Marie Sow Dabo
1 Juillet 2009
Trop de prisonniers dans les cellules, recrudescence des cas d'infanticide, de viols, de violences faites aux femmes, tel est le constat fait par la commissaire africaine des Droits de l'homme. Et cette liste de données qui remettent en cause les droits de l'homme au Sénégal, n'est pas exhaustive.
Après avoir effectué une mission d'évaluation des droits de l'homme au Sénégal, qui l'a menée à la maison d'arrêt de Rebeuss, au Camp pénal, et au Fort B, mais aussi au niveau d'un commissariat de police et de certaines réalisations socio-économiques à Dakar, Mme Reine Alapini Gansou, membre de la commission africaine des droits de l'homme et des peuples, a tenu une conférence, lundi dernier, au ministère des Affaires étrangères. Elle attribue juste la moyenne au Sénégal, 'car beaucoup d'efforts restent à faire', soutient-elle. A la question : 'Si vous aviez à noter le Sénégal en matière de respect des droits de l'homme, combien lui donneriez-vous', Mme Reine Alipini Gansou répond : '10 sur 20, car des efforts sont en train d'être faits mais il reste beaucoup à faire'.
L'objectif de cette mission était d'évaluer la situation des droits de l'homme au Sénégal, notamment au regard des principes de la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples et d'en promouvoir tant soit peu les droits garantis par ladite Charte. C'est pourquoi, les visites effectuées dans une vingtaine de structures ont été une occasion pour la commissaire africaine des droits de l'homme de voir les conditions difficiles de garde-à-vue et de détention des prisonniers sénégalais. 'Du point de vue alimentaire, on sent qu'il y a une volonté de bien faire. Mais, là où cela pêche, c'est au niveau de la population carcérale, on constate qu'il y a trop de prisonniers dans les cellules', soutient Mme Reine Alipini Gansou.
Autres constats faits par la commissaire africaine des droits de l'homme : la recrudescence des cas d'infanticide, de viols, de violences faites aux femmes, suivis souvent de meurtres non élucidés. Aussi, la question cruciale du partage équitable des richesses (qui semble être à la base des conflits en Casamance) la question de la pauvreté et celle liée à l'homosexualité sont autant de points soulevés par Mme Reine Alipini Gansou.
Le tableau n'est pas reluisant pour le Sénégal, mais il n'est pas totalement noir, précise Mme Gansou. 'Le Sénégal en tant qu'Etat ayant adopté la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples démontre un intérêt certain à la question des droits de l'homme par sa participation régulière aux activités de la commission africaine des droits de l'homme et des peuples', reconnaît Mme Reine Alipini Gansou. C'est ainsi qu'elle constate que, depuis quelques mois, la liberté d'expression semble trouver du regain au Sénégal ; et que des réalisations ont été faites dans le domaine de la promotion et de la protection des droits de l'homme, de la situation des jeunes, des filles et des enfants font l'objet d'une attention particulière.
Elle reconnaît également que des réformes sont en cours dans le domaine de la police, en plus des projets de réhabilitation des maisons d'arrêt et de détention. Cependant, la commissaire Reine Alipini Gansou regrette que la plupart des institutions, des programmes et politiques mis en place, souffre non seulement d'un manque grave de moyens financiers, humains et matériels mais aussi d'un défaut de coordination. Et à cela, elle apporte un certain nombre de recommandations, avec notamment la mise en place de vastes campagnes d'éducation civique avec l'approche éducation aux droits de l'homme. Elle recommande au système des Nations unies de continuer la collaboration avec les gouvernements sénégalais et tous les acteurs qui interviennent dans le domaine des droits de l'homme.
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