L'Autre Quotidien (Cotonou)
Fortuné Agueh
1 Juillet 2009
Cette séance plénière a connu la présence peu ordinaire des leaders politiques auteurs de l'interpellation. Bruno Amoussou, Adrien Houngbédji, Antoine Idji Kolawolé et Rosine Soglo étaient présents hier à l'hémicycle pour écouter les explications du chef de l'Etat qu'ils souhaitaient voir en personne.
Mais la lourde responsabilité a été confiée au ministre Baba Body , un habitué des joutes oratoires des députés. Dans la réponse lue par Baba Body, le chef de l'Etat a rejeté toute idée de sa responsabilité dans les propos d'un de ses ministres et jugés par les députés de l'opposition, attentatoires à la démocratie et à l'unité nationale. Ces propos ont été tenus par le ministre en charge des transports terrestres, Nicaise Fagnon le 2 mai dernier à Dassa.. Le chef de l'Etat estime qu'il faut « prendre ses propos pour ce qu'ils sont et de les situer à leur juste valeur ». Aussi le chef de l'Etat a-t-il trouvé que l'interpellation à lui adressée ne s'inscrit pas dans le cadre tracé par la constitution béninoise, dont il rappelle qu'il est le garant et qu'il a la charge de faire respecter. Boni Yayi a indiqué que l'interpellation telle que prévue par les dispositions des articles 71 et 113 de la Constitution ainsi que l'article 113 du règlement intérieur de l'Assemblée nationale est une demande d'explication adressée par les parlementaires au gouvernement sur sa politique générale ou sur une question déterminée. Il importe donc de préciser a dit le ministre, qu'en application des dispositions citées, l'acte du chef de l'Etat ou d'un membre du gouvernement qui peut donner lieu à interpellation par la représentation nationale, est celui posé dans le cadre des fonctions gouvernementales. Le chef de l'Etat fait donc constater que Nicaise Fagnon, le 2 mai 2009, était en réunion politique et arborait un tee-shirt, comme l'a indiqué l'interpellation, aux couleurs de son parti politique. Ce qui traduit, selon le chef de l'Etat, qu'il n'agissait pas en tant que ministre mais en tant que militant d'une alliance de partis politiques. Le chef de l'Etat conclut qu'il ne peut être interpellé au sens de l'article 71 de la constitution pour une activité qui ne s'inscrit pas dans le cadre de la fonction gouvernementale. Il a néanmoins rassuré les députés qu'il reste profondément attaché aux valeurs cardinales d'un Etat de droit, caractérisé par le respect des droits fondamentaux de l'homme, des libertés publiques et de la justice, y compris la libre circulation des personnes, des biens et des services sur l'ensemble du territoire. Il affirme qu'il se doit de sauvegarder au delà de tout " La république du Bénin, pérenne et indivisible" Concernant des arrêtés que des préfets auraient pris pour interdire des manifestations des partis de l'opposition, le chef de l'Etat a une nouvelle fois décliné sa responsabilité. En tout état de cause, rappelle- t-il, tout citoyen qui se sentirait brimé a la latitude de saisir le juge garant des libertés publiques pour faire valoir ses droits.
Pour ce qui est de son refus d'installer les conseils communaux, le chef de l'Etat dit ne pas comprendre pourquoi les leaders des formations politiques de l'opposition n'ont pas en son temps saisi le juge administratif pour dire le droit. Par ailleurs, il a déclaré être conscient de sa haute charge et trouve que la présente interpellation est la preuve de la vitalité de la jeune démocratie béninoise et de l'expression de la volonté de ses acteurs politiques à contribuer par le dialogue et la veille citoyenne, à prévenir toute situation préjudiciable à la paix et à l'unité nationale. « Je n'ai qu'un seul objectif » dira le chef de l'Etat : « celui de faire du Bénin une nation unie, paisible et prospère avec le concours de l'ensemble des forces vives qui acceptent de partager avec notre peuple, les valeurs éthiques, le sens du bien public, la discipline, le travail bien fait, le respect de l'autorité de l'Etat et de se soumettre à l'obligation de résultat et de reddition de compte ».
