Modeste Mutinga
2 Juillet 2009
Kinshasa — Pour la troisième fois consécutive, le président de la République, Joseph Kabila Kabila revient sur ses intentions de consolider la refondation de l'Etat, de veiller sur l'unité et la cohésion nationales.
Pour la troisième fois consécutive, le chef de l'Etat s'engage à assurer le fonctionnement normal des institutions afin de préserver l'équilibre des pouvoirs, l'indépendance de la justice pour lutter contre la puissance d'argent et d'amitié. Pour le chef de l'Etat, le magistrat, quoique non élu, est redevable à la nation avant de dénoncer que la justice elle-même, est désormais au banc des accusés. C'était le 6 décembre 2006, le jour de son investiture : le 6 décembre 2007, dans son discours sur l'état de la Nation et enfin le 30 juin 2009, à Goma, à l'occasion des festivités du 49ème anniversaire de l'indépendance du Congo.
Que le chef de l'Etat revienne sur les mêmes méfaits en des circonstances historiques, c'est dire que le mal est profond. « Si on n'y prend garde, les anti-valeurs qui s'enracinent dans la société congolaise, à savoir l'indiscipline, l'intolérance, la concussion, la gabegie financière et la corruption risquent de mettre en péril le projet ambitieux de cinq chantiers », a souligné le chef de l'Etat. A ce sujet, le président de la République a décidé de tirer toutes les conséquences des conclusions des travaux de la 2ème session extraordinaire du Conseil supérieur de la Magistrature.
Voilà qui est bien dit. La sanction sera restaurée, cette fois-ci ou jamais. Mais dans toute chose, il faut commencer par accomplir quelques préalables, à réunir toutes les conditions optimales d'une réussite certaine. Car désormais, les Congolais risquent de prendre le président de la République au mot si, d'une part certains de ses collaborateurs, membres de son cabinet ou du gouvernement et mandataires des entreprises publiques ne sont pas sanctionnés pour mégestion et autres délits de droit commun. D'autre part, si le gouvernement et les autres institutions de la République, y compris la majorité présidentielle ne traduisent pas en actes ses promesses électorales et son programme d'action.
Dans la situation actuelle, il ne faut pas se voiler la face. Le mal est tellement profond qu'il faut cette volonté herculéenne à soulever des montagnes pour combattre des anti-valeurs qui sont devenues malheureusement des vertus en RDC. Il est question d'extirper le mal, disons le fléau, par les racines. De chercher à connaître les origines de cette bourgeoisie compradore qui risque de prendre en otage toute la classe politique. De s'interroger sur le sort réservé aux différents rapports des experts des Nations unies sur le pillage des ressources de la RDC, de celui de l'honorable Christophe Lutundula sur la signature des contrats léonins, de la suite donnée à ces détournements des fonds publics, de la solde des militaires, des salaires des enseignants. D'expliquer les raisons exactes du maintien de quelques personnalités incompétentes aux postes de responsabilité en plus qu'elles sont mouillées dans des affaires maffieuses.
S'interroger aussi, ouvrir des dossiers d'information sur l'enrichissement illicite et l'origine des capitaux qui financent des buildings et autres biens immobiliers qui poussent comme des champignons à Kinshasa et à Goma. Pourquoi ne pas aller plus loin sur les origines des millions de dollars que certains Congolais logent dans de banques étrangères ?
Si au niveau du ministère de la Justice, des actions sont entreprises en vue d'enrayer ou de maîtriser l'insécurité et la criminalité sur toute l'étendue du pays et que les portes des prisons de Angenga et Ekafela, dans la région de l'Equateur, sont déjà ouvertes pour accueillir les « Kuluna », quelle est l'action du Parquet général dans la recherche des infractions de délits de droit de commun et la sanction y afférente ( ?) Entre-temps, les « grands Kuluna » qui sont dans les Partis politiques, l'Administration, l'Armée, la Police, la Justice ne sont nullement inquiétés.
Parce qu'il faut à tout prix remettre de l'ordre dans le pays, le chef de l'Etat ne peut plus reculer. Il vient de reposer le même diagnostic. Il doit, à une année de la fin de son mandat, administrer, en sa qualité de garant des institutions de la République la thérapeutique de cheval, au moment où le pays vient d'entreprendre sa marche irréversible vers le cinquantenaire. L'ère de la sanction ne doit pas se caractériser par de bonnes intentions qui demeurent toujours sur le boulevard des voeux pieux. Mais se traduire en actes, conformément aux lois et règlements de la République démocratique du Congo.
Alors, plus d'un énième discours, mais d'actions pour que finisse effectivement la récréation
(*) Sénateur
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