent une zone de cérémonie et une zone d'entrée. En plus des monticules funéraires, les édifices associés font partie intégrante des tombes royales : le sanctuaire en bois en forme de T, l'abri des stèles, la cuisine royale, la maison des gardiens, la porte à pointe rouge et la maison du gardien des tombes. L'extérieur des tombes est orné d'objets en pierre, notamment des représentations humaines ou animales. L'inscription des tombes royales de la dynastie Joseon complète deux séries de tombes royales déjà inscrites sur la liste du patrimoine : les zones historiques de Gyeongju (République de Corée) et l'Ensemble des tombes de Koguryo (République populaire démocratique de Corée).
Le Pont-canal et le canal de Pontcysyllte (Royaume-Uni), nouveaux biens du patrimoine mondial sont situés au Nord-Est du pays de Galles. Les 18 km du canal de Pontcysyllte représentent un exploit du génie civil de la Révolution industrielle. Achevé au début du XIXe siècle, le canal surmonte d'importantes difficultés géographiques. Sa construction a demandé des travaux de génie civil importants et audacieux car il s'agit d'un ensemble d'un seul bief, sans aucune écluse. Le pont-canal, conçu par le célèbre ingénieur Thomas Telford, est une Å"uvre pionnière par ses choix technologiques et sa hardiesse architecturale. Le recours à la fonte et au fer forgé a permis la réalisation d'arches légères et résistantes, ce qui confère au pont-canal une allure monumentale mais élégante. Le bien est inscrit en tant que chef-d'Å"uvre du génie créateur humain et remarquable synthèse de l'expertise européenne de cette époque. Il s'agit aussi d'un ensemble innovateur qui a inspiré bien d'autres projets un peu partout dans le monde.
Enfin, derniers biens culturels inscrits cette année, La Chaux-de-Fonds / Le Locle, sont un ensemble d'urbanisme horloger (Suisse). Implantés dans les montagnes du Jura suisse, sur des terrains peu propices à l'agriculture, ces deux villes voisines illustrent un développement urbain original qui reflète les besoins d'organisation rationnelle de la production horlogère. Planifiées au début du XIXe siècle, après trois grands incendies, les villes sont entièrement destinées à cette production. Leurs tracés selon un schéma ouvert et en bandes parallèles, imbriquant l'habitat et les ateliers, correspondent aux besoins de la culture professionnelle horlogère qui remonte au XVIIe siècle mais se maintient encore aujourd'hui. Le site constitue un remarquable exemple de villes ordonnées par une activité mono-industrielle, bien conservées et toujours en activité. La planification urbaine des deux villes s'est adaptée au passage d'une production artisanale avec travail à domicile à une production manufacturière plus intégrée, avec les usines de la fin du XIXe et du XXe siècle. Quand il analyse la division du travail dans Le Capital, Karl Marx prend comme exemple l'industrie horlogère du Jura suisse et invente à propos de La Chaux-de-Fonds le terme de "ville-manufacture".
Le Comité a aussi inscrit des sites naturels cette année sur la liste du patrimoine mondial. Il s'agit d'abord de la mer des Wadden (Allemagne / Pays-Bas). Ce site comprend l'Aire de conservation de la mer des Wadden néerlandaise et les Parcs nationaux allemands de la mer des Wadden de Basse-Saxe et Schleswig-Holstein. Cet écosystème tempéré de zones humides côtières est le fruit d'interactions particulièrement complexes entre des facteurs physiques et biologiques. On y trouve une multitude d'habitats de transition : chenaux à marée, bancs de sable, prairies d'herbe marines, moulières, barres de sable, vasières, marais salés, estuaires, plages et dunes. Le site inscrit représente près de 66% de l'ensemble de la mer des Wadden. L'endroit héberge de nombreuses espèces de plantes et d'animaux, dont des mammifères marins comme le phoque commun, le phoque gris et le marsouin commun. Il s'agit aussi d'un site de reproduction et d'hivernage pour plus de 12 millions d'oiseaux par an. Pour 29 espèces d'oiseaux, la mer des Wadden accueille plus de 10% de la population migratrice. Le site est un des derniers écosystèmes intertidaux naturels à grande échelle où les processus naturels se poursuivent de manière quasi non perturbée.
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