Séni Dabo
30 Juin 2009
Depuis le coup d'Etat d'août 2008, la Mauritanie a toujours constitué une pomme de discorde au sein de l'Union africaine. Les voix ont tout le temps été discordantes par rapport à la conduite à tenir face à ce pays.
Les divergences ont une fois de plus refait surface à l'occasion de la réunion du Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l'Union africaine (UA) le 29 juin dernier en prélude au 13e sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de cette union qui s'ouvre aujourd'hui à Syrte en Libye. Si par le passé les tiraillements ont concerné le putsch ou la médiation pour un retour à l'ordre constitutionnel normal, aujourd'hui la discorde porte sur la réintégration dans la famille UA, de la Mauritanie qui est sur les rails de la normalisation.
Pour certains pays membres du CPS, l'heure est venue de réadmettre ce pays au sein de l'UA parce que la situation est en train de se normaliser. Ils citent en exemple l'accord signé à Dakar et au terme duquel le président renversé a officiellement démissionné, le placement de la junte sous l'autorité du gouvernement de transition, la fixation de la date de l'élection présidentielle au 18 juillet prochain. Pour les partisans de la réintégration immédiate, la Mauritanie a suffisamment montré des gages de sa volonté de redevenir fréquentable et il n'y a donc pas de raison de la maintenir encore au ban des Nations. Mais leur argumentaire ne convainc pas d'autres membres du CPS qui prônent la prudence.
Certes, le pays donne des signes de sa volonté de refermer la parenthèse du putsch, mais, estiment les partisans de la non réintégration immédiate, ce n'est pas une raison suffisante pour lui donner le bon Dieu sans confession. Sans vouloir prendre fait et cause pour tel ou tel camp, il y a tout de même lieu de faire extrêmement attention. Il faut éviter de trop s'enthousiasmer sans avoir vu le bout du tunnel.
Les accords ne valent que ce que valent ceux qui les ont signés. Il suffit qu'une des parties signataires s'avise de ne plus respecter les engagements pris de commun accord pour que la machine se grippe. En la matière, il faut éviter de trop faire confiance aux politiciens africains dont beaucoup sont adeptes des retournements de veste. Il faut se rappeler que ce sont les désaccords qui ont nécessité la signature d'un deuxième accord à Dakar pour aplanir les difficultés.
Pourtant, on avait applaudi à tout rompre après la signature du premier accord. Mais il a fallu vite déchanter au regard des difficultés qui ont surgi par la suite. L'encre de ce deuxième accord n'est pas encore sèche. Il faut avoir une attitude prudente. Si on doit réintégrer la Mauritanie au sein de la famille africaine, il serait sage d'attendre l'élection présidentielle du 18 juillet. Avant cette date capitale, on risque fort de mettre les charrues avant les boeufs.
La polémique au sein du CPS n'a véritablement pas lieu d'être. En effet, on a du mal à trouver la raison, les motivations de la précipitation de certains pays pour le retour de la Mauritanie. Le 13e sommet de l'UA n'est pas le dernier et la Mauritanie peut à tout moment réintégrer l'Union continentale dès qu'elle aura fini de se vêtir des habits du politiquement correct.
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