Stephane Etinga
2 Juillet 2009
Kinshasa — Le territoire de Bolobo, dans la province du Bandundu, est reconnu comme le bastion de l'ivoire. Et ce, dans la mesure où la plupart des habitants ne vivent que de ce métier jusqu'à ce jour avec leurs progénitures. C'est ce que témoigne Jean Bateko Bobutaka que nous avons rencontré par hasard à Kinshasa, au quartier Mombele, dans la commune de Limete, où il est venu rendre visite aux siens.
Né en 1938, Jean Bateko est de la même cité qu'un grand artiste plasticien congolais bien connu à l'intérieur et à l'extérieur de la République démocratique du Congo, à savoir Liyolo Limbe Mpwanga. Il s'est lancé dans l'art de sculpter l'ivoire pour en devenir un spécialiste depuis 1957, dans l'atelier de James Ngondola, après ses études interrompues au petit séminaire de Bokoro et quelques années en tant qu'enseignant. Il raconte qu'à Bolobo se trouvait bien avant l'indépendance du pays vers les années 1800, un centre pilote de l'ivoire ouvert par les missionnaires protestants dont l'Anglais Combert qui a plus tard passé le flambeau à Georges Grenfell appelé communément « Koko Talatala ». Ce centre pilote a formé plusieurs artistes Banunu-bobangi qui, à leur tour, ont appris le métiers à d'autres plus nombreux encore.
Jean Bateko qui connaît par coeur l'historique de cet art précise que tout avait commencé à Bolobo, par la fabrication des cannes en utilisant les feuilles de « l'arbre bouteilles » ou « Malebo ». Après l'arbre bouteille, les missionnaires ont commencé à se servir du bois noir pour fabriquer les mêmes cannes qu'ils commercialisaient en Angleterre et en Europe. L'ivoire est arrivé ensuite et a servi à la fabrication de plusieurs objets. Les missionnaires s'approvisionnaient sans problème en ivoire auprès des villageois qui n'en savaient quoi faire. Une grande quantité provenait d'Inongo parce qu'il y avait beaucoup d'éléphants dans cette contrée. Il reconnaît d'ailleurs quelques noms des ivoiriers bien connus de Bolobo comme Longanzu, Bongeye, Lituba, etc. L'orateur explique qu'il sait fabriquer divers objets avec l'ivoire : cendrier, coupe papier, statue, serre livre, ainsi de suite. Grâce à ce métier qu'il aime, il a pu accumuler des souvenirs et améliorer progressivement sa vie. L'un de ces souvenirs, c'est l'épouse qu'il a gardée jusqu'à ce jour et qui lui a donné plusieurs enfants, lesquels ont étudié avec les revenus de l'ivoire.
Papa Bateko Bobutaka poursuit l'entretien en indiquant que les artistes et les artisans de l'ivoire formés à Bolobo en sont tous restés sur place. Nombre d'entre eux se sont dispersés vers d'autres villes du pays où ils ont continué à exercer le métier et à former des homologues sur place. On les a trouvés notamment à Léopoldville (Kinshasa), Baningville (Bandundu) Coquilhatville (Mbandaka), Stanleyville (Kisangani), ainsi que dans d'autres villes et en Afrique (Congo/Brazzaville, Centrafrique, Tchad, Nigeria ). Il rassure que l'Etat s'était sérieusement intéressé à l'ivoire, au point d'ordonner que ce produit d'origine animale puisse passer par la douane afin que les propriétaires puissent payer la taxe. Plus tard, le gouvernement suspendra tout commerce de l'ivoire pour protéger les éléphants.
Selon lui, les autorités elles-mêmes se seraient transformées en braconniers. Ils ont commercialisé ce produit pour s'enrichir au détriment de l'Etat. D'où la souffrance des artistes et artisans qui ont jusqu'à ce jour de la peine pour s'approvisionner en ivoires. Ils se sont tournés vers le bois d'ébène, les os de vache, les dents des hippopotames pour ne pas chômer. Jean Bateko termine en appelant le gouvernement à réhabiliter l'ivoire et l'ivoirier, car c'est métier noble que le pays ne devrait pas oublier.
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2009 Le Potentiel. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.