Par Jean B. Sipa
1 Juillet 2009
Un orage plane sur le sommet de l'Union africaine qui se tient ce mercredi 1er juillet en Libye. Le président en exercice, Muhammar Kadhafi, que l'on sait teigneux sur ses idées, tentera à coup sûr, et pour la énième fois, de convaincre ses pairs que " les Etats souverains que nous sommes " (dit-il) doivent parvenir aux " Etats-unis d'Afrique ". Pour cela, il ne manque pas d'arguments qui dans la mondialisation obtiendraient l'adhésion de beaucoup. Mais , au vu des débats qui viennent d'avoir lieu en Conseil des Ministres (préparatoire à ce XIIe sommet), il est certain que pour sa part, Jean Ping, le Président de la Commission, voudra camper les débats des Chefs d'Etat davantage sur le cycle convulsif qui secoue actuellement le Continent à coups de changements constitutionnels pour se maintenir au pouvoir, ou de coups d'Etats pour y parvenir. Avec raison. Car, on ne peut pas sans risques, enchaîner des peuples nationaux par une forme supranationale de gouvernance, sans avoir obtenu leur consentement.
Cela est d'autant moins souhaitable à court terme, que dans la tête de M. Kadhafi, il semble s'agir plus d'une " autorité unique " que d'une forme républicaine de pouvoir. Or on sait que si en 40 ans il y a eu 31 coups d'Etat en Afrique, c'est parce que l'élite politique africaine, forte en thème sur la démocratie, a en réalité une conception du pouvoir plutôt solitaire, autoritaire et profitiste. Disons absolument monarchiste et héréditaire. Il en résulte que le pouvoir n'est plus un mandat de service public, mais un lieu de partage de gâteau que convoitent tous les princes et servants de la Cour, avec plus ou moins de patience, chacun attendant l'opportunité de l'arracher et d'en hériter.
Sans les efforts de la Communauté internationale, ce pouvoirisme aurait plongé le Zimbabwé et le Kenya dans une guerre civile sans fin. La Somalie est en lambeaux entre les mains des Chefs de guerre. Le peuple malgache est pris en otage par un dictateur sorti " des urnes " et un " jeune premier " de génération spontanée, lesquels se comportent comme si la démocratie était le gouvernement des morts par des prédateurs. Nous ne reviendrons pas sur les cas extrêmement douloureux que furent le Liberia et la Sierra Léone, mais le même pouvoirisme a livré la Guinée Bissau aux mains des cartels de la drogue, et transformé la Guinée Conakry en espace d'incertitudes, ce à quoi le Gabon et le Cameroun prient Dieu aujourd'hui pour échapper.
Et voici que le Niger plonge dans la plus ubuesque des situations, avec un Chef, prétendument démocrate, qui affirme avoir apporté tout le bonheur possible à son peuple, et veut pour cela traverser en force les délais que le même peuple lui a fixé pour donner à un ou une autre fils ou fille du pays, l'opportunité de faire aussi ses preuves. En dissolvant le Parlement, et en passant outre les décisions de la Cour constitutionnelle du Niger pour tenter par référendum de proroger son mandat présidentiel, Mamadou Tamdja exprime à son tour cette nostalgie de la monarchie traditionnelle africaine qui ne peut s'accommoder du principe de la séparation des pouvoirs qui caractérise la démocratie. Son message à l'Afrique et au monde est celui-ci : " l'Etat c'est moi. Allez dire ... " Et s'il tient au référendum c'est seulement pour que le peuple lui dise " oui ", et lui serve d'alibi aux yeux du monde. Car s'il avait quelque respect pour ce peuple, il commencerait par prendre en compte les dispositions de la Constitution du Niger qui est le contrat social de son peuple.
Persuader les dirigeants africains d'aujourd'hui et de demain qu'en démocratie ce sont les institutions qui gouvernent et non les motivations égoïstes des individus, fussent-ils élus, est, ou devrait être un impératif plus important ici et maintenant pour l'Union africaine, que la construction sur papier des " Etats-unis d'Afrique " sans la participation des peuples africains ; supra-structure qui, au demeurant, dans la logique totalitaire du pouvoir africain, ne serait concrètement qu'une faîtière de 52 dictatures, réduisant ou contribuant à réduire en servitude, le milliard d'habitants que seront les Africains dans moins de 10 ans. Si les systèmes gouvernants-occidentaux fonctionnent comme une mécanique bien huilée, c'est parce que ce sont des Etats de droit, où chaque dirigeant et chaque citoyen, en sa qualité de partie contractante, fait volontairement l'effort de respecter la Constitution et les institutions qui en découlent. Et il est paradoxal que les dirigeants africains si proches des pratiques coutumières ne puissent pas intégrer cette donne politique. De même, en matière " d'unité africaine ", nos chefs d'Etat devraient, au lieu de s'enfermer dans des conclaves pour créer les " Etats-unis d'Afrique ", prendre l'exemple sur l'Union européenne qui se construit chaque jour par l'intégration institutionnelle et démographique des Etats, dans un processus de consultation permanente, directe ou indirecte des peuples.
Faute de consulter les peuples africains, ce qui pré-suppose une préparation, l'Union africaine restera simplement ce syndicat destiné à défendre les intérêts des chefs d'Etat contre leurs peuples,et incapable de réaliser l'intégration politique et économique nécessaire à l'indépendance et au développement de ce Continent où, en un demi siècle, aucune politique n'a permis à un Fang du Cameroun d'aller visiter son oncle au Gabon ou en Guinée équatoriale, et vice-versa, sans visa d'entrée à 72 000 francs Cfa. Peut-être faudrait-il donc qu'un sommet de l'Ua soit consacré à la méditation sur cette question : " Où sont les peuples africains dont nous parlons de l'union ? "
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On pourrait s'abstenir de penser paq que les crises intestines des pays africains trouveraient une solution en envisageant que chaque pays les règles. Et surtout penser qu'un "union" africaine ou un "état" africain ne pourrait être pensé qu'après résolution de ces problèmes à une échelle "nationale". Je pense au contraire qu'un cadre comme un "état fédéral" pensé sur de bonnes bases sera la solution pour nos problèmes actuels. Rien de plus parlant que des lois et des règlementations qui seraient applicables à tous. Il ne s'agit pas de mettre en question(pour l'heure) les fronttières de 1885 mais de penser grand. A défaut on arrivera pas à nous émanciper de cette étiquette de continent "à la ramasse". Mais de bonnes bases sont nécessaires avant d'y arriver. On peut être d'accord que ce n'est pas une chose aisée. Mais c'est une chose à penser de plus en plus...
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