30 Juin 2009
Tout va à présent si vite au Niger qu'on a de la peine à suivre ce qui s'y passe. Mais une chose est sûre : ceux qui, malgré tout, et contre toutes les apparences, affichaient l'optimisme de croire que Tandja ferait amende honorable, n'auront désormais que leurs yeux pour pleurer. Le président nigérien a, par sa dernière mesure, commis l'impensable. Il a dissous la Cour constitutionnelle. Il a fallu qu'il le signifie à la présidente de l'Institution, et le tour était joué. Tout simplement. Et voilà désormais les gardiens du Temple eux aussi renvoyés comme des malpropres.
A vrai dire, Tandja attendait de s'offrir leurs scalps : par trois fois, cette Cour constitutionnelle se sera mise en travers de sa route. Il ne la lui pardonnera pas. Peu importe à ses yeux que la Constitution stipule que "Les 7 membres de la Cour élus pour 6 ans sont inamovibles". Tandja a hâte d'arriver à son réfédendum et tire sur tout ce qui se dresse sur son chemin. Il fera feu de tous bois pour enfin l'arracher. Et il y tient car il lui reste comme un sursaut d'orgueil qu'il veut coûte que coûte faire valoir.
Le référendum pour lui, serait une caution populaire. Peu importe qu'il ait déçu ses amis, réprimé ses populations, violé sa Constitution, pourvu que le référendum tienne lieu : la volonté populaire se sera exprimée. On le voit, Tandja tient à enrober son pouvoir esseulé et impopulaire d'une quelconque légitimité, ne serait-ce que pour sauver les apparences. Et il est prêt à tout pour y arriver. En l'étape actuelle de son cheminement, le président nigérien a tout pour se permettre toutes les dérives. Il a toutes les cartes en main, règne maintenant en dictateur et ses armes de commandement sont désormais les décrets et les ordonnances. Il est fort à parier qu'il ne s'en privera pas. La radio-télé Dounia a reçu l'ordre de mettre fin à ses émissions "jusqu'à nouvel ordre" : elle avait diffusé des communiqués provenant de l'opposition nigérienne.
Le pouvoir actuel au Niger ne pardonne pas la moindre faute de lèse-majesté. Quant aux ministres démissionnaires, ils auront tout simplement été remplacés par de nouvelles recrues choisies par le président qui les aura sans doute passées au crible de l'aptitude à soutenir son projet de référendum. Que feront à présent les Nigériens, maintenant que le pays est tout entier livré aux pleins pouvoirs et sans doute aussi à l'humeur d'un dictateur engoncé dans ses habits neufs ? Ils ont jusqu'à présent joué la carte de la retenue et de la légalité, certes. Mais avaient-ils imaginé que l'entêtement de Tanjda irait jusqu'à annihiler les institutions de leur pays ? Que peuvent-ils faire à présent ? Maintenant que les différents garants et gardiens de la Constitution ont été tous remerciés pour non conformité avec les vues du président, de quelle marge de manoeuvre dispose réellement le peuple nigérien ? Assurément, on est en pleine "République très très démocratique du Gondwana" !
A vrai dire, c'est le pays tout entier qui semble dans l'impasse, totalement livré à lui-même. On attendra de voir l'impact que produira l'appel lancé pour une ville morte, ce mercredi. Mais d'ores et déjà, on peut présager que c'est là le début d'une série de manifestations à venir et dont le Niger n'avait sans doute pas vraiment besoin. Que peut dire l'Union africaine ? Son chef Kadhafi n'est pas connu pour son amour de la chose légale, et il ne s'en cache pas. Quant aux chefs d'Etat de la sous-région, ils observent un discret mutisme sur ce qui se passe à quelques encablures de chez eux. Prudence sans doute raisonnable. Il s'en trouve peu, parmi eux, qui soient en mesure d'administrer des leçons de démocratie et de bonne gouvernance à Tandja. Les yeux se tournent alors vers l'armée nigérienne. Elle n'ignore sans doute pas qu'elle joue dans cette crise le rôle crucial de l'arbitre.
On attend de voir ce qu'elle choisira de faire, et cela, d'autant plus que certains de ses cadres semblent avoir opté pour le respect de la légalité. Mais on l'imagine, Tandja se sera fait de précieux amis en son sein, juste au cas où. Reste à savoir dans quelle proportion et quel est l'avis de la grande muette dans son immense majorité. Personne à ce jour ne peut vraiment prédire ce qui peut arriver d'un moment à l'autre au pays de Tandja. Et c'est bien cette incertitude, d'ailleurs, qui inquiète et à juste titre. Encore un pays du continent africain qui n'aura pas échappé à la désormais célèbre malédiction des richesses de son sous-sol. Et c'est simplement pitoyable.
Car, on l'imagine, les Nigériens auraient peut-être choisi de ne pas avoir pétrole et uranium pour sauvegarder la paix et la sérénité qui faisaient la cohésion de leur pays. Mais il est vrai aussi que si pétrole et uranium n'existaient pas, peut-être que Mamadou Tandja s'en serait allé, très sagement, à l'issue de ses deux mandats présidentiels. On abandonne la politique-fiction pour souhaiter que le Niger arrive à refermer le plus rapidement possible cette douloureuse et bien malheureuse parenthèse de son histoire. Pour rebondir comme il se doit.
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