Réactions d'insatisfaction des leaders de l'opposition
Les députés de l'opposition se sont dits déçus par les réponses fournies par le ministre au nom du chef de l'Etat, regrettant que luimême ne soit pas venu en personne pour les apaiser. Ils ont fait le procès du « régionalisme » et de « l'ethnitisation » des propos tenus par les responsables du régime du changement. Ils ont aussi déploré la montée de plus en plus inquiétante de la violence dans les pratiques des Béninois. Des exemples ont été pris pour étayer leurs affirmations. Pour le président Adrien Houngbédji « ce dont il s'agit ici c'est la paix, l'unité nationale, c'est la défense de la liberté publique et la volonté affirmée que tous les Béninois se sentent bien chez eux ». Pour lui, c'est parce que la population est préoccupée qu'ils ont déposé leur interpellation. « Lorsque le Christ a été conduit devant Ponce Pilate, dira-t-il, ce dernier a décliné toute responsabilité, tout comme ce que le chef de l'Etat venait de faire en disant dans sa réponse qu'il n'est pas de ses attributs de sanctionner les agissements de Nicaise Fagnon. Il se demande alors quand la responsabilité du chef de l'Etat pourrait être engagée, avant de déclarer que « la façon de botter en touche du chef de l'Etat ne saurait les convaincre ». Il affirmé que ce qui a été fait et dit engage bel et bien la responsabilité du chef de l'Etat contrairement à ce que prétend sa réponse. Le président Houngbédji trouve que le chef de l'Etat « a failli parce qu'il n'a pas dénoncé les propos de Fagnon. Quant à Rosine Soglo, même si un simple citoyen ameute la population il est de la responsabilité du chef de l'Etat d'intervenir, à plus forte raison, lorsqu'il s'agit d'un ministre du gouvernement. Ce qui la chagrine dira t-elle : « c'est aussi le chef de l'Etat qui oppose les ethnies les unes aux autres. Elle l'invite par conséquent, « à mettre bon ordre et de tirer les oreilles à son ministre ». Elle souhaite enfin que le président de la république monte au créneau pour les apaiser. Bruno Amoussou dira, de son côté, qu'il aurait été très satisfait en voyant le chef de l'Etat lui-même venir réponde à leurs préoccupations. Il a fait remarquer que le président Yayi n'a pas apprécié les propos de Fagnon dans sa réponse, il ne les a pas condamnés. Il estime alors ne pas être rassuré qu'un autre citoyen aille de nouveau vers les mêmes dérapages que le ministre des transports. Il souhaite vivement qu'en d'autres circonstances, le chef de l'Etat se prononce. C'est un débat essentiel a dit, de son côté, le président Idji . Ce n'est pas un débat politicien. Il déplore aussi que le Président de la République ne soit pas venu en personne les rassurer.. Il a invité le président de l'Assemblée nationale de même que le coordonnateur de la FCBE , Eugène Azatassou à se prononcer et à dénoncer ces propos qui menacent l'unité nationale. Mais du côté de la Mouvance, c'est à un autre son de cloche du côté des députés FCBE. Selon, Djibril Mama Débourrou Nicaise Fagnon ne sera pas sanctionné parce que la responsabilité du chef de l'Etat n'est pas engagée. C'est un débat de politicien qui est mené. Le ministre n'est lié à aucun serment. Il a fait constater que ce sont des députés fantômes qui ont introduit l'interpellation. Il souhaite alors qu'ils viennent régulièrement siéger au parlement au lieu de jouer aux députés démissionnaires. Il a suggéré au président de l'Assemblée nationale que la loi soit appliquée et que les députés qui ne viennent pas soient sanctionnés.
Pou lui, les propos de Fagnon est un fait divers. Il dira ensuite que le cycle infernal des interpellations vise à distraire le gouvernement Il salut le débat parce qu'il est salutaire et qu'il a permis d'entendre des propos divergents sur une question grave. Il espère au-delà de tout que le chef de l'Etat trouvera les moyens pour apaiser les uns et les autres. Pour le député Denis oba Chabi, personne ne peut accepter la destruction du label du Bénin. Les déclarations de Fagnon peuvent inquiéter mais il y a plus de peur que de mal a-t-il constaté. zachari Yolou trouve que la paix et la démocratie sont à encourager mais refuse l'amalgame. Par ailleurs, il faut indiquer qu'avant le débat, Donatien Wohou, le suppléant de feu Paulin tomanaga a été installé par le président de l'Assemblée nationale.'
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